‹ Adolphe et Clara, ou, Les deux prisonniersChapitre 11 sur 27 · ADOLPHE , DE LIMBOURG · texte numérisé non relu

ADOLPHE , DE LIMBOURG

ADOLPHE. Oui, Monsieur, j aime à croire que ce n'est qu'une méprise... une erreur de nom... Et bientôt vous saurez...

DE LIMBOURG. Nou , VOUS êtes bien désigné, Adolphe de Rumberg. Mais, réfléchissez, n'y a-t-il pas quelques motifs secrets?... des dettes , par exemple?

ADOLPHE. Des dettes !... j'en ai fait beaucoup... mais je les ai toutes payées.

DE LIMBOURG. Une affaire d'honneur?..

ADOLPHE. Dix... Dans notre étatî...

Mais j'ai eu le bonheur de les terminer toutes saas mériter un reproche.

DE LIMBOURG. C'est donc quelques parens de mauvaise humeur ?

ADOLPHE. Je viens d'hériter du dernier. Il ne pourrait y avoir qu'un oncle de ma femme... ministre estimé, respectable, et qui aurait pu... Mais c'est impossible. Il faisait grand cas de moi, c'est à lui que je confiais mes chagrins, il me

plaignait j il m'av.iit même promis un ordre pour que ma chère moitié...

DE LiMBOURG. V ovLs éliez mal avec Madame ?

ADOLPHE. On n'a pns d'idée de ça.

DE LiMBOURG. Sa figure n'est peutêfre pas ?... ,

Adolphe. La pins jolie femme de Berlin... On nous a mariés, je ne sais pour- <|iioi, nous nous aimions pourtant, nous nous adorions même, cela a duré six mois ; cela aurait duré toute la vie; mais bientôt je tronvai un caractère...

DE LTMBOURG. Altier... dur?

ADOLPHE. Non ^ non; c'était un assez joli caractère; mais singulier... bizarre... 'Et puis une humeur...

DE LIMBOURG. Rcvêche... acariâtre...

ADOLPHE. Non pas, non pas... mais maligne , pétulante... qui variait à chaque instant, et qui... lorsque je lui parlais raison...

DE LIMBOURG. Ah ! VOUS loi parliez raison î

ABOLVRE , étonné un peu. Quelquefois...

Vous avez l'air de rire?

DE LIMBOURG. Je n'ai garde 5 mais je pensais qu'à l'âge que vous aviez tous deux , elle trouvait peut-être extraordinaire que vous lui parlassiez raison , quand elle n'aurait voulu parler que d'àniour...

ADOLPHE. Non , Monsieur , elle ne m'aimait pas... elle ne m'écoulait pas... elle me contrariait sans cesse... Occupée, à chaque instant , de bals , de fêtes , de parure, elle me laissait souvent des jours entiers sans que je pusse la rejoindre , elle me grondait si je parlais à une jolie femme; elle me boudait si je la louais devant elle ; elle avait l'air d'écouter . avec plaisir, les sots propos des jeunes étourdis qui l'entouraient... Enfin, Monsieur, le croiriez-vous? elle a fini par vouloir un appartement séparé... Oui , Monsieur, séparé 5 et depuis ce moment la... (// lui parle à V oreille. ) Ce que je vous dis est l'exacte vérité...

DE LIMBOURG. Mais voilà des choses affreuses... Dès-lors c'est une femme à ne pas regretter ; je vois qu'elle est, à la fois, coquette, méchante, et peut-être encore...

ADOLPHE. Non : oh! non !... Il faut lui rendre justice , janjais riçn dans sa conduite...

PE LiMBOUR^. A la bonne heure. Mais j

malgré cela , c'est une femme avec laquelle vous ne pouvez plus vivre, et c'est toujours un grand avantage pour vous d'en être séparé.

ADOLPHE. Oui , c'est même une espèce de consolation. ( riant. ) Il aurait mieux valu pourtant que ce fût elle qu'on eût amenée ici.

DE LIMBOURG. J'eutcnds bien ; mais , consolez- vous... J'écrirai au ministre, et je lui ferai ouvrir les yeux.

ADOLPHE , auec affection. Bien obligé !..

DE LIMBOURG. Je ne désespère pas même que votre femme ne vienne prendre ici votre place.

ADOLPHE. Ah! ce serait bien heureux!

DE LIMBOURG. En attendant , vous jouirez d'une honnête liberté ; le jardin est grand, les ombrages frais... Un peu de société dans l'intérieur ; entre antre une très-jeune , très-douce personne, arrivée aujourd'hui.

ADOLPHE. Une jeune femme , tous dites ?... Jolie , sans doute!...

DE LIMBOURG. Très-bonuc , très-sensible.

ADOLPHE. Ah! c'est charmant cela:

cette pauvre petite femme !... Un mari jaloux...

DE LIMBOURG. Oui , quelque chose comme cela. Vous pourrez la voir...

Elle va descendre.

ADOLPHE. Tout-à-l'henre?... Je serais bien flatté de... de faire sa connaissance.

DE LIMBOURG. Mais j'espère que vous vous conduirez avec elle... et puis, vous êtes si chagrin, si malheureux, si raisonnable...

ADOLPHE. Oh! trop, trop pour mon âge... Elle ne descend ^as. {se remettant.) Ce n'est pas que je sois pressé. . ,

DE LIMBOURG. Je le vois bien; mais il faut que j'aille vaquer à mes nombreuses occupations , je vous laisse; et si celte dame vient , vous voudrez bien , jusqu'au souper, lui tenir compagnie.

ADOLPHE. De tout mon cœur. , ,

Page 1