VOCATION A PARIS
De son frère Frédéric.
Paris, 1er Avril 1847.
...Tu sais déjà par le billet de M. Delessert que pour ce qui concerne le Consistoire, Dieu t'a ouvert, •et largement, le chemin de Paris. Qu'il te montre maintenant si, comme je le désire et l'espère, il t'appelle à y entrer... M. Charles Vernes, à la veille de partir pour Saint-Pétersbourg, s'est décidé tout à coup à convoquer le Consistoire extraordinairement pour hier, et à mettre à l'ordre du jour sur les billets de convocation, la nomination d'un suffragant. Tous les membres qui pouvaient s'y trouver étaient présents : huit pasteurs sur neuf (Martin, le neuvième, est absent), et huit anciens. Deux questions ont été successivement posées par M. Juillerat :
« 1° Le Consistoire m'accorde-t-il un suffragant ? — oui, à l'unanimité, à mains levées.
« 2° Le consistoire agrée-t-il pour mon suffragant M. Adolphe Monod, que je lui présente en cette qualité?» — votation au scrutin par oui et non : quinze oui, un billet blanc. Je comptais sur une majorité, mais ce magnifique résultat m'a surpris autant que réjoui. J'y ai vu une réponse de Dieu et une indication pour toi. J'ai été confirmé dans cette pensée quand j'ai vu l'entrain et l'intérêt qu'y mettaient M M. Ternes, Peletet surtout Delessert, qui a de son propre mouvement voulu t'informer lui-même et
profiter de sa position comme député pour porter sa lettre à la poste et la faire recevoir, bien qu'il fut six heures moins un quart et que toutes les boîtes fussent fermées. Je ne sais ce qu'il t'a écrit, mais je suis convaincu qu'il t'a témoigné sa satisfaction.
Tes lignes de Marseille, reçues ce matin, sont un nouveau signe de la volonté de Dieu. Selon les apparences, la chose ne devait venir qu'à la séance de mai : Vernes, très favorable, devait être absent. Selon les apparences encore, la question personnelle devait être renvoyée à l'examen et au rapport d'une commission, qui aurait rapporté un mois après; et voilà que la séance a eu lieu hier et que personne ne demande de renvoyer la nomination : M. Adolphe Monod est trop connu, et trop honorablement, pour que cela soit nécessaire; — et voilà aussi qu'il te faut à toi une décision avant le 9 avril, et Dieu te l'envoie à temps, cette réponse, contre toutes les probabilités humaines.
Entendu : 1° Que tu auras séance au Consistoire, mais avec voix consultative seulement ; 2° que tu n'auras aucun droit à la première vacance. Mais que Dieu t'amène seulement, et il en sera comme pour Goquerel qui nous disait lui-même hier : « Mes- » sieurs, ne vous y trompez pas ; ce n'est pas un suf- » fragant, c'est un pasteur que vous nommez. » Une fois ici, et lorsque tu y auras prêché six mois, tu y entreras forcément dans la première vacance.