‹ Adolphe (volume 5)Chapitre 6 sur 26 · AVIS DE L’EDITEUR · texte numérisé non relu

AVIS DE L’EDITEUR

E parcourais l'Italie, il y a bien des années.

Je fus arrêté dans une auberge de Cerenza, petit village de la Calabre, par un débordement du Neto ; il y avait dans la même auberge un étranger qui se trouvait forcé d’y séjourner pour la même cause. Il était fort silencieux et paraissait triste. Il ne témoignait aucune impatience. Je me plaignais quelquefois à lui, comme au seul homme à qui je pusse parler, dans ce lieu, du retard que notre marche éprouvait. « Il m’est égal, me répondait-il, d’être ici ou ailleurs. » Notre hôte, qui avait causé avec un domestique napolitain, qui servait cet étranger sans savoir son nom, me dit qu'il ne voyageait point par curiosité, car il ne visitait ni les ruines, ni les sites, ni les monuments, ni les hommes, Il lisait beaucoup, mais jamais d’une manière suivie ; il se promenait le soir, toujours seul, et souvent il passait les journées entières assis, immobile, la tête appuyée sur les deux mains.

Au moment où les communications, étant rétablies, nous auraient permis de partir, cet étranger tomba très-malade. L’'humanité me fit un devoir de prolonger mon séjour auprès de lui pour le soigner. Il n’y avait à Cerenza qu’un chirurgien de village ; je voulais envoyer à Cozenze chercher des secours plus efficaces. « Ce n’est pas la peine, me dit l'étranger ; l’homme que voilà est précisément ce qu'il me faut. » Il avait raison, peut-être plus qu’il ne le pensait, car cet homme le guérit. « Je ne vous croyais pas si habile », lui dit-il avec une sorte d'humeur en le congédiant ; puis il me remercia de mes soins, et il partit.

Plusieurs mois après, je reçus, à Naples, une lettre de l’hôte de Cerenza, avec une cassette trouvée sur la route qui conduit à Strongoli, route que l'étranger et moi nous avions suivie, mais séparément. L’aubergiste qui me l’envoyait se croyait sûr qu'elle appartenait à l’un de nous deux. Elle renfermait beaucoup de lettres fort anciennes sans adresses, ou dont les adresses et les signatures étaient effacées, un portrait de femme et un cahier contenant l’anecdote ou l’histoire qu'on va lire. L'étranger, propriétaire de ces effets, ne m'avait laissé, en me quittant, aucun moyen de lui écrire ; je les conservais depuis dix ans, incertain de l’usage que je devais en faire, lorsqu’en ayant parlé par hasard à quelques personnes dans une

placée à la fin de cette histoire, parce qu ‘elle ee. rait inintelligible si on la lisait avant de connaître PTE l’histoire elle-même. $ :

en me donnant la certitude qu’elle ne peut offen. ser ni compromettre personne: Je n'ai pas changé un mot à l'original ; la suppression même des noms propres ne vient pas de moi : ils n'étaient Le désignés que comme ils sont encore, par des let- A tres initiales. se

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