‹ Adrienne Lecouvreur, comédie-drame en cinq actes, en proseChapitre 105 sur 106 · S G UNS V · texte numérisé non relu

S G UNS V

MAURICE, ADRIENNE, MICHONNET.

MicnoNNET, entrant vivement.

Ce qu'on m'a dit est-il vrai ? Adrienne en danger !

MAURICE

Adrienne se meurt!

miciionvet, approchunt le fauteuil de droite, qu'il place

au milieu du théâtre, et sur lequel Maurice dépose

Adrienne à moitié évanouie.

Non... non... elle respire encore!... tout espoir n'est pas perdu...

maurice, s'approchant de l'autre côté du canapé.

Elle ouvre les yeux !

Ah! quelles souffrances ! Qui donc est près de moi?... (Avec joie ,)M^urice'. (Scretournant etvoyant Michonnet.) Et vous aussi, dès que je souffrais, vous deviez être là... Ce ii 'est plus ma tête, c'est ma poitrine, qui est brû'ante... j'ai là comme un brasier... comme un feudévorant qui me consume...

michonnet, s'adressant à Maurice.

Mais tout me prouve... ne voyez-vous pascomme moi les traces du poison... d'un poison actif et terrible...

MAURICE

Quoi!... tu pourrais soupçonner...

michonnet, avec fureur.

Je soupçonne tout le monde... et cette rivale... cette grande dame !

mauricb, poussant un cri d'effroi.

Taw-toi!... tais-toi!...

Ah ! le mal redouble... Vous qui m'aimez tant, sauvez-moi, secourez-moi... Je ne veux pas mourir!... Tantôt j'eusse imploré la mort comme un bienfait... j'étais si malheureuse... mais à présent je ne veux pas mourir... Il m'aime!... il m'a nommée sa femme!

M1CHONNET, élonné.

Sa femme !

ADRIENNB.

MonDieu! exaucez-moi!... mon Dieu! laissez-moi vivre... quelques jours encore... quelques jours près de lui... Je suis si jeune, etla vie s'ouvrait pour moi si belle!

MAURICE

Ah! c'est affreux!

ADRIENNB.

La vie!... la vie!... Vains efforts!... vainc prière!... mes jours sont comptés!... je sens les forces et l'existence qui m'échappent'... (A Maurice.) Ne me quitte pas... bientôt mes yeux ne te verront plus... bientôt ma main ne pourra plus presser la tienne !...

MAURICE

Adrienne!... Adrienne!...

0 triomphes du théâtre! mon cœur ne battra plus de vos ardentes émotions!... Et vous, longues études d'un art que j'aimais tant, rien ne restera de vous après moi... (Avec douleur.) Rien ne nous survit à nous autres... rien que le souvenir... (A ceux qui l'entourent.)

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