‹ Adonis. Introd. de Paul ValéryChapitre 3 sur 4 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

Il y d longtemps que cet ouvrage est composé ; et peut-être n'en est-il pas moins digne de voir la lumière. Quand j' en conçus le dessein, j'avais plus d'imagination que je n'en ai aujourd'hui. Je m'étois toute ma vie exercé en ce genre de poésie que nous nommons héroïque : c'est assurément le plus beau de tous, le plus fleuri, le plus susceptible d'ornements, et de ces figures nobles et hardies qui font une langue à part, une langue asse^ charmante pour mériter qu on l'appelle la langue des dieux. Le fonds que j'en avois fait, soit par la lecture des anciens, soit par celle de quelques-uns de nos modernes, s'est presque entièrement consumé dans l'embellissement de ce poème, bien que l'ouvrage soit court, et qu'à proprement parler il ne mérite que le nom d'idylle. Je l' avois fait marcher à la suite de Psyché, croyant qu'il étoit à propos de joindre aux amours du Fils celles de la Mère. Beaucoup de personnes m'ont dit que je faisais tort à l'Adonis. Les raisons qu'ils en apportent sont bonnes ; mais je m'imagine que le public se soucie très peu d'en être informé ; ainsi je les laisse à part. On est tellement rebuté des poèmes à présent, que [ai toujours craint que celui-ci ne reçût un mauvais accueil et ne fût enveloppé dans la commune

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