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croyait pas à portée d'être entendue de personne, excepté de Parslow, qui, lui, était enfermé dans sa propre cellule. L'accusée se serait approchée de cette cellale de Parslow, et lui aurait dit, au travers de la porte : ‘ Sam., entends-tu ?”’ Et Sam. aurait répondu : “ Hein!” Voyaut qu'on Jui répondait et reconnaissant la voix de Sam, l’accusée aurait dit : “ Sam, dis que je n’y étais pas ; ça sera clair.” Pourquoi racommander à Sam, de dire qu'elle n'y était pas, si réellement elle n’y était pas ? Si elle n’y était pas au moment du crime, pourquoi lui dire : “ Dis que je n’y étais pas ? ” Pouvait-elle supposer que Sam. la compromettrait inutilement, et mentirait pour la perdre sans se sauver lui-même ? Est-ce que cette femme s’est imaginée, pour un instant, qu'elle pouvait à son gré incriminer et trahir son complice, dire elle-mème et faire dire par son complice que lui, son complice, avait tout fait et qu'elle, elle n’était pas dans ia maison lors de la commission du crime, et cela sans s'incriminer elle-même ? Croyait-elle se sauver, en avanant tout à McOaskill, ouf, excepté sa présence dans la maison lors du crime, et en se faisant corroborer là-dessus par Parslow ?
On est forcément porté à le croire. Cette malheureuse s’imaginait
donc que ces aveux-là n'avaient rien de grave, qu'elle ne faisait que trahir
un complice sans s’exposer elle-même. Elle ne se rendait donc pas compte
de la conséquence terrible de ses aveux, tout partiels et incomplets qu'ils
fussent.
Le tourne-clefs Groulx, quelques jours après, a entendu d’autres paroles,
tout aussi significatives, prononcées par l’accusée. Elle avait fait parvenir | P
une lettre au curé Pineault, dans laquelle elle lui demandait de venir à la prison, et le lendemain de l'envoi de cette lettre, Groulx a surpris une autre conversation entre les accusés, dans le même corridor : ‘ Sam,” disait l'accusée, “le curé Pineault va venir aujourd’hui ; dis que je n’y etais pas.” Elle semblait surtout redouter cette révélation possible de la part de Parslow : le fait de sa présence à elle lors de la tragédie. Elle semblait se dire à elle-même : “ Si je puis établir mon absence ou empêcher la preuve de ma présence dans la maison, au moment du crime, c’est tout ce qu'il me faut. Je ne m'occupe pas de mon complice, si je puis me sauver moimême.”
Si l'accusée s'est fait ce raisonnement, si elle se berçait de cette espérance, lorsqu'elle trahissait Parslow en faisant ses demi-confidences à McCaskill, et en les répétant en présence des témoins apostés pour les entendre, elle a fait une terrible méprise! Je vous ai exposé, messieurs, les dispositions si sages de nos lois à l'égard des fauteurs et complices avant le sait. Ils sont responsables du crime commis, au même degré qne celui qui
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l'a perpétré de ses propres mains. Or, la culpabilité de l'accusée résulte de ses propres aveux, si ces aveux doivent être acceptés, et elle peut être trouvée coupable du meurtre même que Parslow aurait consoramé par ses ordres, ou avec sa connivence sa participation ou son consentement, sauf à la justice à faire ensuite le procès de Parslow lui-même.
Enfin, messieurs, en face de tous les faits de la cause, vous aurez à vous demander s’il est possible, en prenant pour acquis que Poirier a été assassiné, s’il est possible ar'il ait été assassiné par d'autres que par l’accusée et son complice. Ta preuve de circonstances, par elle seule, peut suflire pour produire la conviction dans vos esprits, de même qu'elle peut vous paraître insuffisante, dans l'appréciation souveraine que vous en ferez. Vous vous demandersz qui avait intérêt à commettre le crime, à part ceux qui sont maintenant appelés à l'expliquer, et qui a pu réellement s’en rendre conpable, si ce n'est ce couple de malheureux qu'aujourd'hui la Couronne en tient responsable. Quant aux aveux, ils me paraissent concluants, jusqu'à ce qu'une autorité judiciaire, supérieure à la mienne, ait décidé qu'ils sont inadmissibles.
Il me reste à vous dire que dans le présent cas, comme dans tout procès criminel, le bénéfice du doute est en faveur de l’accusée, s’il existe dans vos esprits un doute raisonnable: et si la preuve n’a pas produit chez vous une certitude absolue que l’accusée soit coupable, vous devrez l’acquitter.
Mais quand je vous parle d'un doute, j'entends un doute sérieux et propre à produire l'incertitude, et non pas un doute futile, un doute imaginé pour endormir sa conscience ou pour justifier une clémence déplacée. Employez les mêmes ressources d'intelligence, usez du même discernement dont vous faites preuve dans les choses ordinaires de la vie. La loi n’exige pas davantage, et votre serment ne demande pas plus. Le résultat et les conséquences de ce procès intéressent la société toute entière, et sont, pour l’accusée, d’une gravité immense. On vous a dit qu'il est possible que votre verdict fasse ériger, pour la première fois, la hideuse potence dans ce district ; oui, c’est possible, mais vous n'en serez pas la cause. Si la potence doit s'élever, c'est la loi qui l'aura voulu, et vous n'êtes pas ses exécuteurs. Vous aurez accompli votre devoir de jurés et vous n'aurez fait que rapporter un verdict conforme à votre serment. Quand vous aurez consciencieusement rempli ce devoir-là, vous n'aurez pas à vous occuper des conséquences. Mais si, par faiblesse ou de parti pris, vous rendiez, soit contre l’accusée, soit en sa faveur, un verdict qui répugnât à votre conscience, vous auriez à vous le reprocher toute votre vie.
Sur l'accusation telle qu’elle vous est soumise, et d'après la preuve ‘ faite, vous n'avez d’alternative qu'entre le simple verdict de “ coupable, ” et celui de “non coupable." —Et la loi veut que vous soyez unanimes dans la prononciation de votre verdict.
Mainten.nt, messieurs, vous allez vous retirer dans votre chambre et prendre en considération, outre les faits de la cause, les quelques observations que mon devoir m'a forcé de vous faire. Je vous répète que je ne vous impose ma manière de voir sur aucun point de fait. Je n'en ai pas le droit, et je n'en aurais pas le désir, car je suis bien heureux que vous . ayez à juger cette cause, et je préfère mon rôle de juge à celui de jurés qui vous incombe. Votre responsabilité est en ce moment bien lourde en vérité, mais j'ai confiance que, vû l'attention extrème que vous avez apportée à tous les témoignages et à tous les débats de ce long et important procès, attention qui m'a paru si intelligente et si consciencieuse, un verdict satisfaisant, un verdict honnête et sûr sortira bientot de vos délibérations.