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Assemblée nationale du 5 décembre

2. M. Duprez, qui, après avoir fourni une admirable carrière de chanteur dramatique, voulait aborder celle du compositeur, pour laquelle ses aptitudes étaient loin d'être aussi heureuses, venait de subir un échec à l'Opéra-Comique en donnant la Lettre au bon Dieu, ouvrage qui n'avait été du goût ni du public, ni de la critique. L'auteur, irrité, retira son œuvre et annonça sa détermination par une lettre rendue publique, lettre dans laquelle il se prétendait en butte à la malveillance de tous. Adam, qui ne

opéras à raconter. Une lettre de M. Duprez vient heureusement alléger ma tâche; le compositeur déclare retirer son ouvrage; cet acte de déférence au goût du public devrait m'imposer un silence absolu , mais certaines expressions de la lettre demandent une réponse , et elle sera d'autant plus convenable qu'elle sera faite par quelqu'un innocent de toute attaque. On ne peut nier que la seconde production de M. Duprez n'ait été jugée avec quelque sévérité; pour ma part je ne la trouve pas inférieure à la première; mais cette sévérité même peut être sinon justifiée, du moins parfaitement expliquée. Bans la force de l'âge et la fraîcheur des idées, dit M. Duprez, je ne m'attendais pas à voir s'élever entre le 'public et moi un rempart infranchissable de colère, de malveillance et de haine» M. Duprez a un peu allongé les vingt-quatre heures que Ton accorde aux perdants pour maudire leurs juges. Je n'ai assisté qu'à la deuxième représentation de la Lettre au bon Bleu, et j'étais loin d'y apporter de la malveillance, de la colère ou de la haine : le public non plus : aucun article n'avait encore paru, et pourtant l'effet produit par l'ouvrage n'était pas des plus flatteurs. Quand M, Duprez donna Joanita, chacun admira ce tour de force de volonté d'un homme qui, ayant passé la meilleure partie de sa vie à des travaux dépendant de l'art de la composition, mais en différant complètement, avait pu mener à fin une œuvre importante, et chacun écouta avec bienveillance, et presque avec une surprise admirative cette fantaisie d'amateur, d'homme riche, de grand artiste : c'était une statue modelée par un peintre, un tableau peint par un sculpteur, qu'on offrait à notre appréciation, et l'appré-

donnait son feuilleton que tous les quinze jours, n'avait pu encore rendre compte de la Lettre au bon Dieu lorsque fut publiée... celle du compositeur. Il ne voulut pourtant pas se priver de juger l'une et l'autre.

ciation fut et devait être indulgente. Mais aujourd'hui, M. Duprez annonce qu'il se constitue compositeur, il veut oublier qu'il fut un grand chanteur et le professeur à qui Ton doit mademoiselle Miolan et mademoiselle Caroline Duprez. 11 doit donc être permis de lui faire observer que si fraîches que lui paraissent ses idées, elles ne nous semblent pas absolument nouvelles ni bien piquantes, que son instrumentation est tant soit peu lourde, et que le style n'est pas toujours en rapport avec la couleur du sujet. Cela, il est vrai, peut se dire poliment, sous la forme de conseils et sans emprunter l'ironie; mais qu'importe la forme, si le fond est le même? En présence du compositeur qui se retire, le critique doit se retirer aussi : je ne laisserai donc plus pl.ace qu'aux éloges que mérite mademoiselle Duprez, qui est, en définitive, et, je le crains, sera toujours la plus belle et la meilleure œuvre de son père1.

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