M& ARTICLE
Je lis dans le Pays de samedi dernier, sous le titre : “ Affaire Barbinas,” une lettre de M. le Dr. Lurue, dans laquelle il dit que sa réponse ne pouvant pas décemment se faire que quand l’affaire sera terminée ; néanmoins, il commonce par attaquer mon article du 13 courant d’une manière fort peu judicieuse, en disant : “ M. le Dr. Coderre, après avoir déclaré qu’il n’a pas encore lu ‘28 documents officiels de l’affuire B: :binas, se permet de déclarer nus et ruon rapport et mon témoignage, et mes conclusions,” et termine par une tirade bien peu en rapport avec la question.
Je crois pouvoir, en toute justice, faire remarquer à M. Larue qu'il s’est mépris sur le sens de mou article } et s’il veut bien prendre la peine de le relire, il verra que sa citation n’est nullement correcte, et que je n’ai pas même dit un mot de son rapport. Voici ce que je disais : “ Je ne puis fuire avec justice
“un examen médico-légnal des docu-
ments qui ne me sont pas encore con- “ nus; cependant, je crois devoir aîtirer “ l’attention des autorités sur certaines ‘ parties des témoignages des médecins “ entendus devant la cour, relativement “ à l'enquête tenue sur le corps de la dé- 4 funte Julie Désilie, et sur les examens “ chimiques des matières suspectes, etc., “etc.” De ces témoignages découlait un fait d’une importance très-grande, au point de vue de la médecine légale et de l’action de la justice ; et c’est sur ce point seulement que je désirais attirer l’attention des autorités, sans attendre la publication des rapp :ts officiels, ni même m'occuper des vor, yes des médecins, et de ce qu’on aurait pu leur faire dire dans les journaux.
Le rapport de M. le Dr. Larue peut être très-bien fait,ses analyses chimiques très correctes, je n’en ai aucun doute ; mais je le répète, les résultats de ses analyses sont inadinissibles, comme preuve, dans le cas de Barbinas.
—Les témoignages des médecins entendus devant la cour font suffisamment voir que les matières suspectes, remises à M. Larue, n’avaient pas'les caracières
d'authenticité exigés par les auteurs de médecine légale ; les résultats des anolyses chimiques sont donc inadmissibles comme preuve, malgré que M. Larue ait dit: ‘“ D’après les symptômes tels ‘“ que décrits par les témoins en cour, “ réunis à l'analyse chimique, je suis “ entièrement convaincu que la défunte “est morte empoisonnée.”” De plus, cette question ne renferme aucune haute nouveauté; elle a été résolue avant ce jour ; elle a reçu la sanction des autorités en Angleterre et uilleurs, “ En ma qualité d'expert médical dans ‘“ l’affaire Barbinas, dit M. Larue, il ne ‘“ m’est pas permis (M. Coderre devrait “ le savoir) d'entrer dans aucune dis- “ cussion à ce sujet, tant que.cette cause “ reste pendante devant les tribunaux.” —Je ferai remarquer à M. Larue que jeîne sollicite ni ne désire la discussion sur ce sujet; mon buta été seulement d’attirer l’attention des autorités sur un des points les plus importants én matière criminel.e dans les cas d’empoisonnement. M. Larue ne doit pas oublier non plus que son rapport est venu devant lu justice, et que ses conclusions ” sont connues, puisqu'il a rendu son témoignage et donné son opinion devant la cour. L’expert est tenu au secret tant que ses analyses ne sont pas terminées, et que son rapport n’a pas été remisaux autorités ;—mais, quant à l’anthenticité des matières suspectes, je crois qu’il est toujours libre de se prononcer soit dans l’affirmative ou dans la négative ; car dans ce dernier cas, le bénéfice du doute est toujours accordé à l'accusé. J. EMERY-CODERRE, Montréal, 19 octobre 1863.