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VOCATION A PARTS

En écrivant ces dernières paroles, Frédéric Monod ne se doutait pas comment sa prédiction se réaliserait au bout de deux ans, et que la place de titulaire que son frère occuperait serait celle qui deviendrait vacante par sa propre retraite.

A son tour, M. le pasteur Juillerat écrivait à son futur suffragant.

De M. Juillerat.

Paris, 6 Avril 1847.

...Vous savez ce qui s'est passé. Il y a quelque chose de providentiel dans tout ceci. Gomment en douter en se reportant en arrière, en se rappelant les discussions prolongées et les délibérations hostiles du Consistoire au sujet de la cession de la chaire? Le Consistoire ne voulut même pas admettre une protestation de ma part au procèsverbal ; le dépôt seul aux archives en fut permis. Il prétendait me punir ainsi de vous avoir offert deux fois la chaire et de ne vouloir pas m'engager pour l'avenir. L'avenir est venu et le Consistoire vous reconnaît pour mon suffragant, à l'unanimité moins une voix, moins un billet blanc, où l'on n'a pas osé écrire ces trois lettres : non.

Vous avez conquis la confiance par votre modération et votre sagesse. Il y a ici un vaste champ de travail et bien des cœurs qui vous désirent, bien des vœux qui vous appellent. Il m'en coûte plus que je

ne puis dire de descendre de la chaire; rien ne peut mieux m'en consoler que de vous y voir monter à ma place.

La joie de Frédéric est grande ; elle est partagée par tous les membres de votre famille, et commune à chacun des membres de la mienne.

La vocation du Consistoire de Paris trouva Adolphe Monod pénétré de la conviction que ses dons pour la prédication avaient trop peu d'occasion de s'exercer et de se développer, tellement qu'il s'était décidé à se présenter à une place de pasteur auxiliaire, nouvellement créée, à Montauban même. Mais sa candidature avait échoué devant celle de M. le pasteur Gruveilhé. Il y avait donc fort peu d'apparence qu'une nouvelle place venant à être vacante il eût aucune chance d'y être nommé. D'ailleurs certaines difficultés , tant intérieures qu'administratives, avaient surgi dans la Faculté, qui lui donnaient lieu de douter, bien que son attachement pour ses élèves n'eût point varié, que son influence pût demeurer ce qu'elle avait été auparavant. D'autre part, l'appel de Paris était pressant : le moment où il survenait, les conditions où la nomination s'était faite au sein du Consistoire, la situation même de suffragant qui lui était offerte, M. Juillerat désirant se décharger sur lui surtout du soin de la prédication, des convenances de famille particulières — tout sem-

1847 DÉPART DE MONTAUBAN 30p

blait concourir à faire pencher la balance du côté de Paris. Ce n'est pas à dire cependant qu'il quittât sans regret la Faculté, à laquelle il avait donné les meilleures années de sa vie, ni cette ville où il comptait tant d'amis dévoués et où il laissait la tombe d'un de ses enfants; ni surtout ce frère si profondément affligé, ainsi que tous les siens, auxquels onze années d'habitation commune et de constantes relations l'avaient attaché par des liens toujours plus étroits. Il ne put douter cependant que cet appel ne fût pour lui l'expression de la volonté de Dieu, et se décida à y répondre quelques mois plus tard.

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