M. GEVAERT
Le Théâtre-Lyrique ne se contente pas d'ouvrir ses portes aux lauréats de l'Institut de France, il donne accès également aux grands prix de Rome obtenus en Belgique, et M. Gevaert vient de faire confirmer par le public parisien le jugement déjà prononcé par ses compatriotes. En vérité, ce n'est pas trop malheureux pour un musicien de naître en. Belgique : on profite des faveurs de sa nationalité pour remporter à Bruxelles un prix de composition, qui vous assure une pension pour voyager en France et en Italie: puis, après s'être fait jouer en Belgique, ce qui n'est pas très-difficile et n'amène pas de grands résultats, si ce n'est de faire acquérir de l'expérience de scène et d'orchestre, on peut se présenter sur un théâtre de Paris, précédé de la renommée d'un succès, ayant l'avantage d'avoir un nom étranger, et déjà plus expérimenté que nos pauvres lauréats nationaux, qui reviennent de Rome un peu moins musiciens qu'ils n'y sont arrivés, et ayant tous vu se révéler en eux de grandes dispositions pour le dessin et la peinture
L'affiche annonçait Georgette comme un opéra-bouffe. La dénomination n'est pas exacte; l'opéra-bouffe suppose des personnages de convention théâtrale, comme dans le Tableau parlant, Vlrato, l'Eau merveilleuse, Gille ravisseur, le Toréador même ; mais, quelle que soit la gaité qui règne dans un opéra, il ne devra pasêtre appelé opéra-bouffe si les personnages sont pris dans la réalité. Ainsi, les Rendezvous bourgeois, quoique d'une gaîté folle, sont un opéracomique et non un opéra-bouffe. On me dira que le titre ne fait rien à l'affaire ; je ne suis pas entièrement de cet avis. Ainsi, l'ouverture de Georgette, qui est bien celle de
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la pièce, ne m'avait pas satisfait avant le lever du rideau, parce que je n'y trouvais pas la fantaisie que le titre m'autorisait à y chercher, et je n'ai pu reconnaître ce qu'elle valait qu'après avoir vu quelle était la nature de la pièce... En somme, l'œuvre de M. Gevaert est celle d'un artiste et d'un artiste dans toute l'acception du mot, tant par la nature des idées que par la manière dont elles sont présentées. Les mélodies ont une grande distinction, sans être tourmentées ni maniérées, et l'harmonie est presque toujours neuve et élégante, sans cesser d'être naturelle: la modulation est peut-être un peu trop fréquente, mais c'est un défaut de jeunesse dont on se corrige bien vite, lorsque les idées ne vous manquent pas, et M. Gevaert est en fonds pour éviter ce défaut. L'orchestration est trèssoignée, mais dénote plus le symphoniste que le compositeur dramatique ; le quatuor est trop surchargé de détails: au théâtre, il faut plus d'unité ; ces petits artifices, excellents dans la symphonie, où ii n'y a qu'un but unique, celui d'attirer l'attention sur l'orchestre, sont défavorables au théâtre, où le rôle de l'orchestre n'est que secondaire. L'exécution gagnerait beaucoup à ce qu'il y eût plus de simplicité dans les accompagnements...
Georgette est un succès musical pour le théâtre et un succès d'avenir pour M. Gevaert, qui ne pouvait se présenter sous de meilleurs auspices *,