‹ Adrienne Lecouvreur, comédie-drame en cinq actes, en proseChapitre 97 sur 106 · ACTE V, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE

MICHONNET.

Y penses-tu? adrienne, redescendant le théâtre et allant se jeter dans un fauteuil à droite.

Cela ne vau'-il pas mieux que de mourir ici de jalousie et de désespoir... car, je le sens, j'en mourrai !

MICHONNET.

Non! non! par malheur tu l'abuses encore!... c'est une fièvre qui ne vous quitte pas, une douleur aiguë de tous les instans... on souffre... on est bien malheureux... mais on n'en meurt pas!... Tu vois bien que j'existe encore !

adrienne, le regardant avec èlonncment.

Vous !

MICHONNET.

Ah! cela t'étonne, n'est-ce pas?. ..Tu ne peux croire que sous cette épaisse enveloppe il y ait un cœur qui souffre comme le tien... qui aime... qui saigne comme le tien...

Quoi ! ces tourmens, vous les avez éprouvés?

MICHONNET.

Qui... autrefois. ..il y a bien longtemps... Crois-moi, on s'habitue à tout... même à être malheureux !

Ah! celte force que je ne vous soupçonnais pas... ce courage que j'admire en vous !... je l'imiterai!... je l'égalerai, si je le puis... Je triompherai d'une passion insensée dont maintenant je rougis !

michonnet, avec joie.

Dis-tu vrai?

Vous voyez bien que je parle de lui sans haine et

sans colère... que le souvenir de ses outrages me laisse

calme et tranquille... que son nom même ne m'émeut

plus...

Adrienne traverse le théâtre et va se placer près du fauteuil

à gauche, entre la cheminée et la table. La porte du fond

s'ouvre.

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