ACTE I, SCENE
l'abbe.
Il en perd la tête !
LA PRINCESSE
(Test un mal de famille... car le père, que vous connaissez, avec sa perruque de l'autre règne et sa figure de l'autre monde, s'étant rendu chez Adrienne pour lui ordonner de restituer l'esprit de son fils, y a perdu lui-même le peu qui lui restait...
ATHÉNAÏS
C'est admirable!
l'abbé.
Et l'histoire du coadjuteur?
LE PRINCE
Il y a une histoire de coadjuteur?
l'abbé.
Qui, trouvant dans une mansarde, au chevet d'une pauvre malade, une jeune dame charmante, lui donna le bras pour descendre les six élages... et, comme il pleuvait à verse.,, la força malgré elle à monter dans sa voiture épiscopale, et traversa ainsi tout Paris, conduisant qui?., mademoiselle Lecouvreur.
ATHÉNAÏS
C'était elle!
. l'abbé.
Do là, le bruit qu'il avait voulu l'enlever... Le Suint homme était furieux et a juré de lancer sur elle les foudres de l'église à la première occasion ! aussi, qu'elle ne s'avise pas de mourir!
ATHÉNAÏS
Elle n'en a pas envie , je l'espère. (Se levant, ainsi que la princesse.) Ainsi, à demain soir! je m'invite... pour la voir, pour l'entendre.
LA PRINCESSE
Vous viendrez? nous allons, comme vous, adorer mademoiselle Lecouvreur.
ATHÉNAÏS
' Adieu, chère princesse, je m'en vais: (Tout le monde la reconduit. Elle fait quelques pas pour sortir, s'arrête et revient '.) A propos, savez-vous la nouvelle?
LA PRINCESSE
Lh! mon Dieu non ! je n'ai à moi que l'abbé, qui ne sait jamais rien!
ATHÉNAÏS
Ce jeune étranger au service de France, que l'hiver dernier toutes les dames se disputaient... ce jeuno fils du roi de Pologne et de la comtesse de Kœnismarck.
la princesse , avec émotion.
Maurice de Saxe!
* Les acteurs eu redescendant le théâtre se trouvent placés d;ms Tordre suivant ; l'abbé, la princesse, Athéuiiis, le prince, '
ATHENAÏS.
Est de retour à Paris !
l'abbé.
Permettez? le bruit en a couru, mais cela n'est pas!
ATHÉNAÏS
Cela est! je le sais par mon petit-cousin, Florestan de Belle-Isle, qui l'avait accompagné dans son expédition de Courlande... ce qui était même bien inquiétant, bien effrayant... (Fiuemettt.) pour M. le duc d'Aumont, mon mari... et pour moiy mais enfin il est à Paris depuis ce matin... Je l'ai vu, et il revenait, m'a-t-il dit, avec son jeune général...
Qui, à ce qu'il paraît, n'avoue pas son retour. l'abbé.
A cause de ses dettes... il en a tant ! Il doit seulement, à ma connaissance, soixante-dix mille livres à un Suédois , le comte de Kalkreutz , qui, l'année dernière déjà, aurait pu le faire arrêter et qui y a renoncé, parce que où il n'y a rien...
LE PRINCE
Le roi perd ses droits !
P ATHÉNAÏS
L'abbé ne l'aimo pas et lui en veut parce que, l'année dernière, il lui faisait du tort dans son état de conquérant.,, jalousie de métier.
l'abbé.
C'est ce qui vous trompe , duchesse. Je l'aime beaucoup, car, avec lui, c'est chaque jour une aventure nouvelle, un scandale nouveau , qui rajeunit mon répertoire... cela vous plaît, Mesdames!
ATHÉNAÏS
Fi, l'abbé!
l'abbé.
Vous aimez l'extraordinaire, et chez lui tout est bizarre. D'abord, on l'appelle Arminius ! comment peut-on se nommer Arminius?
LE PRINCE
C'est un nom saxon... tous les savants vous le diront.
l'abbé
Et puis, un autre talisman, il a l'honneur d'être bâtard, bâtard de roi.
LE PRINCE
C'est une chance de succès!
l'abbé.
C'est à cela qu'il doit sa renommée naissante.
ATHÉNAÏS
Non pas, mais à son courage, à son audace! A treize ans, il se battait à Malplaquet sous le prince Eugène, à quatorze ans, sous Pierre-le-Grand, à Stralsund... c'est Florestan qui m'a raconté tout cela.
l'abbé.
Il a oublié, j'en suis sûr, son .plus bel exploit.,.
ADRIEKKE LECOUVREUR,
au siège de Lille, il a enlevé, il n'avait pas douze i ans... il a enlevé...
ATHÉNAÏS
Une redoute !
l'abbé.
Non, une jeune fille nommée Rosette athénaïs, avec admiration.
A douze ans!
l'abbé.
Et quand on commence ainsi, vous jugez...
ATHÉNAÏS
Eh bien ! vous le jugez très mal, car dans cette dernière expédition que l'on dit fabuleuse et où il vient de se faire nommer duc de Courlande, l'héritière du trône des czars, la fille de l'impératrice, avait conçu pour lui une affection qui ne tendait à rien moins qu'à le faire un jour empereur de Russie.
LA PRINCESSE
Et, sansdoute, ébloui d'une conquête aussibrillante, Maurice aura tout employé...
•ATHÉNAÏS
Je l'aurais cru comme vous ! Pas du tout, Florestan m'a raconté qu'il n'avait rien fait de ce fallait pour réussir... au contraire, il a laissé voir franchement à la princesse moscovite qu'il avait au fond du cœur une passion parisienne... la pkincessEj avec émotion.
En vérité!
ATHÉNAÏS
, Vous voyez donc bien qu'il ne faut pas toujours croire les abbés... Adieu , princesse.
un domestique, annonçant.
Monsieur le comte Maurice de Saxe !
ATHÉNAÏS
Ah! il estditqueje ne m'en iraipas aujourd'hui.. je reste !