‹ Adrienne Lecouvreur, comédie-drame en cinq actes, en proseChapitre 36 sur 106 · ACTE II, SCÈNE Vil · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE Vil

moi Ion avis sur ce billet d'invitation... tiens... (Le lui donnant.) Il n'est pas long, mais clair et précis ! l'abbé, lisant.

« Pour des motifs politiques que vous connaissez mieux que personne, on désire vous entretenir ce soir à dix heures, dans le plus rigoureux tête-à-tête, en ma petite maison de la rue Grange-Batelière, que j'ai fait dernièrement meubler! Amour et discrétion! — Signé, Constance! »

le prince, avec colère.

La signature de la perfide Duclos !

l'abbé, avec élonnement.

Constance!

le prince, avec impatience.

Eh! oui, vraiment ! le nom ne fait rien à la chose!... Je tiens ce billet de Pénélope, sa femme de chambre. l'abbé.

Qui vous l'a remis?

LE PRINCE

Ou plutôt vendu à un taux d'autant plus exorbitant...

l'abbé.

Qu'ici ces valeurs-là ne sont pas rares! le prince, qui pendant ce temps a remonté le théâtre, parlant à un domestique.

Ce billet au numéro trois des premières, sansdirede quelle part. (Revenant près de l'Abbé.) * Et maintenant, mon cher abbé, j'ose compter sur toi!... l'abbé.

Et pourquoi?

le prince.

Pour te rendre témoin d'un éclat que je me dois à moi-même; je veux d'abord cesoir tout briser chez elle.

• L'Abbé, le Prince.

56 ÀDRJENNE LECOUVREUR.

l'abbé.

C'est du plus mauvais goût pour un abbé ou un savant!

LE PR1IVCE.

Quand la science est trahie!...

l'abbé.

La science doit savoir se taire !... Le bruitest permis au comte de Saxe... à un soldat, mais à vous, presque parent de la reine... à vous, un homme marié, ce serait un scandale...

LE PRINCE

On saura toujours l'anecdote... parce qu'ici, au Théâtre-Français... (Montrant Mile Jouvenolqui eslàla cheminée.) Voilà déjà M,,e Jouvenot qui n'a encore vu personne, et qui peut-être a déjà trouvé moyen de le dire. l'abbé.

Prévenez-la... Racontez l'histoire à tout le monde!... Faites mieux encore?... une vengeancedignede vous... Les deux amans n'avaient-ils pas résolu dépasser cette soirée dans le plus rigoureux tête-à-tête, dans cette petite maison qui vous appartient?

LE PRINCE

Je le crois bien ! louée et meublée à mes frais.

l'abbé.

Raison de plus!... je ferais comme citez moi... un souper galant, délicieux, où j'inviterais ce soir toute la Comédie-Française, toutes ces dames.

le prince, secouant la tête.

Un souper galant... délicieux...

l'abbé.

C'est moi qui paie, j'ai perdu le pari.

le pRiivcB, vivement.

C'est juste !

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