ÉTUDE POUR « LA FORGE
« La vérité! La vérité en tout, en art, en science, en histoire, voilà le devoir. Celui qui nous la donne peut nous blesser, il a rempli son devoir envers nous. Nous n’avons d’autre but que de connaître la vérité. L’art n’est pas en dehors des nécessités, des lois de l’esprit humain; il ne repose pas sur d’autres fondements que la science et la philosophie; comme elles, il n’est digne d’estime, de respect, de foi, que lorsqu’il est vrai.
« En un mot, partout, l’homme est indépendant, sincère, a des yeux sûrs, une note décidée, parfois un peu brutale. Le monde, passé ou présent, il le voit tel qu’il est, sans jamais le dénaturer, l’altérer, le rendant plein de force par le geste, le mouvement,
ADOLPHE MENZF.L
l’expression, l’implacable exactitude. Tout en se portant fort bien, il a la névrose du \rai. On seul dans ses œuvres le choc nerveux, le frisson que lui fait éprouver la nature, .le ne sache pas qu'on ait jamais fait plus nature, et par là, il peut blesser des esprits qui veulent à celle-ci un arrangement, un ragoût, une mise au point. Il l’a faile triviale, banale quand elle l’est; passionnée, violente quand elle l'est. L'homme qui a mesuré au compas les boulons d’un uniforme au temps de Frédéric, s'il a affaire à un soulier, un gilet, une coiffure moderne, ne les fera pas par à peu près, mais totalement, dans leur forme absolue et sans petitesse de moyens. Il y mettra tout ce qui esl la nécessité du caractère. Libre, large et rapide dans son dessin, il n’y a pas de dessinateur aussi définitif. Il aurait pu ne pas peindre, sa valeur, son talent restaient aussi forts.
« Si l’on regarde l’ensemble de ses travaux, c’est une profusion, des milliers de dessins dans des centaines de cartons, et jamais d’œuvre perdue, jamais d'œuvre sans réflexion et qui ne concoure point a la pensée générale... Il ne travaille pas poiu montrer son habileté, mais parce qu’il sent et qu’il pense, l’œil toujours fixé sur le travail à venir, comme si l’œuvre passée n’était que la première pierre du monument.
„ Il restera comme une des plus hautes personnalités de l’art du xiV siècle, une personnalité faite d’indépendance, d’originalité et de profondeur. Nous pouvons saluer en lui une réputation qui grandira toujours, parce qu’il n’aura pas été seulement un artiste, niais aussi une intelligence. »