ACTE II, SCÈNE V
très... on sent là comme un certain respect, surtout quand on y vient, comme moi, pour la première fois... Aussi, je l'espère, personne ne m'y connaît... pas même Adrienne... le mystère est le dernier égard que je doive à Mme de Bouillon.
adrienne, levant les yeux et l'apercevant. Maurice !
MAURICE
Vous! ici!
MAURICE
J'étais arrivé le premier, ou peu s'en faut, pour ne rien perdre de vous!
Miséricorde! on vous aura pris pour un clerc de procureur!
MAURICE
Soit ! ceux-là s'y connaissent aussi bien que d'autres ; car, au nom seul d'Adrienne, ils tressaillent et crient : Bravo! Mais la toile s'était levée, je ne voyais que le grand vizir et son confident.
Patience !
MAURICE
Je n'en ai pas quand je suis si près ctsi loin de vous... J'ai aperçu une petite porte par laquelle venait de passer une façon de gentilhomme... Puisqu'il entrait, j'en pouvais faire autant... On ne passe pas! Que demandez-vous? — M1,e Lecouvreur... J'ai à lui parler... Elle m'attend...
Imprudent !... me compromettre !
MAURICE
En quoi? Parce qu'on n'est pas gentilhomme de la
chambre, on n'a pas le droit de vous admirer de près... Il faut, à l'écart, dans un coin de la salle, frémir ou sangloter, sans vous remercier de ce cœur que vous avez fait Latlre ou de cette têle que vous avez exaltée... Il aurait fallu allendre jusqu'à ce soir pour vous dire : Adrienne, je t'aime!
adrienne, mettant un doigt sur sa boUcfie. Silence'... (Lui montrant son costume.) Roxane va vous entendre! Mais avant que je vous renvoie, ditesmoi bien vite, car à peine ce matin ai-je pu vous entrevoir... Avez-vous fait de bien belles actions?... me rapportez-vous quelque beau Irait bien héroïque?
MAURICE
Ah! s'il n'avait tenu qu'à moi!...
Vous êtes trop difficile ! Votre jeune général, lecomte de Saxe, dont on dit tant de bien, et que je voudrais bien voir, est-il satisfait de vous, monsieur?
MAURICE
Oh! le comte de Saxe est plus difficile encore que moi... Mais enfin, je ne l'ai pas quitté et j'ai été blessé!
Près de lui !
MAURICE
Très près.
C'est bien! l'idée seule de vous savoir blessé me fait frémir, et cependant il me semble qu'en suivant les périls, vous suivez votre route; que les chemins qui s'élèvent sont les vôtres'... Je vous ai déjà vu l'épéc à la main, et quand je vous écoute, quand vous me contez, en riant, quelqu'une de vos actions de guerre..
ne raerre...