A LA REINE
Madame,,
Vous ne pouvez vdus dissimuler qtte vetfs
n’êtes plus la même aux yeux du peuple françois ; le peuple , accablé depms long-temps & sans doute trop aigri, vous accuse de tous ses maux. Reine et mère , pourriez-vous etre l’ennemie jurée de vos propres sujets ? non , je ne pu“ le croire. Jeune & sans expérience vous fûtes long-temps trompée par de vils flatteurs dont l’intérêt particulier etoit d eloi- £2” to. regards le f.blcau eflr.y.nt de a France : les perfides avoient grand som te vous peindre , sous des couleurs favorab es la détresse de l’état ; et s’abreuvant a longs traits du sangdes malheureux , le trésor n etoit
ouvert qu’à leur cupidité. , .
Le noble indigent sans secours , le cultivateur accablé d’impô ts , & le malheureux peuple se nourrissant de ses sueurs & de sei 3 Jarme s ; trop heureux de trouver la mort , il la cherchoit
^ Le cri de l’humanité s’est lait entendre
dans tout le royaume , la justice divine s est
réveillée , une indignation générale s’est élevee contre tant de cruauté! & de vexations , les hommes ont reconnu leurs droits, & lâ révolution s est opérée.
Madame , plus éclairée à cette époque , vous auriez dû reconnoitre l’ouvrage des perfides qui vous entouraient ; mais ces traîtres, ces tyrans qui voyoïent toutes leurs espérances renversées ont eu grand soin de vous persuader encore que le trône étoit ébranlé, & que l’avilis- SUCC?der à l’élévation qui convient au Roi des François : sansdoute. Madame, cette e evation a pu disparaître quelques instans: & si la dignité royale a été ravalee, c est le fruit encore des complots destructifs.
Il n’est plus possible , Madame , de régner
ion dT !?mrne? ecIairés , qui ont secoul le >°' \deS^an”les Perpétuelles, qu’en se rapprochant de 1 humanité & de la justice; qui peut mieux que vous , Madame , convaincre j d,e cf te ver«e, la nature vous a favorisé
de ses plus beaux dons ; votre esprit n’est point médiocre , il embrasse grandement la cause publique mais vous la prenez sous le sens qui vous est le moins favorable ; à l’âge le plus tendre vous avez développé une pfilosophie précoce : rappelez-vous. Madame, ce temps ou entourée de vos vieilles duchesses, une ét quette tyranmque vous accompagnoit par. tout, vous ladites bientôt disparaître ; vous avez la première produit la révolution des antiques usages , que n’avez-vous pu de même
devnn^^T61 * C°Ur 5 enfin nous VOUS
devons , Madame , ce penchant vers la liberté ,
& vos efforts aujourd’hui ne tendent, dit-on, qu à nous la faire perdre. Ah, Madame ! quelle époque favorable pqw vous laver de cette
inculpation , quelle époque plus heureuse pour vous régénérer dans le coeur de tous les François !
Si l’usage n’est pas commun qu’une Reine s’adresse directement à son peuple , f effet en sera plus grand & plus mémorable j il faut que vous rendiez vous- meme un manifeste , vous nous devez cette démarche , vous la. devez à vous-même ; <5c tout l’univers ne pourra que vous admirer : sans doute , je ne crois plus que vous soyez encore ennemis de la nouvelle Constitution ; la majesté , la sagesse , la générosité des Représentans d’une Nation libre, ont dû vous convaincre, Madame, que le Roi n’avoit pas besoin dix secours de l’étranger pour remonter sur son trône 5 assise à ses côtés , réfléchissez sur l’avenir qui vous attend 5 il n’appartient qu’à vous de devenir la première Souveraine du monde , ou de vous voir placée au rang des Brun ehaut, des Frédégonde , des Méelicls , & d’être , en un. mot , je 11e le cèle point , l’exécration: des peuples.
Non, Madame, vous ne le serez point, le peuple à son tour est égaré sur votre compte, il prend le change sur vos véritables principes^' il faut le désabuser ; il faut lui prouver que ses hostilités multipliées vous ont fait craindre le renversement total de la patrie $ que le vice de l’ancien gouvernement , comme celui du nouveau , ont pu vous faire désirer forcir© de le bien de tous ; enfin , Madame , je n’ai pas besoin de vous enseigner ce que votre cœur sent, ce que votre esprit développera mieux que le mien , personne ne peut vous refusai des vertus que les médians ne sentirent jamais. Mère tendre comme celle qui vit le plus près
( io ;
àe la nature , mère essentielle à-la-fois , pourriez-vous voir indifféremment la plus grande des Nations occupée à choisir à votre fils un instituteur digne de l’héritier présomptif qui doit un jour régner sur des hommes libres? ce fils un jour, arrosant vos mains de larmes d’allégresse, bénira le sein qui l’a porté, & la nation qui l’a éleve’ î Ah , Madame î préparez dans sa jeunesse la récompense de votre automne ; en travaillant dans ce moment au bonheur des François , vous assurez le sien , <k vous affermissez son trône.
Hâtez-vous sur-tout de repousser les prétentions de votre frère : engagez le B.oi par tout l’ascendant que vous avez sur son esprit , de rappeler auprès de lui toute sa famille, 8c tous les fugitifs en France •> si l’étranger fait une démarche téméraire, vous perdez la monarchie françoise , & peut-être votre frère , son empire, & peut-être ....... Non,
dois m’arrêter.
Tout m’assure , Madame , qu’éloignée de tout conseil pernicieux, seule, recueillie avec votis-même, vous sentez dans votre cœur tout ce qui se passe dans le mien, tout ce que peut 'éprouver un individu sans reproches : je sais que je n’ai point l’art d’embellir mon style des fleurs de rhétorique : si parfois il se trouve de l’énergie dans quelques passages de mes écrits, c’est suivant la fécondité ou la stérilité de la matière que je traite.
Je vous présente , Madame , mes idées , mes observations sans recherches, dépouillées d’un flagornage toujours nuisible aux Souverains, &~avec toute la simplicité de ma parure. Que les Aristocrates me blâment, s’indignent de anbb ''noble cqpr^ge) mon seul but, IVIadame ,