‹ Adrienne Lecouvreur;Chapitre 63 sur 69 · LA FEMME DE CHAMBRE · texte numérisé non relu

LA FEMME DE CHAMBRE

Un domestique sans livrée, qui a dit seulement: De la part de M. le comte de Saxe.

adrienne, poussant un cri.

De lui!.. (Prenant le coffret des mains de la femme de chambre.) Laissez- nous.... laisseznous... (La femme de chambre sort et Adrienne pose le coffret sur la table et s'assied toute tremblante.) Ah! mon Dieu!., que peut-il me vouloir? ma main tremble... et je ne puis ouvrir...

michonnet, à pari.

Et elle croit qu'elle ne l'aime plus !..

adrienne, vivement.

Voyons! voyons! (Poussant un cri de douleur.) Ah !

michonnet, vivement.

Qu'est-ce donc?..

En ouvrant ce coffret... j'ai éprouvé une sensation douloureuse... un souffle glacial qui parcourait mes sens... c'était comme un présage du coup qui m'attendait..

MICHONNET.

Que contient donc cette boite?

Mon bouquet ! (Le prenant à la main.) Je le reconnais... celui qu'hier je tenais à la main lors de son arrivée ! demandé par lui... donné par moi comme un gage d'amour... il pouvait le dédaigner, l'oublier, le jeter à l'écart !.. mais me le renvoyer... exprès!., mais joindre l'affront au mépris...

MICHONNET.

Cela ne vient pas de lui !.. c'est cette rivale qui l'aura forcé !

adrienne, se levant avec indignation.

Devait-il obéir? et tout esclave qu'il est, ne devait-il pas se révolter à l'idée seule d'insulter celle qu'il a aimée ! (Retombant sur le fauteuil près de la cheminée en tenant, à la -main le bouquet de fleurs quelle regarde quelque temps en silence.) Fleursd'un jour, hier si éclatantes, aujourd'hui flétries, vous qui aurez duré plus longtemps encore que ses promesses ! Pauvres fleurs, reçues par lui avec tant d'ivresse et de joie, vous ne pouviez plus rester sur ce cœur où il vous avait placées et dont une autre m'a bannie ! Exilées et dédaignées comme moi, je cherche en vain sur vos feuilles la trace des baisers qu'il y imprimait.!., que celui-ci soit le dernier que vous recevrez, celuid'un adieu éternel! (Elle porte avec force le bouquet à ses lèvres.) Oui... oui... il me semble que c'est celui de la mort! et maintenant... qu'il ne reste plus rien de vous, ni de mon amour... (Elle jette le bouquet dans la cheminée.)

MICHONNET. .

Adrienne!.. Adrienne!..

adrienne, se levant et s'appuyant sur le marbre de la cheminée.

Ne craignez rien ! (Portant la main àsoncœur.) Cela va mieux! (Regardant du côte de la cheminée.) Je suis forte maintenant... jo n'y pense plus!..

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