‹ Adolphe AdamChapitre 2 sur 63 · A M. ALEXIS ROSTAND · texte numérisé non relu

A M. ALEXIS ROSTAND

Mon cher ami,

Permettez-moi de vous dédier ce livre, qui continue la série des études que j'ai entreprises sur nos musiciens français. Vous êtes du petit nombre de ceux qui, se souciant peu des niaises rivalités d'écoles et pratiquant un large éclectisme, savent admirer le beau partout où ils le pensent trouver et quelle que soit sa provenance. C'est dire que, à rencontre de tant d'autres, vous ne refusez pas d'accorder à notre chère France la place toujours honorable, souvent glorieuse, qu'elle n'a cessé d'occuper dans l'histoire de la musique, et que tout en admirant les merveilles données au monde par l'Allemagne et l'Italie, vous ne craignez pas d'avouer

qu'elle a produit, elle aussi, des œuvres éclatantes et durables. Vous savez donc apprécier Fimportance du rôle qu'elle a joué, et par conséquent rendre justice à nos musiciens.

Si Adam ne peut être compté parmi les plus grands d'entre ceux-ci, il fut du moins l'un des plus ingénieux, des plus aimables et des plus heureusement doués que nous ayons possédés. Son talent, multiple et divers, était d'ailleurs des plus souples, et il est, à beaucoup d'égards, particulièrement intéressant à étudier. J'ai essayé de retracer de mon mieux son existence extraordinairement laborieuse , sa carrière étonnamment féconde, et j'ai tâché de reproduire sa physionomie avec la plus scrupuleuse exactitude. Je voudrais avoir réussi; mais si le portrait n'est pas ressemblant, ce sera la faute du peintre et non celle du modèle.

Je ne vous l'en offre pas moins, cher ami, comme un témoignage d'affection vraie et de vive sympathie. Votre amitié saura, s'il le faut, excuser mes faiblesses. Épris comme vous l'êtes de toutes choses artistiques, chérissant comme vous le faites ce vieux sol de France qui nous a vu naître, je suis certain, au surplus, qu'un tel

écrit ne saurait vous laisser indifférent. Car il a été inspiré par un double sentiment qui nous est commun à tous deux : — l'amour de la patrie et l'amour de l'art.

A vous de cœur,

Arthur Pougin.

Paris, 25 mars 1877.

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