DE M. DE MONTAIGLON
(Rambouillet^ 5 juin iSyS) Messieurs,
Cest ici même, le 26 décembre 1874, par cette journée glaciale de neige dans la campagne et de boue dans les chemins dont personne de nous n'a perdu le funèbre souvenir, qu'est née, spontanément et comme dans Tesprit de tous, la pensée d'élever, sur la tombe de Tami que nous amenions à sa dernière demeure, un monument qui témoignât de nos regrets de sa perte. Sa veuve n'avait aucun besoin de notre aide, et M. Lance avait lui-même préparé le caveau de famille qui aurait dû l'attendre plus longtemps ; mais devant notre désir qui était pour elle^ non pas
une consolation, mais la marque réelle et profondément sincère d^un hommage collectif et en quelque sorte public, Madame Lance nous a permis de mettre à exécution notre dessein. Nous ne saurions trop la remercier de nous avoir ainsi associés à l'expression de ses regrets.
Je vous Fai dit, dès ce premier jour, la souscription résolue était déjà en partie couverte, et Ton nomma un comité chargé de s'occuper de l'exécution et composé de MM. Eugène Millet, Auguste Duvert, Forget, Charles Lucas, et de moi-même qui ne connaissais M* Lance que depuis quelques années, mais à qui vous avez bien voulu faire l'honneur de le mettre ainsi au nombre, sinon de ses plus anciens, au moins de ses plus sincères amis. En somme les amis qui se sont joints à nous sont des membres de la Société centrale des Architectes, de la section d'Archéologie du comité des travaux historiques, de la Société de l'Histoire de l'Art français, ceux aussi qui avaient travaillé à ses côtés ou sous ses ordres, tous ceux-là mêmes, comme vous le voyez, au miheu desquels M. Lance avait vécu.
La souscription, à peine connue, et qui s'était faite comme d'elle-même, a produit 2,36o francs; elle aurait pu donner un chiffre bien plus élevé si vous ne l'aviez arrêtée bien avant de vous être adressés à
tous ceux qui vous auraient répondu, et plus d'une personne a exprimé ses regrets de ne pas Pavoir connue et de n^ pas être comprise. Vous avez jugé que ce n'était pas le chiffre de la dépense qu'il fallait considérer, mais l'intention et aussi la pensée qu'un hommage de ce genre gagne à ne pas attendre et à être rendu le plus tôt qu'il est possible.
Aujourd'hui, la tâche de votre comité est remplie. Je n'ai plus qu'à être votre interprète en exprimant d'abord tous vos remercîments à l'habile architecte, M. Eugène Millet, l'ami de M. Lance, qui a mis à votre service, non-seulement son talent, mais aussi des soins si actifs qu'il a été possible, au bout de cinq mois, de faire l'inauguration de ce monument vrai ment funéraire, d'une simplicité sévère et solide, aussi ingénieux que noble, et qui a dépassé ce que vous pouviez attendre des ressources mises par vous à la disposition de son auteur.
Je dois aussi remercier en votre nom M. Charles Lucas, l'un des secrétaires de la Société centrale des Architectes, qui a bien voulu être notre trésorier et mettre à notre service la bonne grâce de son infatigable activité.
Maintenant, après avoir rendu justice aux deux personnes dont l'effort commun a mis à exécution, si bien et si rapidement, votre pensée, j'ai l'honneur,
au nom de votre comité et au nom de tous les souscripteurs, de faire à Madame Lance remise du monument funéraire élevé par vos soins, en témoignage à la fois de notre souvenir de la mémoire de son mari et de nos profonds respects pour elle-même.