ACTE IV, SCENE IX
on me l'a apporté... on me l'a laissé... (Le montrant. )Le voici !
l'abbé, prenant le bracelet, et le montrant à la marquise et àla baronne entre lesquelles, il est placé.
Superbe ! voyez donc, Mesdames.
LA princesse, jette un regard sur le bracelet et dit froidement.
Admirable!., c'est travaillé avec un'art! (Elle avance la main pour le prendre, mais le prince, qui depuis quelques instant est rentré dans le salon avec Maurice, s'est approché du groupe, se place entre [la princesse et la marquise. La princesse s'éloigne et se rapproche d'Athénaïs qui venait aussi pour regarder le bracelet*.)
LE PRINCE
Qu'est-ce donc? qu'admirez-vous ainsi?
l'abbé.
Ce bracelet!..
LE PRINCE
Celui de ma femme !
tous, avec un accent différent.
Sa femme !
le prince, remontant le théâtre et montrant à
tout le monde le bracelet avec un air de satisfaction.
Il est de bon goût, n'est-ce pas?...
adrienne à part.
C'était elle!..
(Pendant le désordre produit par cet incident
Athénais, la princesse, le prince et les autres
daines ont remonté le théâtre. Adrienne qui
était à l'extrême droite, traverse la scène
avec agitation, et va se placer à gauche près
de Michownet.) LA princesse au- milieu du théâtre et mettant à
so/t bras S07i bracelet que son mari vient de lui
rendre.
Eh bien ! maintenant que Monsieur le comte de Saxe est décidément des nôtres, si mademoiselle Lecouvreur était assez bonne pour nous dire quelques vers...
adrienne, hors d'elle.
Des vers!... moi!., en ce moment! (Les dames qui étaient assises à gauche se lèvent et se dirigent vers la étroite du salon. A part.) Ah ! c'est trop d'impudence...
michonnet, à gauche près d'elle.
Calme-loi et étudie!., il y a dans le monde de plus grands comédiens que nous!
*Les acleurs sont dans l'ordre suivant : Michonnet, ■ l'extrême ijaad.e, Athénais, la princesse, le i rince, i marquise, l'abbe, la baronne, Adrienne; Maurice est
reste au fond du théâtre, sur sunt avec Us groupes de dar.
et de seigneurs.
(Les dames et seigneurs se sont placés à droite devant les deux rangées de fauteuils qui garnissent ce côté du salon.)
Maurice, qui a redescendu le théâtre.
Quoi, Mademoiselle... vous daigneriez...
adrienne, froidement.
Oui, Monsieur le comte !
la princesse, d'un air gracieux.
Quel bonheur!., asseyons-nous, Mesdames... (A Maurice.) Monsieur le comte, auprès de moi.. adrienne, à part.
Les voir là, sous mes yeux, tous les deux ensemble... comme pour me braver!.. Mon Dieu, donnez-moi la force de me contraindre...
LE PRINCE
Que nous direz-vous?
ATHÉNAÏS
Le Songe de Pauline.
LA MARQUISE
Hermione.
LA BARONNE
Ou Camille des Horaces.
la princesse, avec ironie.
Ou plutôt le monologue d'Ariane abandonnée.
adrienne, à part, se contenant à peine. Ah! c'en est trop!
athénaîs, qui est assise à la droite de la princesse, s'écrie -• Non, non ! Phèdre, que vous avez si bien jouée avant-hier.
adrienne, vivement.
Phèdre! soit.
TOCS.
Écoutons...
(Tout le monde est rangé à droite comme il est dit plus haut. Michonnet, assis à gauche, a tiré plusieurs brochures de sa poche ; il prend celle de Phèdre, et s'apprête à souffler. Adrienne est seule debout au milieu du théâtre.)
adrienne, récitant avec une agitation et une fièvre toujours croissante, les yeux fixés sur la princesse, qui se penche plusieurs fois sur l'épaule de Maurice et lui parle bas avec affectation.
Juste ciel!., qu'ai-je fair aujourd'hui?
Mon époux va paraître, et son fils avec lui.
Je verrai le témoin de ma flamme adultère
Observer de quel front j'ose aborder son père !
Le cœur gros de soupirs qu'il n'a point écoutés, (Regardant ttaurice.)
L'œil humide de pleurs par l'ingrat rebutés,
Penses-tu que, sensible a l'honneur de Thésée,
' Les acteurs sont dans l'ordre suivant : Michonnet et Adrienne, seuls à gauche; les daines, assises à droite sur les deux rangées de fauteuils ; derrière elles, cl icut, I abbé, le prince et les autres sei- . .. i ' i • , ' , x r mïérs fautea Is à droite ;(,!-. qu f .; ( (1. e au spectateur, la princesse et le comte de Saxe.
Il lui cache l'ardeur dont je suis embrasée?
Laissera-t-il trahir et son père et son roi ?
Pourra-t-il contenir l'horreur qu'il a pour moi?
(Regardant Maurice, qui vient de ramasser l'éventail que la princesse avait laissé tomber, et qui le lui remet d'un air galant.)
Il se tairait en vain ! je sais ses perfidies ,
OEnone !... et ne suis point de ces femmes hardies...
(Hors d'elle-même et s'avançant vers la
princesse.
Qui, goûtant dans le crime une honteuse paix,
Ont su se faire un front qui ne rougit jamais!..
(Elle a continué à s'avancer vers la princesse, qu'elle désigne du doigt, et reste quelque temps dans cette attitude, pendant que les dames et seigneurs, qui ont suivi tous ses mouvements , se lèvent comme effrayés de cette scène.)
la princesse, avec calme.
Bravo ! bravo ! admirable I