ATHÉNA1S
A merveille!
l'abbé.
II n'y avait rien à répliquer.
MAURICE
Aussi, faute de bonnes raisons, mon père me mit au ban de l'empire, l'impératrice mit ma tête à prix, et son général, le prince Menzicoff entra, sans déclaration de guerre, à Mittau, pour m'enlever par surprise dans mon palais. Il avait avec lui dix-huit cents Russes, et moi, pas un soldat !
l'abbé, riant.
Il fallut bien se rendre !
MAURICE
Non pas.
Vous avez osé vous défendre?
MAURICE
A la Charles XII. Ah ! m'écriai-je, comme le roi de Suède à Bender, en voyant luire autour de mon palais les torches et les fusils, ah! l'incendie et les balles! Cela me va!... Je rassemble quelques gentilshommes Français qui m'avaient accompagnés, le brave Florestan de Belle-Isle...
athénais, vivement.
Mon petit cousin... vous en êlescontent,M.lecomte?
MAURICE
Très-conteut, duchesse, il se bat comme un enragé.
Avec lui, les gens de ma maison, mon secrétaire, mon cuisinier, six hommes d'écurie... et une jeune marchande courlandaise qui se trouvait là.
l'abbé.
Toujours des femmes! il a. une manière de faire la guerre...
MAURICE
Qui vous irait, n'est-ce pas, l'abbé? Nous étions en tout soixante !
LE PRINCE
Un contre vingt!
MAURICE
Ne craignez rien, la différence diminuera bientôt.
Les portes bien barricadées avec tous les meubles dorés
du palais... je place mes gens aux fenêtres avec leurs
mousquets et ma jeune marchandeavccunechaudière...
l'abbé.
Vous l'aviez enrégimentée aussi?
MAURICE
Sans doute. Un feu de mousqueterie dont tous les coups portaient dans la masse des assiégeans qui, après une perte de cent vingt hommes, se décidèrent enfin à l'assaut... c'est là que je les attendais ; sous le pavillon de droite, le seul où l'escalade fut possible, j'avais placé moi-même deux barils depoudre, etau momentoù trois cents Cosaques qui l'avaient envahi, hurlaient hourra et victoire... je fis sauteren l'air les vainqueurs avec une moitié du palais.
ATUÉNA1S.
Et vous?
MAURICE
Debout sur la brèche au milieu des décombres... appelant aux armes les citoyens de Mittau que l'explosion
ACTS I, SCÈNE m. 21
avait réveillés... Les cloches sonnaient de toutes parts, et Menzicoff effrayé se retira en désordre sur son corps principal,.. Ah ! si j'avais pu les poursuivre, si j'avais eu deux régimens français... un seulement! C'est là ce qui me manque et ce que je viens chercher.
LÀ PRINCESSE
Tel est le but de votre voyage ?
MAURICE
Oui, madame! Que le cardinal de Fleurv m'accorde, à moi, officier du roi de Franco, quelques escadrons de houzards... le nombre ne me faitrien, la qualité mesuffit, et par Arminius, mon patron, j'espère, I'annéeprochaine, mesdames, vous ncevoir et vous traiter dans la royale demeure des ducs de Courlande.
LA PRINCESSE
En attendant, vous nous permettrez devous faire les honneurs de notre hôtel.
LE PRINCE
Je l'invite pour demain à notre soirée..,
Maurice s'incline.
ATHÊNA1S.
Vous me donnerez h» main ; je serai fière d'avoir pour cavalier le vainqueur de Menzicoff... {Souriant.) Et puis l'on vous réserve ici un plaisir de roi.
MAURICE
Je serai avec vous, duchesse.
ATHÉNAIS.
Vous entendrez M11» Lecouvreur... (Mouvement de Maurice.) La connaissez-vous, M. le comte? maurice, avec réserve.
Oui, un peu... lors de mon dernier voyage...
ATHÉNAIS.
C'est admirable. Elle a amené toute une révolution
dans la tragédie... elle y est simple et naturelle, elle parle.
Le beau mérite !
athénais, à Maurice.
Je vous préviens que Mme de Bouillon ne partage pas mon enthousiasme, elle est passionnée pour M,,eDuclos, dont la déclamation emphatique n'est qu'un chant continuel.
LA PRINCESSE
C'est la vraie tragédie.
l'abbé.
Certainement! les poètes disent tous : Je chante... Je chante...
LE PRINCE
Arma virum que cano...
LA PRINCESSE
Qu'est-ce que c'est que cela ?
l'abbé.
C'est de l'Horace ou du Virgile.
ATHÉNAIS.
Ah! l'abbé, vous devenez pédant!
LA PRINCKSSB.
Donc, plus la tragédie est chantée... mieux cela vaut?
l'abbé.
C'est sans réplique.
ATHÉNAIS.
Eh bien ! moi, je m'en rapporte à M. le comte?
LA PRINCESSE
Je ne demande pas mieux, qu'il prononce ?
Moi, mesdames! je serais un juge bien peu compétent. Un soldat qui ne sait que se battre... un étranger qui connaît à peine votre langue.