‹ Adrienne Lecouvreur, comédie-drame en cinq actes, en proseChapitre 48 sur 106 · ACTE Ni, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE Ni, SCENE II

vous ayez des dettes ?que vous deviez soixante-dix mille livres au comte de Kalkreutz, un Suédois, qui, en vertu d'une lettre de change, peut vous appréhender au corps? ,

MAURICE

Pourquoi celte demande?

LÀ PRINCESSE

Parce qu'un grand danger vous menace ; l'ambassadeur russe a chargé messieurs de la police de ne pas vous perdre de vue.

MAURICE

Voilà donc pourquoi l'on m'a suivi ce soir... je suis fâché alors de n'avoir pas coupé les oreilles...

LA PRINCESSE

A ces espions!... Mais leursoreilles, c'est leur place! des pères de famille, peut-être! Fi donc!... Mais ce n'est pas tout, l'ambassadeur moscovite veut également découvrir à tout prix ce M. de Kalkreutz qui doit être à Paris.

MAURICE

Et pourquoi?

LA PRINCESSE

Pour lui acheter sa créance, se mettre en son lieu et place, et vous faire jeter en prison.

Une belle vengeance.

LA PRINCESSE

Mieux que cela, un coup de maître ; car, vous prisonnier, la Courlande dont le souverain est engage, est livrée aux intrigues de la Russie, les conjurés n'ont plus' de chef, les troupes se dispersent...

MAURICE

C'est ma foi vrai!... que faire?

LA PRINCESSE

J'y ai déjà pensé... J'ai obtenu de M. le lieutenant de police, qui me doit sa place, que s'il découvrait la demeure de M. de Kalkreutz, on m'en donnerait d'abord avis à moi, qui vous en préviendrai... Alors, vous irez trouver M. de Kalkreutz...

MAURICE

Pour me battre avec lui.

LA PRINCESSE

Non, mais pour prendre des arrangemens. Le plus simple de tout serait de le payer.

MAURICE

El comment?... je n'ai pas soixante-dix mille livres disponibles.

la princesse, avec affection.

Hélas! ni moi non plus.

Et d'ailleurs, je n'accepterais pas. Il n'y a donc qu'un moyen qui me convienne.

LA PRINCESSE

Lequel?

MAURICE

Laissant la Moscovie, la Suède et la police s'enlacer mutuellement dans leurs intrigues auxquelles je n'entends rien, je pars demain.

LA PRINCESSE

Vous partez?...

MAURICE

Ce n'était pas mon dessein, mais une partie de mes recrues est déjà disséminée sur la frontière, et vos huissiers n'auront pas beau jeu contre mes houlans; c'est là que j'irai me réfugier ! le brevet que vous m'avez obtenu, double le droit de mes sergens recruteurs quienrô-

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