‹ Adrienne Lecouvreur, comédie-drame en cinq actes, en proseChapitre 32 sur 106 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

ne vous moquez pas de mes présages... je devine en vous un grand homme, un héros!

MAURICE

Enfant!

Oh! je m'y connais! je vis au milieu des héros de tous les pays, moi! Eh bien! vous avez dans l'accent, dans le coup d'œil, je ne sais quoi qui sent son Rodrigue et son Nicodème... aussi, vous arriverez!

MAURICE

Vous croyez?

Vous arriverez!... je saurai bien t'y forcer.

Comment ?

Je vous vanterai tant le comte de Saxe, votre jeune compatriote, dont toutes ces dames raffolent, qu'il faudra que vous l'égaliez, ne fût-ce que par jalousie! Maurice, souriant.

Je n'ai pas idée que je sois jamais jaloux de lui!

Présomptueux! mais avez-vous vu le ministre?

MAURICE

Pas encore, mais je vais lui écrire.

Oh! non, n'écrivez pas!

MAURICE

Pourquoi?

Parce que, vous savez... l'ortographe...

MAURICE

Eh bien?

Eh bien! la première lettre de vous que j'ai reçue était bien chaleureuse, bien tendre, et elle m'a touchée profondément, mais en même temps elle m'a fait rire aux larmes... une ortographe- d'une invention !

Qu'importe? je ne veux pas être de l'Académie.

Ce n'est pas cela qui vous en empêcherait. Mais vous savez bien que je me suis chargée de faire votre éducation, mon Sarmate, de vous polir l'esprit...

MAURICE

Et moi, je n'ai point oublié mes promesses! que de fois, là» bas, j'ai appris des scènes de Corneille! adrienne, avec admiration.

Vous pensiez à Corneille?

MAURICE

Non pas à lui, mais à vous, qui l'interprétez si bien !

Et ce petit exemplaire de La Fontaine, que je vous avais donné en partant ?

MAURICE

Il ne m'a jamais quitté... il était là, toujours là... à telles enseignes qu'il m'a sauvé une balle dout il agardé l'empreinte. .. voyez plutôt?

Et vous l'avez lu?

MAURICE

Ma foi, non!

Pas même la fable des deux pigeons, que je vous avais recommandée?

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