ER ARTICLE
[Nous publions avec plaisir l’article qui suit sur le Procès Barbinas que nous adresse le Dr. Coderre, de cette ville. 11 soulève une haute question médico-légale sur laquelle nous attirons, avec M. Coderre, l'attention des autorités.
Rep. du Pays]
@ous lisons dans les journaux, à propos de Pierre Barbinas: “ Ce malheureux, qui avait été condamné à Arthabaska, en mârs dernier, a cé amené à Québec, jeudi (le 24 septembte dernier), pour être présent à la Cour d’Appel qui devait prendre en considération le bref d'erreur obtenu en cette cause. La Cour, après s’être occupée de l’affaire, a ajourné la cause au terme prochuin, et Barbinas a été reconduit à Arthabaska.”
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vant la Cour relativement à l’enquête
Comme il ne m'a pas été possible de me procurer une copie des rapports de l'expertise médico-légale dans cette affaire ; comme je ne connais pas non plus sur quel point le bref d'erreur a été obtenu, je ne puis faire avec justice un examen médicu-légal des documents qui ne me sont pas euccre connus ; cependant, je crois devoir attirer l'attention des autvrités sur certaines parties des témoignages des médecins entendus de-
tznue sur le corps de la défunte Julie Désilie, et sur les examens chimiques des matières suspectes, témoignages qui me paraissent bien propres à annuler la preuve établie par les analyses chimiques.
Dans les cas d’empoisonnement, le témoignage ou rapport des médecins, chargés de l’expertise médico-légale, est tout-puissant sur l’action de la loi, sur la décision de la justice; aussi les matières soumises aux analyses chimiques doivent-elles être d’une authenticité incontestable,
Dans le cas actuel, peut-être plus que dans aucun autre, le témoignage du médecin-expert a eu de l’action sur la décision de la justice: “ D’après l’analyse “ que j'ai faite, di‘ le Dr. Larue, je suis “ d'opinion que la mort de la défunte est “ due à l’empoisonnement par l'acide ar- “ sénieux. La quantité de l’ursénic que 4 j'ai trouvée dans les viscères de la dé- “ funte était sufisaite et même au-delà “ pour produire la sort, D'après les “ symptômes tels que décrits par les té- & moins en Cour, réuni: à l'analyse chi- ““mique, je suis entièrement convaincu “ que la défunte est morte enpoisonnée.”?
Si la justice eut eu des doutes jusqu'alors, pouvait-elle en conserver encore après avoir entendu le témoignage aussi positif du Dr. Larue ?
Dans l'intérêt de la justice, je crois devoir examiner ici la valeur des conclusions du témoignage du Dr. Larue, au point de vue médico-légal. Les analyses chimijues les mieux faites et les plus exactes, suivant Taylor, Christison, etc., sont inadmissibles comme preuve, lorsqu'elles ont été fuites sur des matières qui n’ont point les curactères d'authenticité exigés. Les auteurs de médecine légale, en Angleterre, en
France, etc., reconnus comme autorités, veulent que l’authenticité des matières suspectes soit préservée; s’il s'élève des doutes sur le caractère authentique de ces matières, les analyses les mieux faites, les plus exactes, comme on vient de le voir, sont déclarées inadmissibles comme preuve. (Voyez Taylor, Chtistison, Flandin, etc., etc.)
Maintenant, que faut-il pour que les matières suspectes aient un caractère d’authenticité ? Les auteurs recommandent de prendre les matières et de les mettre séparément dans des vases destinés à cette fin, et ces vases au nombre de trois ou quatre el même plus, les cacheter, les sceller sur les lieux mêmes en présence de l’autorité qui préside à l'enquête ; après quoi la dite autorité a sous sa garde ces matières ainsi recueillies jusqu’à ce qu’elle les remette aux experts chargés d’en faire l’analyse chimique. Je passe outre les détails circonstantiels de la rédaction du rapport du procès-verbal d’une enquête de ce genre, etc., etc. Dans le cas de Barbinas, Julie Désilie, la défunte, est morte le 30 de décembre dernier, et le 1er de janvier suivant eut lieu une première enquête ; et d’après les observations du médecin et les divers témoignages, le jury rapporta un verdict de mort naturelle. Le 13 du même mois eut lieu wne seconde enquête. Comme je n’ai point le rapport du procès-verbal de cette enquête, je n’en dirai que peu de chose ; je désire seulement attirer l’attention des autorités sur quelques parties, des
coronaire et desfmédecins devant la cour.
Mép£ric URGÈèLE Poisson, écuier, coronaire, dit : “ J’étuis présent à l’autop- “ sie faite par le Dr. Lafarge ; je l'avais “ requis, sur l’ordre du jury, de la faire.
“ Il ouvrit d’abord le thorax et la poi- “trine de la défunte ; il examina Îles ‘ organes des poumons et du cœur. Il ‘“ ouvrit ensuite l’abdomen et fit l’exa- “ men du foie, de l’estomac et des in- “ testins. Il procéda à l’extraction des “ viscères, et plaça le tout dans un vase “de grès préalablement nottoyé par “ moi-même.” Pius loin il dit aussi (en réponse aux transquestions qui lui sont faites): “ {y a huit arpents environ de
plus importantes, des témoignages du
4 L'endroit où l’autopsie a eu liew à aller “ à la maison où nous avons scellé le vase.
# Je n'ai pas loujours eu l'œil sur le vase.
4 On eût pu facilement lever le couvert du “ vase et y jeter une poudre d’arsénicou du “ sel durant le trajet ; trente à quarante “ personnes faisaient le trajet en même “ temps que nous.”
Le Dr. Lafarge dit: “ Le 13 janvier, “ je suis retourné en con.pagnie du co- “ ronaire pour pratiquer l’autopsie, et je l'ai accomplie publiquement en pré- “ sence de plusieurs personnes. J'ai “ placé les viscères dans un vase de grès “ que j’ai couvert d’une peau de mou- 4 ton et d’un couvercle en grès. L’ayant “ attaché avec une ficelle, j’ai cacheté ‘ Je tout avec de le cire verte, afin que “ Je vase ne pût s'ouvrir saus que l’on 4 brisât le cachet.”
Pierre Paquin dit: “ Le vase dans “ lequel étaient les viscères de la dé- 4 funte, est resté sans garde dans une “ chambre de ma maison ; de temps en ‘“ temps le coronaire allait y voir.”
Il n’est pas nécessaire, je “rois, d’insister sur tout ce qu’il y a eu d’érrégulier dans la manière dont on a recueillit et conservé les matières suspectes dans le cas de Julie Désilie, jusqu’au moment où elles ont été remises par le coronaire à l’expert chargé d’en faire les analyses, et d’incertain dans l'authenticité de ces mêmes matières,
Selon le coronaire, le v1se qui renfermat les matières suspectes, n'aurait ëté fermé et scellé qu'après avoir parcouru huit arpents environ, entouré de plusieurs personnes ; et qu’il aurait élé facile de dever le couvercle et d'y introduire de l’ursénic, etc.; selon le médecin chargé de faire l’autopsie, ce vase aurait été fermé et cachcté sur les lieux mêmes, vu qu’il n’est pas fait mention, dans son témoiguage, du transport dont parle le coronaire ; selon M. P. Paqguin, le vase serait resté sans garde dans une chambre de sa maison.
Maintenant, d’après l’exposé que je viens de faire des principaux faits de cette enquéle, il est à regretter que M.
Larue, toxicologiste et professeur de médecine légale à l’Université Laval, ait oublié que les caractères essentiellement
indispensables qui établissent l’authenticité des matières qui doivent servir de pièce de conviction, manquaient absolument à celles qui lui étaient remises.
Dans des cas analogues à celui de Barbinas, les analyses les mieux fuites et les plus exactes ont été déclarées inadmissibles comme hrenve en Angleterre, devant les tribunaux,malgré qu’on eût trouvé de l’arsénic. (Voyez Taylor, Christison, etc., etc.)
De plus, le Dr. Lurue dit: “ Je con- “ nais le coronaire, M. Poisson ; je l’ai ‘vu chez moi, le 15 janvier dernier.
‘ Il m'a laissé un vase de grès qu'il m’a “ dit contenir les organes de lu défunte “ Julie Désilie. J’ai transporté ce vase ‘“ à mon laboratoire, à l’Université La- « val.”
Le Dr. Larue reçoit un vase qui contient confusément toutes les matières suspectes ; lorsque ces matières auraient dû être placées séprrément dans plusieurs vases, afin que le contenu de chaque va-
se fut analysé, tel que le veulent les au-.
teurs de médecine légale.
Malgré toutes ces irrégularités, le Dr.
Larue parait satisfait de l'authenticité de ces matières et du résultat des analyses chimiques, car il dit que la mort de la défunte est due à l’empoisonnement par l’acide arsénieux, et qu’il est entierement convaincu qué la défunte est morte ervpoisonnée.
Catte sffirmation est si positive que je croisle Dr. Larue convaincu, en effet, de l’authenticité des matières sur lesquelles il a fuit ses opérations chimiques.
Pour moi, au contraire, ces matières n'étant pas revêtues des caractères exigés par les autorités en Angleterre surtout, et en France, elles ne peuvent servir de pièce de conviction ; et ainsi les résultats des analyses chimiques sont inadmissibles comme preuve dans le cas de Barbinas.
J. EMERY-CODERRE. Montréal, 8 octobre 1863.
P. S.— Aussitôt que je me serai procuré une copie des rapports de l’expertise médico-légale, j’en ferai un examen critique dans l’intérêt de ln science.
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Procès de Pierre Barbinas, pour le Meurtre de sa femme, ‘