Assemblée nationale du 4 juillet
le danger en dévoilant quelques défauts de donner presque le droit à l'élève de méconnaître de grandes beautés? Il faut donc que celui qui apprend se fasse une rhétorique indépeudante des leçons de celui qui enseigne, que son bon sens, son goût, ses auditions et l'étude comparée des œuvres de divers genres lui permettent de se créer une opinion personnelle d'où jaillira un jour son individualité. Ainsi, M. Pascal ne s'est peut-être pas assez préoccupé de cette essentielle différence des œuvres symphoniques et des œuvres dramatiques. Il n'a pas encore compris que, dans ces dernières, deux qualités doivent primer toutes les autres, la clarté et l'effet. M. Pascal sera sans doute bien étonné si certaines personnes reprochent à son opéra de manquer de mélodies. Comment? répondra-t-il, mais il en est rempli, j'en ai mis partout. 11 aura raison, et ceux qui lui auront fait le reproche n'auront pas tort. C'est que certaines mélodies, très-excellentes, très-aptes à être traitées, sont si peu du domaine de la scène que, lorsqu'elles y apparaissent, elles ne font pas l'effet de constituer des motifs, et quelle que soit leur valeur, ne semblent être que de simples développements. D'autres, que leur trop grande simplicité harmonique et leur vulgarité apparente doivent exclure de la musique instrumentale, sont au contraire celles qui réussissent le mieux au théâtre, si toutefois elles se trouvent en parfait accord avec la couleur et la situation. Certes, le petit duo bouffe que Ton a fait répéter n'est pas le morceau que M. Pascal préfère dans sa partition; je ne lui dirai pas non plus qu'il ne soit capable de mieux faire, mais il est d'une allure franche et décidée; en un mot, il sent le théâtre, et c'est ce qui a fait son succès.
Je pourrais continuer à écrire trente pages sur ce sujet, car c'est toute une théorie, et je ne dois pas abuser de la patience de mes lecteurs : il est des choses, d'ailleurs, que Ton sent mieux que l'on ne les exprime, et je craindrais
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de devenir obscur, ce qui n'est pas moins dangereux en feuilletons qu'en musique.
Je ne voudrais cependant pas m'arrêter si court, que Ton pût supposer, d'après mes sévérités et mes conseils, qu'il n'y a pas de mérite dans la musique de M. Pascal; il y en a beaucoup, au contraire, mais il est peut-être un peu trop enveloppé et pas assez mis en avant. Quelques minutes avant la première représentation du Roman de la Bose, je disais au compositeur que je ne connaissais rien encore de son œuvre, et que je n'avais pas entendu de répétition, voulant borner mon jugement sur l'audition de la représentation. « Oh ! me dit-il, j'en suis lâché, car j'ai besoin d'être entendu, et je crains que la première impression me soit moins favorable que la seconde. » Cette réponse sera peut-être l'explication de ma critique: je n'ai entendu l'ouvrage de M. Pascal qu'une seule fois, je sais cependant que la musique de théâtre doit pouvoir être réentendue, mais je désire qu'elle s'y prête et ne l'exige pas 1.