ACTE II, SCENE V
ne vous moquez pas de mes présages... je devine en vous un grand homme, un héros!
MAURICE
Enfant!
Oh! je m'y connais! je vis au milieu des héros de tous les pays, moi! Eh bien! vous avez dans l'accent, dans le coup d'œil, je ne sais quoi qui sent son Rodrigue et son Nicodème... aussi, vous arriverez!
MAURICE
Vous croyez?
Vous arriverez!... je saurai bien t'y forcer.
Comment ?
Je vous vanterai tant le comte de Saxe, votre jeune compatriote, dont toutes ces dames raffolent, qu'il faudra que vous l'égaliez, ne fût-ce que par jalousie! Maurice, souriant.
Je n'ai pas idée que je sois jamais jaloux de lui!
Présomptueux! mais avez-vous vu le ministre?
MAURICE
Pas encore, mais je vais lui écrire.
Oh! non, n'écrivez pas!
MAURICE
Pourquoi?
Parce que, vous savez... l'ortographe...
MAURICE
Eh bien?
Eh bien! la première lettre de vous que j'ai reçue était bien chaleureuse, bien tendre, et elle m'a touchée profondément, mais en même temps elle m'a fait rire aux larmes... une ortographe- d'une invention !
Qu'importe? je ne veux pas être de l'Académie.
Ce n'est pas cela qui vous en empêcherait. Mais vous savez bien que je me suis chargée de faire votre éducation, mon Sarmate, de vous polir l'esprit...
MAURICE
Et moi, je n'ai point oublié mes promesses! que de fois, là» bas, j'ai appris des scènes de Corneille! adrienne, avec admiration.
Vous pensiez à Corneille?
MAURICE
Non pas à lui, mais à vous, qui l'interprétez si bien !
Et ce petit exemplaire de La Fontaine, que je vous avais donné en partant ?
MAURICE
Il ne m'a jamais quitté... il était là, toujours là... à telles enseignes qu'il m'a sauvé une balle dout il agardé l'empreinte. .. voyez plutôt?
Et vous l'avez lu?
MAURICE
Ma foi, non!
Pas même la fable des deux pigeons, que je vous avais recommandée?