‹ Adrienne Lecouvreur;Chapitre 6 sur 69 · TOUS · texte numérisé non relu

TOUS

Qu'est-ce donc?

LE PRINCE

L'analyse scientifique et judiciaire... des matières renfermées dans ce coffret... poudre dite de succession, inventée sous le grand roi à l'usage des familles trop nombreuses, et dont la nièce du chevalier d'Effiat, est accusée, comme son oncle, d'avoir voulu se servir...

la princesse, faisant un pas vers le coffret.

En vérité !

atiiénaïs, de même et gaiement.

Ah! voyons!

le prince, la retenant.

Gardez-vous-en bien? si ce que l'on dit est vrai, rien qu'une pincée de cette poudre dans une paire de gants ou dans une fleur, suffit pour produire d'abord un étourdissement vague, puis une exaltation au cerveau... et enfin un délire étrange., qui conduit à la mort.. .c'est, du reste, ce qui sera démontré, car j'analyserai, j'expérimenterai et je ferai mon rapport...

LA PRINCESSE

Très bien ! mais cette analyse scientifique m'apprendra-t-elle, Monsieur, ce que vous êtes devenu hier toute la journée...

le prince, bas à l'abbé.

Une scène de jalousie affreuse...

l'abbé, de même...

Qui se prépare...

le prince , de même.

Sois tranquille... (Haut à la princesse.) Ce que je faisais, Madame?., je surveillais moi-même une surprise... que je vous réservais pour aujourd'hui. (Il lui présente un écrin.)

la princesse, vivement.

Qu'est-ce donc?..

le prince, à l'abbé, à voix basse.

Voilà comme on s'y prend! cela les étourdit, les éblouit!., les empêche de voir../

la princesse, qui vient d'ouvrir l'écrin. Dos diamants superbes... '

le prince, tenant toujours l'abbé.

Et quant à l'analyse de cette poudre diabolique... voici mon raisonnement... vois-tu bien, l'abbé...

l'abbé, à part avec un soupir.

Encore une dissertation chimique!.. (Il écoute le prince gui lui parle bas et avec chaleur.)

LA PRINCESSE

Regardez donc, ma charmante, comme ce bracelet est distingué!

ATHÉNAÏS

Et monté d'une façon si remarquable... c'est exquis!

LA PRINCESSE

Venez donc, l'abbé, venez admirer comme nous.

l'abbé.

Moi !.. admirer !.. je ne peux pas, j'écoute.

LE PRINCE

Oui, je lui explique... et il ne comprend pas... mais je vais lui montrer. (Il fait quelques pas du calé du meuble.)

l'abbé, le retenant.

Non pas... non pas... une poudre pareille, qu'il suffit de respirer... pour qu'à l'instant... j'aimo mieux ne pas comprendre... Allez toujours !

(Le prince continue à parler bas à l'abbé. Toms les deux sont près de la table à droite ; pendantce temps, Athéndiset laprincesse ont été s'asseoir sur le canapé à gauche, près de la toilette.) la princesse, assise.

Et nous, très chère, pendant que ces Messieurs parlent science, parlons du motif de votre visite et du service que vous attendez de moi. atiiénaïs, assise.

Je vous confierai, princesse, qu'il y a un talent... que j'admire, que j'adore... celui de Mademoiselle Adrien ne Lecouvreur.

LA PRINCESSE

Eh bien ?

ATHÉNAÏS

Eh bien, est-il vrai (comme M. le prince s'en est vanté tout à l'heure chez mon oncle le cardinal) que Mademoiselle Lecouvreur vienne demain soir chez vous et y récite des vers ?

le prince, s'aumçant vers les deux dames.

Nous l'avons invitée.

(L'abbé a suid le prince, et les acteurs sont dans l'ordre suivant: Alhena'is, sur le canapé, à gauche; i abbé derrière le canapé, laprincesse assise près d Alhènaïs, le prince debout près de sa femme.)

la princesse.

Oui, quoique je ne partage pas votre enthousiasme, ma mignonne, et que mademoiselle Du-

clos, cliac sa rivale; i

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tous les salons du grand monde se disputent mademoiselle Lecouvreur...

l'abbé.

Elle est à la mode !

la princesse.

Cela tient lieu de tout... et comme madame de Noailles, que je ne peux souffrir, avait compté demain sur elle pour sa grande soirée, je me suis empressée, depuis huit jours, de l'inviter, et j'ai là sa réponse.

athénaïs, vivement.

Une lettre d'elle !.. Ah! donnez! que je voie son écriture.

LE PRINCE

Vous disiez vrai ; c'est une .passion réelle!

ATHÉNAÏS

Je ne manque pas une de ses représentations... mais je ne l'ai jamais vue de près... On assure qu'elle apporte dans le choix de ses ajustements un goût particulier qui lui sied à merveille... puis des manières si nobles, si distinguées...

LE PRINCE

Monsieur de Bourbon disait d'elle l'autre jour qu'il avait cru voir une reine au milieu de comédiens.

LA PRINCESSE

Compliment auquel elle a répondu par une plaisanterie fort peu convenable...' C'est à cela que je faisais allusion dans mon invitation... et voie. SB réponse...

la princesse, lisant la lettre.

o Madame la princesse/si j'ai eu l'imprudence « de dire devant M. .d'Argental que l'avantage « des princesses de théâtre sur les véritables, « c'est que nous ne jouions la comédie que le « soir, tandis qu'elles la jouaient toute la journée, « il a eu grand tort de vous répéter ce prétendu « bon mot... et moi un plus grand encore de l'a- « voir dit, même en riant; vous me le prouvez, « Madame, par ia franchise et la gracieuseté de « votre lettre. Elle est si digne, si charmante, elle « sent tellement sa véritable princesse, que je l'ai « gardée devant moi sur mon bureau, pour placer « la vérité à côté de la fable. J'avais juré de ne » plus aller réciter de vers dans le monde; ma « santé est faible, et cela ajoute beaucoup à mes « fatigues du théâtre. Mais le moyen, à une pauvre « fille comme moi, de vous refuser? vous me croicr riez fière !.. Et si je le suis, Madame, c'est de « vous prouver à quel point j'ai l'honneur d'être « votre très humble et obéissante servante.

ATHÉNAÏS

Mais voilà une lettre du meilleur goût... et personne de nous, je pense, n'en écrirait de mieux tournée... (Prenant la lettre.) puis-je la garder? Je ne m'étonne plus de la passion de ce pauvre petti d!Ârgi ntM... le fils!

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