‹ Adrienne Lecouvreur;Chapitre 41 sur 69 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

L'ABBÉ, toujours à table, à gauche ; ADRIENNE, seule sur le devant du théâtre, à droite, puis MICHONNET.

Sur l'honneur! a-t-il dit... sur l'honneur!

Maurice ne pourrait pas manquer à un pareil serment... j'ai dû le croire!., sinon.,, ce ne serait plus lui...

michonnet, qui vient de sortir de la porte à droite, s'avance sur (a pointe du pied ; il dit tout bas :

Adrienne... Adrienne,... si 'tu savais quelle aventure...

adrienne, avec distraction.

Qu'est-ce donc ?

michonnet, à voix basse, Ce n'est pas la Duclos!

adrienne, à part, avec joie.

Il me l'avait dit !

michonnet, à voix haute et riant.

Ce n'est pas la Duclos !

l'abbé, se levant de la table et s'avanpant vivement.

Comment, ce n'est pas elle ?

michonnet, allant au-devant de lui*.

Silence !.. c'est un secret.

l'abbé.

Qu'importe !.. nous ne sommes que trois... et je ne compte pas ! je suis muet.

michonnet.

C'est ce que chacun dit toujours dans le comité, et cependant tout finit par se savoir. l'abbé, vivement.

Ce n'est pas la Duclos!.. et le comte de Saxe qui nous a avoué lui-même que c'était elle... Qui est-ce donc, alors... qui donc?..

michonnet.

Je n'en sais rien... mais ce n'est pas elle... je le jure.

l'abbé.

Vous l'avez vue?

michonnet.

Du tout !

adrienne, vivement.

C'est bien !

MICHONNET.

Obscurité complète... comme si la rampe et le lustre eussent été baissés; mais j'avais, en entrant, rencontré une manche et une robe de femme, et persuadé, (A l'abbé.) puisque vous me l'aviez dit, que c'était la Duclos... j'ai abordé surle-champ la question, et j'ai demandé, à tâtons, si, pour aider le répertoire, elle consentait à jouer demain Cléopàtre. La main queje tenais a tressailli, et une voix qui m'est inconnue s'est écrié avec fierté : « Pour qui me prenez-vous ? » Pour Mademoiselle Duclos, ai-je répodu. A quoi on a répliqué à voix basse : « Je suis chez elle , il est « vrai, pour des intérêts que je ne puis dire. »

Est-il possible !

michonnet.

« Mais, qui que vous soyez, » a continué la

* L'abbé, Michonnet, Adrienne.

personne mystérieuse en baissant toujours la voix , « si vous me donnez les moyens de sor.ir « à l'instant de cette maison sans être vue, vous « pouvez compter sur ma protection, et votre for- « tune est faite. » Je lui ai répondu alors que je n'étais pas ambitieux, et que si je pouvais seulement être nommé sociétaire... Moi, sociétaire I l'abbé et adrienne, avec impatience.

Eh bien ?

MICHONNET.

Eh bien ! me voilà!., que faut-il faire? l'abbé , passant devant Michonnet et s avançant vers la porte*.

Savoir d'abord quelle est cette dame.

adrienne, se plaçant devant la porte.

Monsieur J'abbé, y pensez-vous?

l'abbé.

Elle était ici avec le comte de Saxe, je vous l'atteste.

Raison de plus pour la respecter! une pareille indiscrétion serait manquer à toutes les convenances... et vous, un homme du monde !.. un abbé !..

l'abbé.

C'est que vous ne savez pas... je ne peux pas vous dire l'intérêt que j'ai à connaître celte personne... c'est pour moi d'une importance!.. adrienne, à part. Maurice disait vrai.

l'abbé, à part.

La princesse comple sur moi, je le lui ai promis, et à tout prix... (Il fait un pas vers laporte.) adrienne.

Non„Monsieur l'abbé, vous n'entrerez pas... l'abbé, d'un air suppliant.

Par hasard... et sans le vouloir

Non, Monsieur l'abbé , j'en appellerai plutôt à Monsieur le prince lui-même, au maître de la maison, qui ne permettra pas que chez lui... l'abbé, vivement.

Vous avez raison !.. je vais tout dire au prince qui sera enchanté ! quel bonheur ! quel hasard pour lui ! la Duclos est innocente! complètement innocente... il ne s'y attendait pas... ni nous non plus. (Il sort par le fond. Adrienne l'accompagne jusqu'à la porte et le suit encore des yeux pendant que Michonnet, qui était resté à gauche, traverse le théâtre en secouant la tête et va se placer à droite.)

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