EMILE FAGUET
JEAN MISTLER
KLEBER HAEDENS
CS
tous les vrais conquérants, dès que le but est atteint, il s’en éloigne, et souvent avec d’autant plus de lassitude qu’il s’est donné plus de mal pour y parvenir.
Tel Constant est dans son journal, tel dans Adolphe qui n’est qu’un journal composé et ramassé, mais non embelli. On le voit bien là « avec son mélange d’égoïsme et de sentiment, d'enthousiasme et d’ironie », son persiflage destiné à couvrir et à défendre sa timidité, son besoin d’indépendance contrarié par son éternel besoin de sociabilité, sa sécheresse de cœur et ce genre de sensibilité qui consiste à sentir qu'il en manque et en souffrir, cet esprit dont on est si fier « et qui ne sert ni à trouver du bonheur ni à en donner », ces amours qui doivent enchaîner toute une vie et qui commencent par une sorte de gageure née d’un peu de vanité et du besoin de faire comme les autres, et dont La Rochefoucauld a dit : « Il y a des gens qui n'auraient pas aimé s'ils n'avaient entendu parler d’amour. »
Il n’a pas été rellement méchant, mais il a souffert, et il a fait souffrir comme seules les natures exceptionnelles peuvent le faire, et il a atteint dans l’analyse du sentiment une profondeur que Marcel Proust devait seul dépasser. Il a écrit d’un style qui n’a pas pris une ride, parce qu’il n'avait aucune enflure, et le cruel Adolphe est avec la tendre Sulvie le seul livre de notre littérature où l’on ne trouverait pas une ligne à couper.
.. Benjamin Constant a écrit Adolphe, un de ces romans minces et solitaires qui traversent les âges... Intéressant par la situation et les problèmes qu’il pose, par la figure de ses deux héros, si irritants à la longue, Adolphe est un roman que l’on imite toujours... Dans son Cahier Rouge Benjamin Constant est plus libre. Il trace alors un portrait de lui-même exact, lucide, fin et moqueur,
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