Adresse au Don Quichotte du Nord
J avois toujours penfé que la phiîofophie & fef prit etoient plus naturels dans ta maifon qi!» ’L vam pouvoir arbitraire des rois : j avois encoVcru
N3PjeS jCe nLâpp°rts ’ 9ue "héritier du Salomon du Nord de 1 homme lettré, de l’ami des a ts, nauroit ni embraiïe le parti parricide d’enfans
ingrats qui
cherchent à déchirer le fein de leur mère-patrie , ni formé l’extravagant projet de foumettre un peuple formidable, qui, maître fouverain de fes lois, a voulu régénérer fon gouvernement. Il ne veut pli s pour idoles que la liberté & l3 égalité , fans que nul ait le droit de s’y oppofer. Je t’avoue que je ne te croyois pas capable d’une tentative au ffi inouie qu’im* pofïible ; & fi Dumouriez n’avoit point atteflé tes proportions , tes menaces , je traiterons de fable tout ce qu’on répand fur ton compte Te voilà donc vaincu , déloyal potentat , tri (le pouifendeur des géants, petit roitelet de la terre ufurpée ! Supporte Tépigramme , fi tu en as la force; écoute la raifon , fi tu peux devenir fage. Je ne fuis pas le général Dumouriez, pour te traiter en grand roi , ou, pour mieux dire , te perfiffier royalement. Dumouriez a trop d’efprit pour te croire un héros magnanime d’après ta folle entreprife, & je lailfe ce général te donner la chaife : je vais t’apprendre qui je fuis : un ammaî extraordinaire , fi tu le veux, mais penfant fainement; «n de ces êtres courbés , depuis des fiècles , fous le joug tyrannique des préjugés ma feu lins ; c’èft te dire allez que je fuis femme , mais de ces femmes qui égalent nos grands hommes en vertus 8c en courage ; & , fi tu avois reçu ces avantages, je te d;lois mon égal. Tu es roi , par conféquent petit 8c SHédiocre : cependant je veux bien te parler comme à un homme.
Dis-moi, fi le ciel t’avoit fait naître citoyen , de quel œil verrais - tu les 'crimes des rois ? Eft ce fur l’ignorance des hommes qui les a, depuis tant de Cèdes, enchaînés aux chars des tyrans , que tu fondes &on pouvoir iilufoire ? La fotife a ciifparu ; la fai rite
n’es plus qu’un Tain fantôme. L^rois - moi , deviens philofophe.
Efl-cepar les misères incalculables des peuples, que, poux anOuviHa dépravation des cours , tu as quitté ton empire à ciehein ae ven-r relever un trône écroulé ious les ruines des forfaits ? Si tu fens dans ton ame qnexque vertu étrangère chez les potentats, rends-toi aux avis d une femme qui n@ connut jamais la contrainte ni rimpodure : apprends auffi qu’elle eut le courage de défendre fon roi au milieu des périls oui le menaçoient , tant qu’elle a du le croire fidèle à les fermens fondés fur la garantie de fes plus chers inté- 1^,e dédaigné point les confeds d’une êîre jufie ex lenfibie , anèz bon obfei vateur pour avoir dès long temps prophétifé les grands événemens. Ce que je te u î rois pour toi-même , ne ferait que répéter tout ce que les échos rendent par-tout , que ton peuple murmure de( cette guerre inconfidérée , de cette dspenfe formidable qui va l’écrafer d’impôts. Je crains que cette Don - Quichottade ne t’apprenne trop tard ton devoir : pour t’en donner une preuve évidente lis quelques-unes de mes productions que je joins à cette a art 3e. Apprends qu’un roi a déjà perdu fon pouvoir, quand fon peuple murmure.
Je consens que j’ai été à mon tour le Donyuichotte du roi des François ; que mes jours ont été menacés plufieurs fois, pour avoir pris fa détenle avec toute l'énergie dont je fuis capable. Je ne . accablerai pas , parce qu’il efî malheureux; mais “ mra, trompée , moi & la moitié de la nation : il na iuivi que les confeils des perfides, des gens fans aveu qu il a gages pourcreufer fon précipice. Pour fa ^emir.e, je ne t en parle pas : une clémence miraculeuf©
peut feule la fauver. Quel eft donc ton deffein ? précipiter fon lupplice , fi tu t’approchois de la capitale ? Sois convaincu que ia fuite feule de l’étranger peut la fauver : voilà le feu! traité que les Français contracteront avec toi 8c tes compagnons d’infortune ; la république ne leur fera grâce qu’après que tu auras abandonné fes Etats, & que tes alliés auront fui le territoire français. Crois-moi, Frédéric, donne , le premier , cet exemple de prudence , s’il en eft temps encore ; raffermis ta couronne chancelante ; apprends à l’écoie de Louis XVI à devenir ün bon roi , l’ami de ton peuple , plutôt que de tes eourtifans, Je te citerai ce vers de Voltaire, qui t’offre un grand moyen de méditation & de morale :
cc Le premier qui fut roi* fut un foîiàt heureux ».
Ce vers t’apprend que la fortune ôc le hafard qui ont fait les rois , ne font pas les droits imprefcriptibles de fa malle fouveraine des hommes; àc lorfque cette malle impotente a prononcé , les rois doivent obéir à leur tour. N’eff-ii pas abfurde, conviens-en avec moi , qu’un feul homme ravage les tréfors de la fociété de la grève d’impôts , pour fat'sfaire feulement fes paL fions déréglées ? Et quels fruits efpères-tu de tes efforts Impuiffaiis ? Réfléchis un moment , je t’en conjure ; defeends de ton ballon gonflé d’orgueil ; defeends- en avec prudence ; la direction en eff perdue ; 8c fi tu ne veux pas m’en croire, crois- en la fidèle hiftohe de l’Univers : arrête-toi un moment fur le chap:tre des révolutions. A quelle déplorable ineptie les rois font ils donc condamnés ? Ils apprennent Thifloire , mais yne hiffoire parafite & menfongère, telle que peuvent la fabrique* des inflituteprs corrompus , toujours
trop foigneux d’écarter leurs élèves du chemin glorieux que le vertueux Fénélon fut tracer aux enfans des rois ; ils les bercent d’une prétendue autorité fuprême qui les plonge dans un profond fommeil: ce n’eft qu’à leur réveil que les rois défabufis apprennent à connoître les caufes des révolutions.
Frédéric , fi tu es fage, tu évacueras promptemeit notre territoire ; & fi l’offre que te fait un général' non moins habile que valeureux, excite de nouveau, ton ambition pour terraffer ton ennemi-né, ta dé*« faite même deviendra une conquête aux yeux d<g ton peuple ; mais fi , comme l’incomparable Don Quichotte de la Manche, tu combats dés géants réels, je crains pour toi qu’il ne te refte pas même un moulin à vent pour ta retraite. Tes pareils t’avoient promis un quine à cette loterie royale; il ne te fortira pas un extrait..
Tu croiras peut-être que la terreur me cfiéte ce langage ? tu me ferais injure. Les affafiins, les agitateurs qui portent l’effroi dans les âmes timorées- , ne me croient pas capable de cette foibleffe. J’ai défendu Louis XVI tant que je l’ai cru vertueux : mais j’abhorre les citoyens qui, fous d’autres rapports, voudroient l’imiter & hériter de fa dépouille.
Un tyran couronné , un citoyen tyran font, à mes yeux , les fléaux de la fociété : leurs crimes font égaux, quelle que foit la diverfité de leur ambition. Frédéric, tu vas apprendre à me mieux connoître. Tu fais que le glaive eft encore levé fur la tête de l’innocent, cimme fur celle du coupable : eh bien! tu vas me voir pourfuivre ces mêmes affafiins , comme j’ai
pourfum les trames de la cour. Je ne voulois point une mmrreftion fanglante ; je voulois que la nation réduisît JU°uis..XvI a régénérer fa mailon: il feroit encore fur ion trône: mais le maître de tout avoit fans doute
■fa- 6 jU 1 nen ,5l0*t P'us digne î cette fainte iniurrect-on du t o août a coupé le nœud gordien qui -.en oit dans ltndectfion tous les bons citoyens. Après la tempete, chacunfe reconnut : on s’ell rendu compte, i 9P}m®n 17 69 a ra!f;é les belles âmes autour de
ra patrie. Lotus XVI & fa femme ont été démafqués; & pourquoi ne es a-t-on pas chaffés? Et nous avons encore ans a ociet.. des ennemis du repos public , des nronltres qui o ont ni le pmfique ni te moral de l’homme; ces montes ont de l’influence ; ils abufent de la confiance du peuple : mais le peuple eff j „fte : un jour deiabule , 1 reconnoîtra ces perfides. Ces malveillans tendent a la didature. A la cÜétature! grand dieu ! la lie des hommes, l’effroi de l’humanité ? Les crimes réunis, & pour la première fois d’accord, préparent ans e, tenèbies des maux que le Sénat français préviendra fans doute. Ah! que ne peu-t-il fortir de cet aréopage moderne un décret qui joigne la famille de Lotus XVI a ces perturbateurs de la fociété ! Quel upplice pour les rpéchans , de fe voir réunis ! Qu’on es bannilie de nos bords, Sc que nous publions dire :
Le jïot qui les porta recule épouvanté l
Voilà la feule vengeance que je crois digne” des rrançais. °
Ah ! Frédéric , que ne puis-je voir cette ménagerie conduite par le féroce ‘algonquin Marat, arrré du fouet anglant des Euménides ! on pourroit alQrsfurnommeï
Tcette ,c°rTtrée VlJkù* tyrans. Louis XVI mort, Louis XVI vivant m’importune fur le fol rourn du fang des citoyens. Sés ennemis les plus acharnés" voudraient le rougir de nouveau : je voudrais les réunir .pour leur tourment, & fauver ma patrie de leur perverfiie. Crois- tu actuellement à ira terreur? Si Juré te venoit avec fon tonnerre pour nous alfervir, je lut dirais : je brave ta foudre, tyran , & je m’enfevelirai ions les rumes de mon pays.
J’aimais le gouvernement monarchique de la conftitution ; je le croyais propre à l’efprit national; mais, pour mon ame, j’aimais celui de la république : apprends donc, d après mes fyftêmés, à refpeéter ce gouvernement. r
C’efl atnfî , Frédéric , qu’une républicaine exhorte 1m concitoyens à réfifter à l’oppreflron : fi |’am-
bifon nous divife encore , tu pourras , ainfi que les autres tyrans , efpérer de nous vaincre un jour * mais , h nous fommes un;s , que deviendrez-vous ' troupes errantes' de vifionnaires couronnés ? Vos trônes aeriens, vos feeptres de verre, vos titres fembables eus bons billets de la Châtre, & toutes vos folles efperances , fe réduifent à un fi. Je conviend, ai philosophiquement avec toi , que notre bonheur dépend egalement d’un fi : fois peifuadé qu’en te donnant une leçon, je veux, fi je le puis, effrayer les peuples de 1 ecole des tyrans. Rappelle ta raifon : ne crois plus a des rêveries menfbngères : retire-toi pruaemment du territoire français. Je te fouhaite un ben voyage , & fuis avec toute la franche d» tegalite, Marie -Oumpe DEGOUGE' n