‹ Adonis, étude de religions orientales comparéesChapitre 6 sur 189 · Tammouz ou Adonis à Bahylone · texte numérisé non relu

Tammouz ou Adonis à Bahylone

Le culte d’Adonis était en honneur chez les peuples sémitiques de Babylone et de Syrie et les Grecs le leur ont emprunté dès le vil® siècle av. J. -G®. Le vrai nom du dieu était Tammouz; l’appellation d’Adonis est simplement le sémitique Adon, « seigneur », titre d'honneur que ses adorateurs lui adressaient^.

Dans le texte hébreu de l’ancien Testament le même nom Adonaï, peut-être originellement Adoni, « mon Seigneur », est souvent affecté à Jéhovah®.

Mais les Grecs, par un malentendu, convertirent le titre d’honneur en nom propre. Bien que Tammouz, ou son équivalent Adonis, jouît d’une grande et vaste popularité parmi les peuples de souche sémitique, il y a lieu de croire que son culte prit naissance chez une race d’autre sang et d'autre langue, les Sumériens, qui, à l’aube de l’histoire, habitaient la plaine d’alluvions située au fond du golfe Persique et qui créèrent la civilisation appelée ensuite babylonienne.

L’origine et les affinités des Sumériens sont inconnues ; par le type physique et le langage, ils différaient de tous leurs voisins; l’isolement de leur position, — enclavés qu'ils étaient entre des races étrangères, — présente à ceux qui suivent attentivement la marche historique des peuples, des problèmes pareils à celui de l’isolement des Basques et des Etrusques parmi les Arj^ens de l’Europe.

Une hypothèse ingénieuse, mais non prouvée, présenterait les Sumériens comme des immigrants, chassés de l’Asie moyenne par la sécheresse ; progressivement celle-ci paraît avoir métamorphosé ces pays, jadis fertiles, en un désert, et avoir enterré le berceau d’une ancienne civilisation sous des vagues de sable mouvant. Quel qu’ait pu être le lieu de leur origine, il est certain que dans la Babylonie méridionale, les Sumériens arrivèrent de

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bonne heure à un degré avancé de civilisation ; car ils labouraient la terre, élevaient le bétail, construisaient des villes, creusaient des canaux et allaient jusqu’à inventer un système d’écriture que leurs Amisins sémitiques leur empruntèrent par la suite®.

Dans le panthéon de ce peuple antique, Tammouz paraît avoir été l’une des plus anciennes, mais non certainement des plus importantes figures".

Son nom se compose d’une expression sumérienne qui signifie « véritable fils », ou sous la forme complète « le véritable fils de l’eau profonde* ».

Parmi les inscriptions suméi'iennes qui ont survécu au naufrage des empires, il y a un certain nombre d’hymnes en son honneur, dont le texte date de deux mille ans environ avant notre ère, mais qui furent presque certainement composés à une date très antérieure *.

Dans la littérature de Babylone, Tammouz apparaît comme l'époux adolescent, ou l’amant d’ishtar, la grande déesse génératrice de toutes choses, la personnification des forces reproductrices de la nature. Les allusions à leurs rapports, trouvées dans la légende et dans le rite même, sont fragmentâmes et obscures, mais nous en inférons que Tammouz était censé mourir chaque année, et quitter cette terre riante pour descendre dans les ténèbres du monde souterrain. Chaque année, sa divine amante partait à sa recherche « vers le pays d’où l’on ne revient pas, vers la sombre demeure où la poussière recouvre le portail et le verrou ». Pendant son absence, la passion de l’amour aessait d’exercer son empire; hommes et bêtes négligeaient pareillement de reproduire leur race; la vie entière était menacée d’extinction. Ishtar était si intimement associée au commerce sexuel de tout le règne animal, que, sans sa présence, ces fonctions reproductrices devenaient impossibles.

Un messager du dieu Ka était donc envoyé pour libérer la déesse dont la présence était de suprême importance.

L’austère Reine des Ténèbres — désignée sous le nom d'Allatou ou Eresh-Kigal — permettait, non sans mauvaise grâce, à Ishtar d’être aspergée par l’Eau de la Vie et avec hésitation la laissait partir, sans doute accompagnée de son amant Tammouz, afin que

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le couple pût remonter aux régions supérieures et que leur retour pût l'animer la nature entière.

On trouve des lamentations sur la disparition de Tammouz dans plusieurs cantiques babyloniens qui le comparent aux plantes trop rapidement flétries :

Un tamaris qui se meurt de soif dans le jardin,

Dont la couronne champêtre n'a produit aucun bourgeon,

Un saule qui ne s'est point assouvi dans l’eau courante,

Un saule aux racines arrachées,

Une herbe qui se meurt de soif dans le jardin.

Le deuil de Tammouz semble avoir été mené chaque année, aux sons grêles et stridents des flûtes, par pleureurs et pleureuses, au cœur de Tété, durant le mois qui porte son nom. Autour d’une statue du mort divin, on psalmodiait des thrènes funèbres; avec de l’eau pure, on faisait la toilette du mort et son onction, puis on le revêtait d’une robe cramoisie, et l’encens, répandant son parfum, s’élevait vei's le ciel, comme pour réveiller les sens assoupis du défunt par son arôme pénétrant qui devait le tirer du sommeil de la mort. Dans l’un de ces Cantiques, intitulé « Plaintes des flûtes en l'honneur de Tammouz » il .nous semble encore entendre la voix plaintive des chanteurs entonnant le refrain éploré et nous pouvons presque saisir, comme une mélodie lointaine, le sanglot des flûtes :

Alors 'qu'il disparait, elle se lamente :

« O mon enfant ! » ; alors qu’il disparaît, elle pousse un gémissement:

« Mon Damou ! »; alors qu'il disparaît, elle se lamente.

« Mon enchanteur, mon gnide ! alors qu'il disparaît, elle pousse un

[gémissement ;

Sous le cèdre argenté, à l'ombre de ses larges branches Dans Eanna, par monts et vallées, elle pousse un gémissement.

Telle la plainte que soupire une famille sans chef, tel est son gémisse-

[menl.

Telle la plainte qu'exhale une ville sans seigneur, tel est son gémisse-

[ment.

Elle gémit sur l'herbe sans racines,

Elle gémit sur le blé sans épi.

Sa demeure reste sans joie.

C'est une femme lasse, un enfant las, prématurément flétris.

Elle pleure la grande rivière où aucun saule ne croît'.

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Elle pleure an champ où ne viennent ni blé, ni herbes ; Elle pleure un étang que les poissons ont fui;

Elle pleure la clairière dénuée de roseaux)

Elle pleure les forêts d'où les tamaris sonl absents ;

Elle pleure la plaine où aucun cyprès ne s'' élève ;

Elle pleure le jardin ombragé sans ruches et sans vignes ; Elle pleure les prairies dépouillées de fleurs ;

Elle pleure un palais d’où longue vie a fui^^.

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