Sulfate de fer impur
N” lo. Fiole contenant de l’huile impure ; .
N" 11. Laudanum liquide non safrané ;
N°® 12, i3 et i 4 ‘ Terres prises sur la tombe , sur la bière^et sous la bière de Pouchon.
Dans la caisse, se trouvent trois bocaux en verre noir contenant les organes de Jacques Pouchon , divisés comme il a été dit au procès-verbal dressé par les médecins opérateurs, lors de l’exhumation.
Nous avons immédiatenîent entrepris i’analjse de ces. divers objets. Le local choisi par nous est inaccessible à la malveillance; l’un de nous est resté constamment porteur des clefs pendant les intervalles des séances. Pendant les opérations ,, aucune personne étrangère n’a été admise dans le laboratoire. Les matières à analyser , placées dans un cabinet séparé du laboratoire, étaient apportées séparément selon les besoins.
Analyse des organes du cadavre.
La commission rogatoire impliquant la recherche de toutes les substances capables de donner la mort, les opérations ont été divisées en trois séries distinctes : la première série comprendra les expériences propres à la recherche des poisons végétaux; la seconde , les expériences propres à la recherche des poisons qui peuvent être re-
connus par i’appareil de Marsh , la troisième et dernière comprendra l’analyse qualitative et non quantitative substances fixes contenues dans les charbons ou les cendres des organes de Pouehon.
Première sérié. — Poisons végétaux.
Une partie de l’œsophage, L’estomac et le cœur sont coupés en morceaux très menus et placés dans une capsule de porcelaine neuve. Ces oi’ganes sont mis à bouillir dans de l’eau distillée, fortement aiguisée d’acide acétique pur. La décoction est long-temps soutenue, afin que la contraction de ces matières , opérée par l’acide acétique > ne soit pas un obstacle à la dissolution des alcalis végétaux dans le liquide.
Le produit de la décoction est filtré. Il ne contient pas de substance graisseuse , il est fort peu coloré. Cette solution acide est décomposée par le sous-acétate de plomb liquide , afin de précipiter la plus grande partie des matières animales. La liqueur filtrée est ensuite séparée de l’excès de plomb qu’elle peut contenir par un courant de gaz acide sulfhydrique laTé jelle est filtrée, puis évaporée au bain-marie, en consistance d’extrait see.-
Ce produit n’offre pas la moindre saveur umère j une partie, traitée par l’acide nitrique pur, se colore, en jaune sans aucune trace de coloration rouge; une autre partie, traitée par le permuriate de fer, se colore en brun sans aucune trace de coloration bleue.
D’après ces résultats , il est certain que les organes examinés ne contenaient pas de substances toxiques de nature organique.
Deuxième érie. -
Une chaudière en fonte neuve est lavée à froid avec de l’acide azotique pur. Elle est ensuite mise à bouillir avec
de l’eau de potasse à l’alcool , puis avec de l’eau distUlée pure. Toutes ces eaux de lavage sont évaporées séparément. Les résidus non charbonnés sont mélangés, puis traités par l’acide sulfurique pur à cbaud. Le produit de l’ébullition est laissé refroidir, puis introduit dans un appareil de Marsb modifié. La couleur de la flamme est la même que celle de l’bydrogène pur. Il ne se manifeste sur la porcelaine ou flans lé tube à combustion aucune trace d’arsenic ou d’antimoine. Une autre fraction de ce même bouillon sulfurique saturé par delà potasse à l’alcool, et filtré, ne donne lieu à aucune réaction propre, soit au cuivre soit au plomb ; quelques légers nuages d’oxyde de fer seuls y sont reconnus.
Après cet examen préliminaire et concluant pour la pureté de la fonte, le foie, la rate, une partie des poumons, une partie de l’intestin grêle et la vessie sont coupés en morceaux très menus et placés dans la chaudière avec de l’eau distillée pure et vingt grammes de potasse à l’alcool pure.
L’ébullition est soutenue pendant quatre heures consécutives, en remplaçant l’eau évaporée par de nouvelle eau distillée, le bouillon est passé à travers un linge neuf lavé à la potasse; il est mis à refroidir, il est dégraissé à froid ; sa couleur «st d’un brun très foncé. Le résidu de la décoction est une bouillie qui est mise à part pour'être incinérée.
Le bouillon dégraissé est alcalin, la potasse qu’il contient est saturée par de l’acide azotique pur, puis il est évaporé en consistance d’extrait ; en cet état, il est mélange avec le double de sonpoids de nitrate de potasse pur j il est desséché sur un feu très doux. Ce mélange est mis à déflagrer par petites portions dans un creuset de Hesse neuf. Pendant la fusion de la masse la chaleur est portée au rouge sombre. Toute projection hors du creuset est soi-
gneusement évitée, et Ton attend que îa déflagration soit complète avant d’introduire une nouvelle dose du mélange.
Il reste au fond du creuset un culot salin qui peut être coulé presque en entier sur une plaque de fonte. Ce culot est assez fortement coloré en bleu. IL attire l’humidité de l’air, et tombe en detiquium.
Ce culot est traité à chaud par de i’âcide sulfurique pur et dilué : il se dégage des vapeurs rutilantes avec effervescence ; il se forme dans la liqueur un précipité gélatineux et blanchâtre. L’action de la chaleur et de l’acide sulfurique est long-temps soutenue, afin que les dernières parties des gaz acides nitreux ou sulfureux soient dissipées.
Un appareil de Marsh monté selon leprocèdéde lacommission de l’Institut est chargé de réactifs , purs, et chauffé pendant quelque temps pour reconnaître la pureté- de l’hydrogèhe produit. Pendant la combustion, le produit sulfaté du culot salin est introduit par le tube à entonnoir. Il ne se manifeste aucun changemanî dans la couleur de la flamme. La combustion entretenue pendant plusieurs heures ne dépose dans lé tube à combustion aucune trace métallique. La porcelaine apposée à la flamme ne se charge d’aucune tache ; une solution de. nitraté d’argent neutre ne se trouble même pas. ,»
Le tube à combustion est démonté, l’amianthe est mise à part pour être analysée. Elle s’est légèrement colorée en brun.
Le tube est coupé vèf-s l’endroit oh frappait la flamme: il est lavé Jusqu’à son bout effilé avec de l’acide nitrique piir : cet'acide, recueilli dansune'capsule, est évaporéàsiccite avec beaucoup de ménagement; il ne laisse aucun résidu. La capsule dans laquelle s’est opérée la déssiccation,; mouillée avec une solution de nitrate d’argent ne se colore nullement : la solution reste limpide.
PAR ÜN œMPOSÉ DE PLOMB. 27
L’amianlhe est ü’aitée à chaud par de l’acide hydrochio ro-ni trique pur; le liquide décanté est évaporé à siccîté: il est alors repris avec une moindre quantité du même acide, il est étendu d’eau distillée et soumis à l’action du gaz acide sulfhydrique. Avant d’être traitée par les acides, cette amianthe bien examinée à la loupe, et surtout dans les points colorés en brun ne laissait entrevoir aucune trace de sublimation métallique.
Les bouillons de la grande quantité d’organes indiqués plus haut n’ayant produit aucune réaction arsénicale au moyen de l’appareil de Marsh, une nouvelle quantité est carbonisée par Vacide azotique pur. Le produit de la déflagration est un charbon luisant et poreux ; traité à chaud par de l’eau distillée aiguisée d’acide hydrochlorique en petite quantité, il est soumis à un courant de gaz acide sulfhydrique lavé : il s’y forme en peu de temps un précipité de couleur gris-sale. Ce précipité est recueilli sur un filtre, puis il est mis à bouillir avec de l’acide azotique. Le liquide est alors décomposé avec de Tacide sulfurique, qui y fait naître un précipité ; le tout est mis dans un appareil de Marsh fonctionnant à blanc ; il ne s’y forme aucune tache arsénicale ou antimoniale.
Les parties solides qui forment le résidu de la grande décoction des organes sont alors soumis à toute la série des expériences dont il vient d’être fait mention au sujet des bouillons. Des résultats complètement identiques sont obtenus; seulement on observe que le produit de l’incinération de ces matières est beaucoup plus coloré en bleu que le culot salin provenant du bouillon ; on remarque également que l’acide sulfurique y fait naître un précipité plus .abondant.
Troisième série.
Une partie du culot salin provenant de la déflagration
de l’extrait du bouillon est dissoute dans de l’eau distillée pure: la solution est bleuâtre. Elle est fractionnée en plusieurs parties, pour, chacune d’elles, recevoir des réactifs différens.
Une lame, de fer laissée pendant douze heures en contact dans ce liquide un peu aiguisé d’acide est colorée en noir sans la moindre trace de cuivre.
Un bâton de phosphore, dont la surface vient d’être renouvelée, n’y éprouve aucun changement appréciable.
L’acide sulfurique précipite en hlanc très abondant.
Le gaz acide sûlfhydrique précipite en l’hydrio- ' date de potasse ne^rme paJ de précipité.
Le bicarbonate de soude précipite en hlanc. Cette série de réactions conduisant clairement â la recherche du plomb, les expériences suivantes sont entreprises pour découvrir ce métal.
Evidemment, les proportions de plomb doivent être plus considérables dans les matières solides formant les résidus de, la décoction : c’est sur ces matières que les recherches sont dirigées, après quelques essais infructueux faits pour revivifier le métal contenu dans la décoction.
Une partie de cès résidus est carbonisée dans une chaudière en fonte, sans addition d’aucune substance; le charbon obtenu est pulvérisé, puis mélangé avec de la potasse pure à Talcool, et fondu dans un creuset de Hesse.
Au bout d’une calcination d’une heure au moins, 1© culot fondu; mais encore charbonneux, est retiré; il est dissous dansde l’eau distillée qui laisse déposer du charbon.
Ce charbon, examiné à la loupe , laisse apercevoir de très petits globules métalliques disséminés dans la masse. Ces globules n’étant guère appréciables à l’œil nu, on place de nouveau ce charbon dans le creuset avec de la potasse, et on pousse la calcination une heure de plus à vase clos.
Le culot est coulé sur la pierre: on y trouve une grande quantité de globules métalliques très appréciables à l’œil nu. Ces globules sont malléables et ductiles ; la moindre pression exercée avec une lame de fer augmente leur surface en les aplatissant ; la âamme du chalumeau les convertit en oxyde jaune.
Ce résultat décisif pouvait être soumis à quelques objections : ainsi, les matières dont ce plomb avait été extrait avaient subi une longue série d’expériences pendant la recherche générale des poisons inconnus. Pendant l’analyse propre à la constatation des alcalis végétaux, il avait été employé du plomb; un hasard malheureux pouvait avoir laissé mélanger des résidus de cette analyse aux matières qui plus tard serviraient à la recherche des métaux fixes.
Dans cette occurrence , et désirant résoudre ces objections par des faits, et non par des argumens théoriques, il a été entrepris une nouvelle expertise sur des organes, complètement vierges de toutes manipulations antérieures.
. Analyse confirmative.
La chaudière de fonte est décapée fortement au moyen de sahle et d’acide nitrique à chaud : le liquide qui provient de ce lavage, traité par l’acide sulfurique, ne donne aucun précipité qui puisse annoncer des traces de plomb.
Le gros intestin et une fraction de l’intestin grêle sont placés dans cette chaudière et carbonisés, sans addition d’aucune substance étrangère. Le charbon qui en provient est mis en poudre ; il est placé dans un creuset de Hesse neuf avec de la potasse piu-e à l’alcool.
La calcination est soutenue au rouge blanc pendant une heure, etavase clos. Le culot estcoulé sur une pierre ; il est dissous dans de feau pure : on y trouve un culot de plomb métallique, qui, battu avec le marteau, s’étend de manière a couvrir la surface d’une pièce de cinq sous. On
remarque dans le charbon qui accompagnait la masse fondue des quantités de petits globules brülans et métalliques.
Quelques-uns de ces globules sont dissous dans l’acide acétique pur ; en cet état, on procède à l’appréciation des caractères propTes au plomb.
Le gaz acide sulfbydrique lavé forme un précipité noir.
L’acide sulfurique.ferme un précipité bianc. L’acide carbonique combiné à la soude précipite en blanc.
L’iodure de potassium précipite en jaune serin.
Analyse comparative.
Après avoir obtenu des résultats aussi positifs, il devenait indispensable d’éçlairer fa question de savoir s’il n’existe pas du plomb normal^ et si des organes normaux, placés dans les. mêmes conditions, et traités de la même manière, ne donneraient pas lieu à la formation de globules semblables.
La question du plomb normal a été produite en i838 pour la première fois, M. Devergie annonça qu’il avait trouve du plomb et du cuivre, dans tous,les viscères bumains d’individus morts sans avoir été empoisonnés. Ce médecin légiste promit à cette époque une publication de travaux faits à cet égard par lui et Osmin Hervy. Depuis, il n’y A pas eu d’expertise médico-légale relativement au plomb ; la question est restée sans preuve à l’appui. Nous devions donc l’aborder et la résoudre en nous servant du procédé qui nous avait donné du plomb dans l’affaire Pouebon;
En conséquence, un cadavre enterré depuis huit jours a été ouvert, tous ses viscères ont été recueillis et lavés avec soin à grande eau; le foie, la rate, les reins, la vessie et l’estomac, et une partie des poumons, ont ^té carbonisés dune part, et pour que l’application au cas qui nous oc-
cupe fàt rationnelle , le gros intestin et une partie de l’intestin grêle ont été carbonisés séparément.
La même chaudière de fonte a été employée, après avoir été frottée avec du sable et de l’acide nitrique.
Le charbon de tous les viscères réunis est pulvérisé.
La moitié de la masse correspondant environ au double de la quantité du'charbon des organes de Pouchon, soumise au même traitement j est placée dans un creuset de Hesse, après avoir été mélangée avec de la potasse pure à l’alcool. Au bout d’une calcination d’une heure au moins, le culot fondu, mais encore charbonneux, est retiré il est dissous dans de l’eau distillée, qui laisse déposer du charbon dans lequel il est impossible de découvrii' la moindre trace de globules métalliques.,
Ce charbon est mélangé de nouveai^ avec de la potasse pure, et calciné pendant une heure à vase clos ; le culot dissous dans de l’eau distillée ne donne pas la moindre trace de métal.
Cette expérience, faite dans les mêmes conditions que celle qui a fourni du plomb métallique en grande quantité quand il s’est agi des organes de Pouchon, ayant donné au contraire des résultats complètement négatifs , on procède à la recherche du plomb normal par des moyens plus énergiques.
La seconde moitié du charbon des viscères réunis est mélangée avec une quantité égale de nitrate de potasse. La masse est mise à déflagrer dans une chaudière en fonte neuve. Le culot est dissous dans de l’eau distillée: il est en grande partie insoluble, et laisse déposer beaucoup de charbon. La liqueur qni surnageait est fortement alcaline; les reactifs n y decelent. la présence d’aucune combinaison de plomb.
Le charbon qui est resté pendant la déflagration incomplète , est arrosé d’acide nitrique pur. Une coloration
hleue , assez intense, se développe dans la liqueur ; on ajoute de l’eau distillée ; la couleur bleue persiste, mais ne se mélange pas au liquide: elle constitue une poudre bleue très fine, qui se suspend par l’agitation du liquide, ce qui permet d’en recueillir une certaine quantité sur un filtre pendant que la solution nitrique, traverse le même filtre à l’état incolore.
Cette solution nitrique est légèrement acide, attendu que la potasse qui se trouvait libre dans le charbon , s’est emparée des premières parties de l’acide, tandis que le plomb, s’il en existe, a dû së combiner aussi et former un nitrate soluble. Elle est soumise à un courant de gaz acide sulfhydrique lavé, qui trouble instantanément la liqueur, et lui donne un aspect lakeux: laissée en repos pendant quelques heures, il s’est déposé une poudre verte sans que la liqueur se soit éclaircie d’une manière sensible. L’excès du gaz acide sulfhydrique est chassé par une ébullition soutenue : il se' dépose une nouvelle quantité de la même poudre verte, la liqueur reprend sa limpidité:
Cette poudre est recueillie , lavée à i’eàu distillée, puis mise'^à bouillir dans l’acide azotique pur et concentré : elle ne se dissout pas en entier ; la solation nitrique êtehdue d’eau ne précipite pas par l’acide sulfurique , ni par l’iodure de potassiüm."^Le résidu non dissous, mélangé au résidu de la solution nitrique évaporée, est calciné pendant une heure, à vase clos, après avoir été mélangé avec de la potasse et du charbon: il ne se produit aucune trace de métal revivifié ; le culot dissous dans l’eau distillée laisse déposer du charbon dans lequel la coupe ne décèle pas de plomb.
Il reste a examiner la poudre bleue formée par la réaction de l’acide nitrique sur le charbon, et restée sur le filtre comme il a été dit plus haut.
Ce filtre est mis à bouillir avec de l’acide nitrique con-
PAR UN COMPOSÉ DE PLOMB, centré pendant long-temps. La couleur bleue passe successivement au vert^ puis au hrun. Gette solution nitrique très acide est étendue d’eau distillée; l’acide sulfurique ne la précipite point. L’ammoniaque versée goutte à goutte jusqu’à saturation et excès sur l’acide libre, y fait nailre des nuages colorés en brun. Ce résultat positif contre la présence du plomb, et indicatif d’are bleu de Prusse fabriqué de toutes pièces aux dépens de la matière animale, de la potasse, du fer du creuset et de l’acide azotique, fait abandonner l’analyse complète de cette poudre bleue.
En dernière analyse, au sujet des organes normaux, le gros intestin et une partie de l’intestin grêle sont carbonises dans la chaudière de fonte. Le charbon est repris par de l’acide acétique concentré, et mis à bouillir, pendant demi-heure, dans une capsule de porcelaine : le produit de l’ébullition est évaporé à siccité, mélangé avec de la potasse et du charbon, placé dans une capsule de porcelaine, et chauffé à blanc pendant une heure, et à vase closi Le résidu ne présente aucun globule métallique, soit à la loupe, soit au microscope. Le charbon constituant ce résidu est complètement noir ; il n’est nullement saupoudré, pour ainsi dire, d’oxyde jaune qu’aurait pu former le plomb oxydé après avoir été revivifié. Ce culot, mis à bouillir de nouveau avec de l’acide acétique, ne précipite ni par 1 acide sulfurique, ni par l’iodure de potassium, ni par l’acide sulfhydrique.
Examen de la chemise.
La chemise que l’on nous a présentée comme ayant appartenu à Jacques Pouehon, est en toile rousse à demi usée la manche droite est couverte de taches rousses parsemées de mica et de petits grains de sable; l’aisselle, la 'manche gauche, la partie thoracique, le pan du devant sont également parsemés de ces mêmes taches micacées et sabloa-
neuses, mais en moins grand nombre; Je pan de derrière porte une large taclie rousse non saupoudrée de sable ni de mica.
Les taches les plus apparentes, celles de derrière surtout, sont mises-à bouillir dans une capsule de porcelaine avec de l’acide acétique et de l’eau distillée : le bouillon est évaporé àsiccitéau bain-marie ; il est peu coloré.
Le. résidu est repris par de l’eau aiguisée d’acide acétique et séparé en deux parties.
L’une d’elles est précipitée par du sous-acétate de ploinb qui fait déposer des matières animales. La liqueur limpide est débarrassée de l’excès de plomb par un courant de gaz acide sulfhydrique lavé ; la liqueur est filtrée, puis évaporée presque à siccité. En.cet état, elle est essayée par de l’acide nitrique concentré qui se. colore en jaune, sans mélange de stries ou de points de couleur rouge. Essayée par le permuriate de fer, elle se colore en briin sans mélange de é/ea. - , ; ; : : ;
La seconde partie de la préparation acétique des taches de la chemise est soumise aux opérations propres à déceler les poisons minéraux,' soit par l’appareil de Marsh, soit par les autres procédés indiqués dans le présent rapport : elle donne des i-ésultats complètement négatifs.
Huile contenue dans une fiole..
Une chaudière en fonte est mise .à rdugir ; l’huile est projetée peu-à-peu sur le fond rougi : elle s’enflamme, fume et laisse un charbon peu volumineux. Il est mélangé avec de la potasse et.du charbon, puis traité au rouge blanc et a vase clos pendant une demi-heure. Le culot dissous laisse déposer du charbon qui ne laisse apercevoir aucune trace de métal. Ce charbon, traité par l’acide acétique à -chaud, puis soumis aux réactifs du plomb et du cuivre, ne donne que des résultats complètement négatifs.
Examen des autres pièces.
Les autres substances qui nous ont été remises comme pièces à l’appui de l’instruction, nous semblent porter suffisamment avec elles l’indication de leur nature. Nous n’avons pas cru devoir procéder à l’analyse de chacune, attendu que cette opération nous paraît inutile au procès. Néanmoins, sur une nouvelle demande de la justice, nous sommes prêts à donner notre opinion, basée sur les caractères chimiques de chacune d’elles.
Les résultats obtenus dans l’analyse des organes de Pouchon ayant nécessité un nouveau transport sm* le lieu du crime présumé, l’un de nous ayant été commis à l’effet de reconnaître si dans le domicile des inculpés il ne se trouverait pas des sels de plomb, ainsi que de nouveaux élémens de conviction sur la matérialité du crime> il fuî rapporté les objets sui vans scellés, par MM. les magistrats àïr le lieu même, selon proces-verbal dressé à cet effet.
N“ 1 bis. Raclure du panneau et de la traverse du lit où est mort Jacques Pouchon, et où ont dû avoir lieü les vomissemens.
N° 2 . Raclure de la partie du coffre qui correspond à la partie du lit dont les raclures sont dans le paquet n° I bis. . *
N«> 3. Raclure du coffre dans la partie non soüillée par les vomissemens.
N® 4- Raclure du plancher entre lé coffre et lé lit, sous l’endroit où s’effectuaient les vomissemens.
IS°ô. Paquet de farine trouvé dans l’armoirè placée près du lit du défunt.
N“ 6 . Chemise prise parmi celles que l’on dit avoir servi pendant la maladie de Pouchon.
N» 7 . Vase de nuit dont les parois sont souillées de matières de vomissemens et de déjections alvines.,
empoisonnement
Ayant reçu en notre laboratoire, des mains de M. le greffiei'du tribunal, tous ces objets parfaitement scellés nous avons procédé aux opérations'suivantes.
Examen du paquet n° i bis,
he contenu de ce paquet est une poudre grossière composée de son, de fragmens de feuilles, et de matières semblables à des mucosités desséchées; aucune parcelle desable ou de mica n’y est apparente.
Cette substance est entièrement mélangée avec de la potasse à l’alcool et du charbon. Elle est placée dans une chaudière en fonte neuve : la masse répand de la fumée, se .boursoufle, puis se fond en un ciilot charbonneux qui est dissous dans de l’eau distillée. Le charbon, examiné à la loupe, ne laisse apercevoir que quelques globules métalliques epars dans la masse et.d’une petitesse infinie. Ce charbon est mis à bouillir avec de l’acide acétiqué concentré pendant une demi-heure; le liquide décanté est évaporé à siccité, mélangé avec de la potasse et du charbon en très petite quantité, et dans une trèspetite capsule de porcelaine. Le mélange est chauffé à blanç et à vase recouvert par un charbon usé exprès. Au bout d’une demi-heure la capsule est retirée du feu ; ori y aperçoit des globules un peu plus gros que dans,la première expérience, mais encore faut-il le secours delà loupe! Néanmoins il est constant pour nous qu’il existait dans le mélange des globules brillans, très sphériques, semblables à du plomb ; les-expériences suivantes servent, au reste, de complément de preuves.
Le culot de la capsule est mis à bouillir dans de l’acide acétique pur, pendant une demi-heure. Le liquide est filtre et divisé en trois parties égales: l’une d’elles, soumise a l acide sulfhydrique gazeux,^onne un précipité noir très abondant, mais parfaitement reconnaissable.
Lia seconde, traitée par l’acide sulfurique, trouble très légèrement la liqueur en opale, mais ne laisse déposer aucune poudre. La troisième, soumise à l’action de l’iodure de potassium, forme un précipité de paillettes jaunes très brillantes. Ces deux produits appréciables sont remis comme pièces à l’appui du présent rapport, et portent i’étiquette indiquant qu’ils proviennent des vomissemens. On verra que la quantité de sels de plomb obtenus de ces matières est infinitésimale, niais que, néanmoins, elle suffit pour motiver l’assertion de la présence du plomb.
Le résultat obtenu sur la matière contenue dans le paquet n“ 1 bis nous engage à laisser intacts les paquets numérotés deux et quatre, afin de donner à une contreexpertise, sur ce point très délicat, des élémens de recherches en tout semblables aux nôtres. Le vase de nuit n’a pas été examiné, parce qu’il est recouvert d’un vernis préparé avec du plomb, et que par conséquent l’analyse ne serait pas concluante.
Examen du paquet n° 3.
La moitié de ces raclures, prises là où n’ont pas pu arriver les vomissemens, est soumise à la même série d’opérations, dans les mêmes vases, avec les mêmes réactifs, dans les mêmes conditions. Les résultats sont complètement négatifs à l’égard de la présence du plomb.
L autre moitié est laissée pour élément de contre-expertise.
Examen du paquet n° 5.
La farine contenue dans ce paquet est fine, belle et de bon goût ; point d’amertume, point de substances cristallines appréciables, soit au microscope, soit en la délayant sur la langue.
Elle est divisée en deux parües : l’une est traitée direc-
tement dans une capsule de porcelaine par l’acide sulful’ique à chaud. La masse se charbonne sans incandescence ; elle est introduite dans un appareil de Marsh. La combustion du gaz n’a produit aucune réaction arsénicale ou antimoniale.
L’autre moitié est pétrie avec moitié de son poids d’eau distillée. Elle forme une pâte de bonne consistance ; délayée au bout d’un quart d’heure sous un filet d’éau, elle se divise en amidon et en gluten. Ces principes consiituans une fois reconnus, sont mélangés; le liquide est évaporé et le tout est brûlé dans une chaudière de fonte. Le charbon est mélangé de potasse et de charbon. Calciùé pendant demi-heure à vase clos, il ne donne aucune trace de métal. Traité par l’acide acétique, il fournil un liquide qui ne produit aucune des réactions des sels- de plomb.
Examen des terres.
La terre prise immédiatement sur la bière est arrosée avec de l’acide acétique p.ur, et laissée en repos pendant une heure. Le mélange est ensuite délayé avec de l’eau distillée et jeté sur un filtre. Ce^liquide, passé à la filtration, est légèrement coloré en jaune. Traité par l’acide sulfhydrique gazeux, il ne- produit pas de précipité; par l’acide sulfurique, non plus.fUne partie, évaporée à siccité puis reprise par de l’acide acétique en petite quantité et étendu d’eau, est soumise à l’action de l’iodure de potassium : il ne se manifeste aucun précipité.
Cette terre était évidemment la plus propre à éclairer la question de savoir si le plomb trouvé dans le cadavre était dû au cimetière. Ayànt obtenu des résultats négatifs avec elle, nous nous sommes dispensés d’analyser les autres, qui seront remises à M. le juge d’instruction.
RÉSUMÉ ET COSCtUSIOHS.
Il résulte des expériences précédentes :
1° Que les organes de Pouchon contenaient une quantité notable de plomb, reconnu à tous ses caractères physiques et chimiques.
2“ Que ce métal, sous quelque forme qu’il ait été introduit, a été ingéré pendant la vie, puisque les matières vomies en contenaient une quantité appréciable.
3 ° Que ce plomb ne peut pas être regardé comme celui que quelques auteurs ont considéré comme faisant partie constituante de l’organisation. Acceptant même l’existence du plomb normal, notre opinion conserverait toute sa force, puisque les quantités obtenues dépassent de beaucoup celle que les auteurs regardent comme proportion normale la plus forte. De plus, ce plomb trouvé dans les vomissemens prouve évidemment que, dans l’estomac, il n’était pas combiné aux tissus solides, et ne faisait pas partie intégrante de l’organisation même.
4 ° Que les préparations de plomb étant, à des doses plus ou moins considérables, toutes vénéneuses, il est certain que Jacques Pouchon a dû subir l’influencé du poison et la mort en être la conséquence, soit que le poison luimême en ait été la cause unique, soit que la maladie à laquelle Pouchon était en proie depuis fort long-temps en ait éprouvé une aggravation sérieuse.
5 o Le plomb trouvé dans les organes ne peut pas être attribué aux terres du cimetière; le plomb trouvé dans les vomissemens ne peut pas avoir été cédé par la boiserie du lit.
Nous remettons à M. le juge d’instruction quatre petits flacons cachetés, et portant étiquette indiquant leur contenu. Le premier renferme du plomb métallique extrait des viscères de Pouchon ; le second, du sulfate ; le troisième,
du sulfure ; le quatrième, de Tiodure de plomb, préparés
avec le métal extrait des organes de Pouchon.
Deux autres flacons semblables sont remis comme pièces à l’appui du présent rapport : l’un contient du sulfure, l’autre de l’iodure de plomb, préparés avec les globules métalliques extraits des vomissemens de Pouchon.
Les réactifs employés dans la présente analyse ont tous été apportés par M. Barsé. Le nitrate de potasse, l’acide azotique, l’acide chlorhydrique, la potasse à l’alcool, les capsules et la chaudière qui ont servi à l’extraction du métal contenu dans les organes de Pouchon, sont déposés avec le présent rapport comme élémens de contre-expertise.
Tous les autres réactifs, dont l’application pendant la recherche générale des poisons inconnus a été négative, ont été considérés comme inutiles à l’appui du présent rapport, et n’ont pas été déposés. '
Enfin, les terres, non analysées, les paquets renfermant les vomissemens de Pouchon, des restes de chemises, dont une partie a été analysée, et le vase de nuit ayant servi à Pouchon, ont été remis à M. le juge d’instruction.
En cas de contre-expertise, M. Barse réclame de la J ustice le droit d assister à toutes les opérations qui ‘erônt faites, soit sur ses réactifs, soit sur les produits déposés comme pièces, soit enfin sur les élémens d’analyse qui existent encore.
Fait au Puy, le 3i août 1842,
Consultation médico-légale, par Alph. Dupasquiek, professeur à l’école préparatoire de médecine de Lyon , médecin de l’Hôtei-Dieu , doyen du jury médical du dipsrtemput du Rhône ^ etc., à MM. Richond gt Valicon, avocats au Puy (Haute-Loire) (i).
Messieurs , vous m’avez adressé plusieurs pièces relatives à une accusation d’empoisonnement portée contre la femme Pouchon et contre le nommé Rocher, et vous m’avez fait l’honneur de me demander mon avis sur le rapport des experts qui ont été chargés de rechercher dans le cadavre de Jacques Pouchon une substance toxique qu’on supposait lui avoh- été administrée , et qui aurait, dit-on, déterminé sa mort. -
Les pièces dont vous m’avez soumis des copies étaient au nombre de trois : — i° Procès-verbal de l’exhumation du cadavre de Pouchon, et constatation de l’état de ce cadavre ; — a° Rapport de MM. Auguste Reynaud et. Auguste Porral , docteurs en médecine , rapport dont la conclusion essentielle est : qu’il n’existait dans le corps de Pouchon aucun poison appartenant au règne végétal , ni aucun composé d'arsenic, de cuivre ou de fer ;
3" Rapport de MM. Auguste Reynaud, Auguste Porral, docteurs en médecine, et Jean-Baptiste-Jules Barse, pharmacien chimiste, habitant à Riom (Puy-de-Dôme), rap-
(i) « Nous donnons ici la consultation puLllée par M. Dupasquier, avec indication en notes des modifications que contient la consultation originale, telle qu'elle a été lue devant la Cour d’assises de la Haute- Loire; on verra que cette dernière diffère sous quelques rapports de la consultation que nous reproduisons et que M. Dupasquier a fait imprimer depuis les débats qui ont eu lieu au Puy, quoique l’une et l’autre portent la meme date; nous aurons soin de faire ressortir les différences a mesure qu’elles se présenteront. »
port d’où il résulterait que les organes de Pouchon contenaient une quantité notable de plomb, et que sa mort a dû être la conséquence de l’action toxique de quelque préparation de ce métal.
J’ai ly ces trois rapports, et particulîerement le dernier avec toute Tattention quùl était nécessaire d’apporter dans une investigation aussi importante et aussi grave. Je vais vous faire connaître quel a été le résultat de cet examen fait uniquement au point de vue de la science, et qui ne pouvait être plus impartial, puisque je ne connais ni les détails de l’affaire* ni les accusés, ni même vous, messieurs, qui êtes chargés de leur défense.
Je vous déclarerai d’abord, messieurs, que les experts ont apporte beaucoup de soin et de méthode dans les recherches chimiques qu’ils ont faites sur les "organes de Pouchon, et qui ont amené la découverte d’üne certaine quantité de plomb dans ces mêmes organes Après avoir lu les détails des nombreuses expéï-iences faites par les experts, après en avoir comparé les résultats, après avoir reconnu (en jugeant d’après la lecture du rapport^ que toutes les précautions possibles avaient été prises pour arriver à démontrer que le métal provenait des organes, et non des vases ou des réactifs employés dans les opérations analytiques, je suis moi-même resté convaincu qu’il existait dans le cadavre de Pouchon une petite quantité de plomb, sans doute à l’état de combinaison, combinaison d’ailleurs non reconnue et non déterminée, même comme substance soluble ou insoluble.
Donc, sur ce point, le rapport des experts, dans l’affaire Pouchon, me paraît mériter toute confiance!
Mais si cette conclusion des experts, qu’il y avait du
(i) L original porte que les experts ne pouvaient apporter plus de soin, plus de science et plus de méthode.
PAIS- TIN COMPOSÉ DE PLOMB, plomb dans les organes de Pouchon, me paraît inattaquable , si les preuTes sur lesquelles elle repose ne peuvent être l’objet d’un doute favorable à la défense des accusés, il n’en est pas de même, à mon avis, des conséquences qui ont été tirées de ce fait, fait dont, je crois devoir le répéter, je ne conteste pas l’exactitude.
Les conséquences dont je viens de parler se trouvent très explicitement indiquées et très nettement formulées dans l’article 4 des conclusions du rapport, ainsi conçu :
« Les préparations de plomb étaiit, à des doses plus ou O moins considérables, toutes vénéneuses^ il est certain que « Jacques Pouchon a dû subir Vinfluence du poison, et la « morj: en être la conséquence , soit que le poison lui-même • en ait été la cause, soit que la maladie à laquelle Pou- « chon était en proie depuis fort Ion g-temps en ait éprouvé « une aggravation sérieuse. »
Telle est la partie des conclusions qui ne me paraît pas complètement justifiable au point de vue de la science. Cet article, en effet, renferme des assertions qui sont] au moins formulées d’une manière beaucoup trop affirmative (i).
Ce que j’avance , je vais le justifier, en me servant de l’autorité des faits : ^
Pour démontrer que les assertions dont je viens de parier sont, les unes inexactes, les autres beaucoup trop affirmatives , j’examinerai successivement les questions suivantes :
1 ® Toutes les préparations de plomb sont-elles vénéneuses?
2° Est-il certain que Jacques Pouchon ait subi i’in-
(i) L’original porte des assertions très contestables, assertions qui sont au moins formulées, etc.
H empoisonnement
fluence d’un poison saturnin , et que sa mort en ait été Ja conséquence ?
3° La présence d’une ,petite quantité de plomb dans les organes dePouchon est-elle une preuve irrécusable qu’il y a eu tentative d’empoisonnement sur sa personne ?
4° La mort de Pouchon et les symptômes qui l’ont précédée ne peuvent-ils s’expliquer en les considérant comme l’effet de la maladie dont il était atteint depuis plus de quatre ans ? .
1 ° Toutes les préparations de plomb sonUelles vénêneusesl
D’après le rapport, les préparations de plomb sont^ à des doses plus ou moins considérables, toutes vénéneuses. ,
D’après les faits , je puis établir en principe, d’une manière nette, précise, et contrairement à l’opinion des experts , que toutes les préparations de plomb ne sont pas vénéneuses y et qu un assez grand nombre de composés saturnins, même à très haute dese , exercent aucune action toxique sur les animaux vivans, et ne sauraient, par conséquent, agir comme des poisons sur les organes de Vhornme.
Je ne reprocherai cependant pas aux experts l’opinion affirnfttive qu’ils ont émise sur l’action généralement toxique des préparationsde plomb : elle a pu et dû leur être inspirée par la lecture de quelques ouvrages de médecine légale.
Cette question, en effet, n’était pas nettement tranchée dans les premières éditions du Traité de toxicologie de M. Orfila. Quelques-unes des expériences rapportées par ce savant, semblaient même démontrer l’action toxique de plusieurs composés saturnins insolubles, particulièrement du sulfure de plomb (i).
(i) Ce fait nest pas exact, car je disais positivement, en 1814, que
En émettant l’opinion que toutes les préparations de plomb sont vénéneuses, les experts pouvaient surtout s’appuyer de plusieurs assertions émises dans la médecine légale théorique et pratique de M. Alphonse Devergie : dans la deuxième et dernière édition de ce traité (3 vol. in-8°) publiée en i84o, on trouve, en effet, plusieurs passages desquels on peut conclure que les sels de plomb, même insolubles^ sont vénéneux, mais à un degré inférieur aux sels solubles.
Ainsi, au 3® volume de ce traité, dans le chapitre relatif aux préparations de plomb, on lit les passages suivans : — Page — Du moment où le plornb forme un
oxyde ou un sel, il acquiert des propriétés toxiques. — Page 574 . — Toutes les fois que le plomb subit une transformation chimique , il devient vénéneux, et à un degré d’autant plus élevé que le composé nouveau est plus soluble. — Page 584. —Après avoir parlé de plusieurs sels solubles de plomb, M., Devergie ajoute : Il existe plusieurs préparations saturnines que nous passons sous silence parce quelles sont moins utiles, tels sont Viodure de plomb, le sulfate , le
nitrate, le gallate, le chlorure; toutes sont vénéneuses.
Page 585. — Le carbonate de plomb à la dose d’une demionce, pouvant amener la mort des chiens, il y a tout lieu de penser, vu son insolubilité, que toutes les,préparations
SATURNINES POSSÈDENT DES PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES. Toutefois celles-ci seront d’autant plus marquées que le composé sera plus soluble.
Mais cette opinion, émise par les experts relativement aux préparations de plomb, opinion qui peut être appuyée
le sulfate de plomb n’est pas vénéneux. V. U® édition de ma Toxicologie générale, tom. pag. 28-1. D’ailleurs M. Dupasqm'er v*a bientôt reconnaître lui-même qu’en 1829 j’avais mis hors de doute l’innocuité du sulfure de plomb (Vi page 175).
EMPOISONNEMËNT
sur les passages cités du livre de M. Alphonse Devergie, publié il n’y a que deux ans, n’est point celle que professent d’autres toxicologistes ; elle est surtout directement contraire à ce que nous apprennent les faits dont l’autorité doit l’emporter sur toutes les opinions, même sur les plus dignes de foi et les plus compétentes.
C’est d’abord un principe général et généralement reconnu, que les substances tout-à-fâit insolubies, et qui ne sont pas attaquables par les liquides renfermés dans l’appareil digestif, ou, en d’autres termes, qui ne peuvent y subir aucune transformation chimique, n’exercent pas d’action vénéneuse sur les organes de l’homme , comme sur ceux des animaux. Cette règle, il ést vrai, comme toute règle générale, peut trouver des exceptions; mais ces exceptions sont très-rares et ne changent rien d’ailleurs à l’état de la question , puisqu’il peut être démontré par l’expérience que beaucoup de préparations de plomb insolubles, lorsqu’elles sontintroduites dans l’estomac même à très haute dose, y agissent comme des matières inertes et non comme des poisons. ►
Ainsi, dès l’année 1814 , M. CiieystWier^ s*était assuré par des expériences que Je sulfure de plomb- n’exerce pas d’action toxique sur les chiens , tandis que le carbonkte du même, métal leur fait éprouver divers acéidens ; de ce fait il avait même conclu que la solution aqueuse du gaz hydrogène sulfuré ( acide sulfhydrique) peut être employée comme contre-poison des sels de plomb, par la raison qu’elle les transforme en èulfure. Plus tard, M. Chevallier confirma cette propriétédé l’hydrogène sulfuré en l administrant a deux ouvriers atteints de coliques violentes déterminées par le plomb , et en l’essayant sur lui-même. Ce même traitement, appliqué à l’hôpital de la Charité par M. Rayer, y obtint aussi beaucoup de succès. (Journal de chimie médicale^ tom.iiï,p. 53o ( 1827 ).
En 1829, dans un article sur Vaction des sulfures de plomb, de cuivre et de mercure, sur P économie animale, M. Orfila reconnaissait, de son côté, que le sulfure de plomb n’est pas vénéneux.—J’ai, démontré, dit le savant doyen de la Faculté de médecine de Paris, que le sulfure d’arsenic à l’état humide est vénéneux, même lorsqu’il a été lavé jusqu’au point de ne plus contenir un atome d’acide arsénieux. En est-il de même des sulfures de plomb, de cuivre et de mercure ? Quelques expériences tentées il y a plusieurs années, et consignées dans ma toxicologie, pourraient le faire croire au premier abord ; mais il est aisé de se convaincre, en examinant la question de plus près, que ces composés tî exercent aucune action sensible sur Véconomie animale, ou du moins que leur action est on ne peut plus faible. Ces expériences décrites dans mon ouvrage, ne m’ayant pas paru concluantes, soit parce qu’elles avaient été faites avec des sulfures incompléiement lavés, soit parce que les sulfures dont il s’agit, avaient été administrés en même temps que le sulfure de potassium qui jouit d’une énergie marquée, j’ai cru devoir procéder à de nouvelles recherches (Orfila, Journal de chimie médicale, tom. vi (1829), p. i 53 ). Ces recherches, dont parle M. Orfila, lui ont démontré en effet que le sulfure de plomb n’est pas vénéneux.
Le 24 juillet i 838 , dans une consultation rédigée à l’occasion d’une accusation d’empoisonnement portée contre le docteur Rittinghausen, jurisconsulte, empoisonnement qu on supposait avoir été commis sur la personne du sieur Schneider, médecin oculiste, mort à Dijon, le 27 septembre i 836 , M. Orfila s’exprimait d’une manière plus nette encore, et plus explicite à i’égârd des préparations de plomb qui sont insolubles. — Il est encore, dit M. Orfila, un point du rapport de MM. Séné, Payen et Fleurot que je ne saurais admettre; les composés de cuivre et de plomb,
48 empoisonnement
quels qu’ils soient^ disent-ils, jouissent de propriétés vénéneuses ; or, nous savons que les préparations de ces métaux qui ne sont pas solubles dans l’eau, et qui ne peuvent pas être dissoutes par les sucs de l’estomac sont inertes y je citerai entr’autres le sulfate de plomb. Il ne serait pas à la rigueur, impossible que les deux métaux extraits de l’estomac et des intestins de Schneider eussent primitivement fait'partie de quelques-unes dès préparations de ce ^ente {Journal de chimie médicale ., tom. vi (iB 38 ) , 2® série, p. 584 )• i.
Des citations qui précédent il résulte bien que M. le professeur Orfila, contrairement à l’opinion émise dans le rapport relatif à l’affaire Pouchon et à celle qui ressort de plusieurs passages de la Médecine légale de M. Alph. Devergie, considère les préparations de ploinb, insolubles dans l’eau et indécomposables par les liquides de l’estomac, comme étant sans influence toxique sur l’économie animale, lorsque ces préparations ont été introduites dans les voies digestives.
Cette opinion d’un homme qui à donné sa vie à l’étude delà toxicologie (i) sufhsait sans doute pour rendre plus que douteuse, sinon pour infirmer touUà-fait, celle toute contraire émise par les experts dans leurs conclusions; mais la dissidence qui existe sur ce point entre ces honorables, savans, avec M. Devergie, d’un côté, et MM. Chevallier et Orfila de l’autre, m’ayant paru de nature à laisser quelque incertitude dans les esprits (2), j’ai cru, afin d’obtenir une solution complètement sadsfai-
• fi) L’original porte : d’un homme qu’on peut à juste titre appelle pere de la Toxicologie. ^ \
(2) Quelle incertitude, lorsque J’avais affirmé , d’après l’expérience que le^suifate et le sulfure de plomb «e pas vénéneux pour les
PAR UN œMPOSÉ DE PLOMB. 49
santé de la question, devoir recourir à l’expérimentafion sur les animaux vivans.
En conséquence, j’ai entrepris avec M. Rej, professeur de pathologie à l’Ecole royale vétérinaire de Lyon, une série d’expériences qui ont été faites dans les mois d’avi-ii et de mai i843.
Nous avons d’abord expérimenté, M. Rey etmoi, avec le sulfure et le sulfate de plomb ; puis, nous avons soumis aux mêmes essais plusieurs autres sels insolubles du même métal. Les résultats ont été complètement confirmatifs de l’opinion qui considère les seL de plomb insolubles et inattaquables par les sucs de l’estomac, comme n’étant nullement vénéneux. '
Je vais indiquer successivement, et d’une manière sommaire, quels ont été ces résultats. • •
Sulfure de plomb artificiel^ obtenu par précipitation;.
Expérience. Dix grammes de sulfure de plomb obtenu par racétale de plomb et l’acide sulfhydrique, bien lavé; desséché et réduit en poudre, sont administrés avec un peu de miel , à un chien de moyenne taille. Quelques instans après, on donne à l’animal un petit morceau de viande, et on Je fait boire, dans le but de prévenir le vomikemént qui pourrait être causé par la saveur du mélange introduit dans Péstomac Observé avec attention pendant quatre jours, l’animal ne vomit pas, et ne parait éprouver aucune souffrance par suite de la présence du sulfure de plomb dans les voies digestives. Au bdüt de ce temps, le chien est abattu, on en fait l’autopsie, et Ton ne trouve rien d’anormal dans 1 estomac et les intestins, on n’y retrouve même nulle trace de sulfure plombique. ' : « luie
Remarque. Cette expérience est confirmative de celles faites antérieurement par M. Orfila. Les jeunes chiens de petite stature, auxquels pu fait avaler une once de sulfure de plomb noir préparé avec l’acétate de plomb et l acide hydrosulfurique , n’éprouvent aucune espèce d’accident :
Ils n’ont jamais vomiU sulfure ; une
selle dans la journée. Ü faut noter que ce sblfure avait été
ro EMPOISONNEMENT
lavé à gtande eau et à plusieurs reprises, juSqu'à Ce qOe i’eau de lavage ne se colorât plus par l’acide hydrosulfurique (Orfila, Journal de Chimie médicale, tom. v (1829), p. i53).
Sulfure de plomb naturel.
Les expériences que j’ai faites avec M. Rey sur le sulfure de plomb ont eu surtout pour objet de déterminer l’action toxique ou non toxique du sulfure naturel, vulgairement appelé alquifowc, «emfj'. Plusieurs raisons
nous y engageaient : 1° le sulfure artififciel avait,déjà été expérimenté par M. Chevallier et par M. Orfila ; 2* le sulfure naturel est le seul qu’on trouve dans le commerce ; 3° le sulfure naturel est souvent allié à d’autres sulfures métalliques, et particulièrement à du sulfure d’arsenic-, ce qui peut rendre son action différente de celle du sulfure artificiel ; 4° potiers- de terre et les faïenciers, qui emploient la galène comme vernis, sont très sujets à être atteints de coliques saturnines, ce qui n’a pas peu contribué à répandre la croyance que ce sulfure de plomb naturel était vénéneux (i).
Voici quels ont été les résultats de nos expériences faites avec le sulfure ïia turel de plomb : >
i*'® Expérience. 10 grammes de galène pulvérisée sont administrés à
( 1 ) La colique de plomb, àont les potiers de terre et les autres oü- Triers qui emploient la galène comme vernis sont fréquemment atteints paraît surtout produite par la respiration des vapeurs d’oxyde de plomb qui se dégagent des poteries soumises à l’action du feu. Dans ce cas, Toxygène atmosphérique brûle le soufre du sulfure et oxydé le plomb. L’oxyde formé se fond pour constituer le vernis, et se volatilisé en partie—Il est donc inexact d’attribuer au sulfure de plomb des effets produits par l’oxyde de ce métal. D’aüleurs, il ne faut pas confondre l’influence que peuvent exercer sur l’organe de la respiration des particules très subtiles de composés de plomb insolubles , avec l’action de c««= mêmes composés introduits dans l’estomac {JNote à» -
«n cliien de moyenne taille, avec les précautions qni ont été indiquées dans la première expérience. L animal ne vomit pas; il n’éprouve aucun changement dans son état de santé. . ; , - .
2 ® Expérience. i5 grammes du même sulfure sont donnés de la même manière, à un autre chien de moyenne taille. Point d’action. ' 3® Expérience. Après avoir attendu quatre jours sans apercevoir de résultat, on fait prendre au chien de la première expérience, 20 grammés de sulfure de plomb naturel en poudre. Cette substance ne produit pa» plus d’effet que la première fois; Tanimal lie vomit pas ét hé paraît éprouver aucune souffrance, ; ; ; , '
^ Expérience. Le même jour, on donne au chien , sur lequel la deuxième expérience a été faite, 3o grammes dè galène, eh poudre. L’animal n’éprouve pas plus d’effet que lorsqu’il en prit i5 grainmèsi; on remarque seulement une légère coloration noire des excrémens ,;ce qu’on observe aussi a la suite de la troisième, expérience.
5® Expérience. Après une attente de cinq jours, ou administre chien déjà soumis à la première et à la troisième ■expériéhce ,' 60 'gi-àrlmes de sulfure de plomb naturel en poudre. Le bon état désahfède l’animal n en est pas plus dérangé que la première fois.c ; J .
Expérience. 5o grammes du même sulfure, en poudre sont donnés au chi^ qui a servià la deuxième et à la quatrième expériences, ^ cela sans résultat. On remarque seulement, comme a la suite de là tfoL sierae expérience, qire Tanimal rend des excremèns d’une couléur noîré plus prononcée. ; , - > , ‘
Deux jours après la cinquième et la sixième expériences, comme on n aperçoit aucun effet toxique de Tadminisfration du sulfure naturel, ou ab^ les deux chiens. Dans l’an comme dans l’autre, on trouve le sulfure reun, en grande partie lers l’orifieé'pylorique de l’estomac; une antre parue est disséminée dans les replis de la membrane muqueuse' jusqua 1 extremite de l’intestin grêle. Les niaiieresconteriues'dalsl’iri' testin sont noires ; il ues’en dégage aucune odeur d’acldé-sulfhydriquè' ce qui annonce que Iç sulfate n’a pas subi de ’dçc .mposition. ^ ’
, Suljàie'de-plomb. ' ■ ■■ ■ - : ^
S.grammes.dé ceselen poudre sont adminrsîrés'I un chien de petite race (r).,On ne lui donne à manger que le Kn^ «au. d.„ le «lieu de I. io„r„ée..L-.,le„,l „e vo«,“p.,’o. le «rie
”.»Wl>:»î»plSme qui puisse
un effet toxique. On.procédé a l’autopsie; et l’on iroiive que l’estomac'
(i) Longiual avec les précautions-précédemment indiqm
-J 2 EMPCaSO^iNEMENT /
les insestins et les Biaiières (yi’üs co 0 tienDenl out leur apparence or-
dinaire.,,. ;,.;r
3 ® Expérience ,— Admiaislration de lo. grammes, dg sulfate de plomè à un chiea^le mpyenoe .taille. — Même résultat gue dans la première exf^rience.. ^ Ljanirogl, abattu après quatre jours.d’altenîej présente à
i ’autopsie Jes caraçtères in/liqués, dans les détails de la. première^expé^ rîepçe..:^ . r.:
.Expériencel On fait avaler 20 grammes,de sulfate deplpmb^à up ciiien de moyenne taille. Point d’effet toxique. autopsie lesxirganes digestifs sont dans l’état naturel. , ; if >
Pendant que nous faisions ces expériences , M. Qrfiia à publié une quatrième édition de s.<:>n .Trai^^lé de Toxicqlogicy et i’y ai trouvé d’indication de rexpériénce suivan tej qui est tpnt-à-fàit confirmative de celles qui viennent d’être rappelées; ; ,
On fait avaler .à un chien faible etjdê moyenne taUlè 36 grammes de sulfate de plomb finement pulvérisé ; l’âriimal fi’â rien éprouvé, et le lendemain il a màiigé comme a rprdinaire. Le sulfate, de plomb péiit donc être avalé impunément à haute dose (Orfila, Traité de Toxicologie, 4® èdit. 1843# tome 1®’’, page 690').
. Oxalate d^
t** Expérience, On administre 5 granunes de ce sel, et de la manière qiii â déjà éïé indiquée, â un chien de taillemoyennë,— Pdintd’actibn toxique. — Au Wt de quatre jours l’animal est abattu et ouvert f ie tube digestif est dans l’état normal.
2 ? Expérience. On fait avaler 10 grammes d’oxalaté dé plomb, finament pulvérisé conime dans l’expérience précédente, à un chien dé taille élevée. L’animal ne vomit pas, il n’éprouve aucun changement dans son bon état de santé. A l’aulopsie, la muqueuse de l’estomac et des intestins'h'dffrè aucune trace d’inflammation ou de lésion quelconque.
(i)Cetté expérience a été décrite par moieni8t4. (V. p, -ï^^Srdéma première édition de T'ôaüco/oj^ie), puis elle a été' imprimée dans chacune des trois éditions s 'jbséquentes. Il aurait dOnif fallu'dire què les expériences dePauteur étaient conflrmatives de celle-ci, c’est-à-dire le contraire de ce qu’a avancé M. Dupasquier.
3® Expérience. Administration de 20 grammes d’oxalate de plomb.. Résultat également et complètement négatif. î:e chien employé à cette expérience était de taille moyenne.
Borate de plomb.
Expérience. On fait avaler à un chien de grande taille i5 grammes de borate de plomb en poudre. On n’observe aucun symptôme d’empoisonnement; l’animal ne vomit pas. A l’autopsie, faite quatre jours, après, les organes digestifs sont dans l’état normal.
Tannate de plomb.
Expérience.Ÿojiv cette expérience, on emploie du tannate de plomb. obtenu par précipitation , bien lavé, desséché et réduit eu poudre. i5 grammes de ce sel préparé avec un décocium de noix de galle et une solation d’acétate de plomb, sont administrés, suivant le mode déjà indiqué, à un chien de moyenne taille. Ce sel n’agit pas plus que le précédent; le résultat de l’expérience est de même complètement négatif.
Des expériences qui viennent d’être rapportées, il ré-sulte : Que six préparations ou composés isaturnins, le sulfure de plomb artificiel, la galène ou sulfure de plomhnatu-^ Tel, le sulfate, Voxalate, le borate et le tannate de plomb, essayés à des doses nécessairement toxiques, si cés substances eussent été vénéneuses, n’ont produit sur les animaux vivans aucun effet délétère,bnt agi comme l’auraiènt'= fait du sable fin, de la terré desséchée ou d’autres matières absolument inertes (1).
J’ai donc eu parfaitemeiit raison,^ j’étais donc bien eh. droit de poser en principe, comme je l’ai fait en commençant : Que toutes les préparations de plomb ne sont pas vê-
(i) Depuis que ce mémoire est rédigé, j’ai continué avec M. Rey à expérimenter sur des chiens l’action des sels insolubles de plomb. Toutes nos dernières expériences ont confirmé de la manière la plus posiüve l’opinion qui vient d’être émise. Nous continuons cette expérimentation, et nous en ferons connaître tous les résuÜaU dans un mémoire qui ne tardera pas à être publié (Abfe de M. Dupasquier).
EMPOIEGNISEMENI
néneuses, et quun assez grand nombre de composés saturnins , même à très haute dose , n exercent aucune action toxique sur les animaux vivans, et ne sauraient par conséquent agir comine des poisons sur les organes de l’homme (i).
. Ce point bien établi, j’arrive à la deuxième question.
1° Est-il certain que Jacques Pouchon ait subi l’influencé - d’un poison saturnin et que sa mort en ait été la conséquence?
Il est certain, ont dit les experts, dans l’article 4 des conclusions àe leur vappoi% U est certain que Jacques Pouchon a, dû subir l’influence du poison, et la mort èn être la conséquence^ soit que le poison lui-même en ait été la cause, soit que la maîadie à laquelle Pouchon était en proie depuis fort Iong^-temps en ait épiuauvé: une aggrayalion sérieuse.
Si les experts eussent dit : il est que Jacques
Pouchon a subi i’influence d’üri poison, et que la mort èn été la conséquence, nls n’auraient fait qu’avancer tihe opinion parfaitement fondée, puisqu’ils avaient trouvé une certaine quantité de plomb dans les organes du défunt^ et que ce plomb pouvait surtout provenir d’une combinaison vénéneuse de ce métal. Mais, je je dis sans hésitation et avec, la conscience de remnlir un devoir en. défendant la vérité, par une affirmation nette et positive comme celle formulée dans le passage qui vient d’être cifé, iis ont outrepassé les limites du vrai, ils sont arrivés à une conclusion insoutenable devant les faits, et qu’il peut être permis à la défense de qualifier d’erreur (i).
(x) Nous verrons a l’ai tiele Réflexions, ce qu’il faut penser d’une proposition aussi absolue. .
(fl L’originaUeçonüent pas ces mots, et qu’il peut être permis à lu' defense de qualifier d'erreur.
Non, assurément, il n’est pas certain que Jacques Pouchon ait subi l’influence d’un poison et que sa mort en ait été la conséquence I Cela n’est pas certain, puisqu’on ignore quelle était la préparation de plonrb qui a-fourni le métal trouvé par les experts dans leur analyse, et qu’un assez grand nombre de combinaisons saturnines n’agissent sur les organes digestifs qu’à la manière des substances inertes; cela n’est pas certain, car les symptômes morbides qui ont précédé la mort de Bouchon, et les signes cadavériques observés à l’ouverture de son corps ne sauraient constituer une preuve et fournissent à peine une simple probabilité, que sa dernière maladie ait été produite ou rendue mortelle par la présence d’un poison dans les voies digestives. '
Quels sont en effet les symptômes qui suivent i’intro- duciion dans l’estomac des préparations de. plomb d’une nature vénéneuse?
Laissons parler à cet égard le savant doyen de la Faculté de médecine de Paris :
« Quand les sels solubles de plomb, dit M. Orfila, sont introduits dans le canal digestif, ils sont absorbés et produisent des effets forts différens suivant qu’ils ont été pris à des doses faibles ou fortes. Dans le premier cas, ils ne développent d’accidens <|ue quelque temps après leur administration , et ces accidens sont ordinairement la colique des peintres, l’arthraigiefi}, la .paralysie, l’anesthésie (a) ou l’encéphalopathie salurnine(3).—Si au contraire
(i) Douleurs dans les articulations, perversion de la contractilité.
(a) Par anesthésie on entend la. perversion de la sensibilité des organes des sens et des autres organes de la vie de relation, sans que pour cela ils cessent d’entrer en action d’après des déterminations volontaires.
(3) Dans l’encéphalopathie saturnine, il peut y avoir tour'à.-tou r
la dose a été forte, ils donnent lieu, presque immédiatement après leur ingestion, à des symptômes analogues à ceux que déterminent les poisons irritans, et la mort peut survenir au bout de quelques heures, alors même qu’on laisse aux animaux la faculté de vomir. Les animaux qui avalent de l’acetate de plomb solide, à la dose de 4o à 5o grammes et qui en rejettent une partie par le vomissement , succombent à-la-fois à rinflammalion des tissus du canal digesiifet aune affection du système nerveux qu’il est impossible de qualifier. Si cette forte dose d’acétate de plomb était dissoute dans l’eau, et que le sel restât assez de temps dans l’estomac pour que l’absorption ^ût; lieu, les effets meurtriers dépendraient plutôt de cette action sur le système nerveux que de l’ihflammation qu’il développerait. Quand les sels de plomb n’ont pas été pris à "asse? forte dose pour tuer en peu de temps, et qu’elle a été cependant suffisante pour déterminer des aceidens immédiats, ils se bornent en général à exciter des vomissemens, à augmènter les déjections aivines et à occasionner des douleurs dans un ou plusieurs points de l’abdomen »,(Orfila, Tmsfé de toxicologie^ tome i®?, pag. 685, 4® édit. i843). .
S Voyons maintenant, toujours d’après Orfila,. « quelles sont les lésions que déterminent les préparations « vénéneuses de plomb quand elles sont introduites dans d’estomac ? .. : .
« L’acétate de plomb, introduit;dans l’estomac à la « dose de quelques grammes, détermine Vinjlammation « d’une ou de plusieurs parties de ce viscère : tantôt la « membrane muqueuse est simplement phlogoséd à sa face libre ; tantôt l’inflammation s’étend jusqu’à la face au « moyen de laquelle elle adhère à; là tunique musculeuse
exaltation, abolition ou perversion des fonctions du cerveau, c’est-àdire delire, convulsions, assoupissement {Note de M. Dupasquier)^
« dans ce cas elle est souvent d’un rouge ti’ès foncé, et tes « autres membranes de l’estomac participent • plus ou « moins à l’inflammation. On remarque quelquefois, dans « l’intérieur de cet organe, des points ou des tachés nOi- « res, de volumes et de grandeurs variables, qu! dépen- « dent presque toujours de l’extravasation d’une certaine « quantité de sang veineux ou de finjection des vaisseaux « sanguins par le même fl.uide. Enfin, nous avons vu « dans l’estomac des animaux qui avaient pris une forte « dose de dissolution d’acétate de plomb et qui 'u’avaient w point vomi, un enduit membraneux assez épais, d’ùne « couleur cendrée, se détachant facilement en grumeaux, « dont l’origine paraissait due à la combinaison d’une B partie de l’acétate de plomb avec les fluides muqueux ^ « bilieux et autres contenus dans Ce viscère. » (Orfila, Traité de Toxicologie^ tom. v, p. 682 , 4® éd., i843). (i) '
Rapprochons maintenant de ces tableaux des symptômes et des lésions cadavériques qu’on observe à, la suite des em poison nemens par les préparations de plomb, lés symptômes de la dernière maladie de Pouchon, et les lésions signalées par les experts qui ont procédé à l’Ouverture de son corps. ^
Symptômes qui ont précédé la mort de Pouchon.
On lit dans le premier rapport que la femme Pouchon interrogée par les experts sur les symptômes qu’elle avait observés pendant la.maladie. de son mari, a répondu :
I Qu il était malade depuis environ quatre ans; ^
2 » Qu’il avait demeuré à deux reprises différentes seize mois à l’Hôtel-Dieu du Puy ;
3° Que sa maladie consistait dans des douleurs dtestomac.
(i) On ne trouve pas dans l’c par des guillemets.
riginal les 26 lignes que j’indique ici
KMPOISONNEMENT
des vomissemens très frêquens et des selles souvent sanguC nolentes i
4" Que depuis un mois ou six semaines, il paraissait reprendre des forces, qv!il rîavait pas vorni depuis plus de “Vingtjours (i) « Lorsque.trois jours ayant sa mort, après « avoir mangé une salade ^ il fut pris de douleurs vives à « l’estomac, de vomissemens noirâtres et abondons de dé~ « jeciions alvines sanguinolentes^ de convulsions, de resser- « remens dans les membres et dans les.mains, de con- “ tractions à la figure au point de lui tourner la bouche.
* Enfin, qu’il avait conservé l’intégrité de ses facultés in - « tellectuelles jusqu’à là fin.:
Après avoir rapporté ces paroles de la femme du.dé- « font, les experts ajoutent : Toutes ces circonstances nous ^ pnt été confirmées par plusieurs autres personnes témoins « des derniers momens de Pouchon.
« D’après cette déclaration des experts, il e,st évident « qu’on peut avoir foi aux détails donnés par la femmè « Pouchon sur la maladie de son mari ; il est manifeste « fi ailleurs qu’elle n’a. pas cherché à atténuer la gravité
« des faits, puisqu’elle a déclaré que son mari depuis un « mois ou SIX semaines paraissait reprendre des forces et « qu'il n'avait pas vomi depuis plus de vingtjours. Les ex- « perts, au reste, ne pouvaient douter de la réalité de l’é- « tat depuis long-temps.maladif de Pouchon , puisqu’ils . déclarent dans leur rapport lui avoir Vun et l'autre donné « tks soins pendant plus d^une année dans les salles de . PHotel-Dieu de la ville duPuy, pour une affection grave « de Cestomac. »
Je pense donc qu’il peut être permis d’admettre comme
PAR UN COMPOSE DE PLOMB, sincère, le dire de la femme Pouchon, relativement à ce qui a précédé la mort de son mari.
Les symptômes qui ont précédé la mort de Pouchon étant bien établis, voyons quelles sont les lésions qui ont été reconnues à l’ouverture de son cadavre ; je comparerai ensuite les phénomènes et les résultats de la maladie, pour savoir si l’on peut tirer de cet examen une certitude que le défunt a dû subir l’influence d’un: poison, et sa mortenêtre la conséquence.
Voici ce qu’on trouve dans le premier rapport relativement à l’autopsie du cadavre.
« L’estomac, distendu etrecouvert dans sa moitié droite par le foie qui y adhérait dans une de ses parties, nous parut altéré dans sa forme, et dans Vépaisseur de ses parois, PHÉNOMÈNES SOUPÇONNÉS d’avance ^ paice que uous avions lun et l’autre donné des soins au sieur Pouchoh pendant plus d’une année, dans les salles de l’Hôtel-Dieu de la ville du Puy, pour une affection grave de l’estomac. Cette circonstance à contribué encore à nous confirmer dans l identité du cadavre soumis à nos investigations. L’esfn ma ç ayant été ouvert avec précaution, nous avons vu à sa partie droite et en haut une large ouverture, suite d’une large ulcération cicatrisée qui conduisait dans une petite poche, formée dans sa partie supérieure par la portion du foie que nous avons dit adhérer a cet organe, et par des feuillets séreux recouverts d’une membrane muqueuse, comme il en ‘ existe dans leskystes ou tumeurs de nouvelle formation. » Peu de liquides existaient dans son intérieur et dans cette poche, mais on y voyait une quantité de petits corps durs, de forme et de consistance différentes avec quelques noyaux de cerise tachetés en noir. »
« Aucune iæsïon récente ne paraissait exister dans UÉTEN nUE DE e’esTOMAC. »
Voila les faits bien établis !
EMPOISCMNÊMENT
A en juger maintenant d’après les symptômes, et en adimettant pour un moment la supposition que le défunt ait, subi l’mfluence d’un poison saturnin ,, l’empoisonnement auraitm été lent ou aigu? S’il a «té aigu, supposition qui est seule possible, les symptômes observés ; sont-ils bien, ceux de cette espèce d’empoisonnement, et ne peuvent-ils pas se,rapporter tout aussi bien àune maladie spontanée ou naturelle ?-TT Ges symptômes ènfin correspondent-ils aux lésions trouvées dans les voies digestives, et peut-on obtenir de la comparaison de ces symptômes et de ces lirionsune certitude que Poucbon ait- subi ^influence d’un poison et que sa mort en ait été la;coriséq[uençe?' ■;
- Tels sont les points qu’il s’agit d^examiner et lés qués-tions auxquelles il faut répondre.
S’il y a eu empoisonnement, il a été aigu^ tout le. prouve. Pouçhon qui était malade depuis plus de quatre ans, éprouvait depuis quelque temps une amélioration ; il n’avait pas vomi depuis plus de vingt jours ; les symptômes considérés comme les phénomènes d’un empoisonnement ont débuté subitêment après que Pouchon eut mangé une salade ; trois jours après, il n’existait plus ! — Si l’on rapproche ces faits de la violence des symptômes observés, et si l’on compare cés symptômes à ceux qui caractérisent l’empoisonnement lent par le.-plomb, ou la colique des peintres, on devra nécessairement prononcer ^e si Pouchon a subi Tinfluence d’un; poison saturnin ^ l’empoisonnement a été aigu.
Mais les symptômes observés sont-ik ceux d’un empoisonnement aigu par une préparation vénéneuse de plomb, et ne peuvent-ik se rapporter tout aussi bien à une ma-^ ladie spontanée ou naturelle? V
On a vu précédemment, par un passage de la Toxicologie de M. Orfila, que tous les sels solubles de plomb ingérés dans l’estomac à forte dose donnent lieu, presque im-
médialement après leur ingestion , à des symptômes analogues à ceux que déterminent les poisons irritans. Or, voici queissont ces symptômes, toujours d’après M. Orfila Une ardeur et une constriclion à la’bouche , à la langue., a l’œsophage, à l’estomac et aux intestins; des douleurs atroces dans toute l’étendue du canal digestif, principalement dans l’estomac et dans l’œsophage ; le hoquet, des nausées fréquentes, des vomissemens douloureux, opiniâtres, quelquefois sanguinoiens, et qui font craindre la suffocation ; des déjections sanguinolentes avec ou sans ténesme ; pouls petit, serré, fréquent, souvent imperceptible ; respiration gênée, accélérée ; froid glacial ; quelquefois cependant chaleur intense, soif inextinguible;, dysurie, strangurie, ischurie, sueur froide, décomposition subite des, traits du visage, perte de là vue, rire sardonique, convulsions et contorsions horribles, dépravation des facultés intellèçtueîles ; assez généralement l’intensité de i’inflanamatîoh est telle, que Tes individus sont plongés dans un grand état d’abatteipent ; ils présentent à-péù-près les ' mêmes phénomènes que les malades atteints de la. fièvre àiie dynamique s incapables de fairo. le moindre effort ni de se soutenir, ils ne donnent qiie de légers signes de vie^ àïofs la langue est rouge sur. les bords , sèche , plus du moins gercée et brune à la surface süpérieufe. -— Gette dèscfipiion, ajoute plus loin M, Orfîlà', offrë le résumé de ce qui a été vu dans les nombreùx empoisohnemens par les ifritans, mais elle n’expfimè'pas ce que l’on" femarqüë'dàiis chaque cas en particulier. » (Orfija, Traité"de ioxicèlôgi, 4® édition, i843, tom. i, pag. 46). ' i
Assurément les symptômes observés'péndàntT'â fiialàdie de Pouchon peuvent être rapportés, pour la plupart, au tableau général, qu’on vient.de lire. Mais il ne ;.faut pas perdre de vue aussi que Pouchon ; était atteint d’une maladie très grave de Pestomàc , offrant à' des périodes plus
62 ElVIPOlSOlN'IN'EMENT
OU moins éloignées la plupart des symptômes qui ont précédé sa mort. J’èxamînerai bientôt si fous cés-sympiômes ne peuvent pas avoir été produits par cette même maladie et j’établirai en effet que les choses ont pu se passer ainsi!
Mais si la mort de Pouchon a été le résultat d’un empoisonnement aig^n, les lésions cadavériques devraient avoir été en rapport avec la violence des sympiômes comme cela se remarque lé plus ordiriairemen t. Or qu’a-t.. on trouvé à rautopsie du cadavre ? Les signes les plus caractéristiques d’une désorganisation produite par une longue maladie de l’estomac, pâs la moindre trace d’un empoisonnement aigu (i).
Ainsi, Pestomac était altéré dans sa firme et dans Pé^ paisseur de ses parois ^ il adhérait auJoie; il offrait en haut et à droite une large ulcération cicatrisée qui éortduisait à^su^ peùte poche, jdrrnée dans sa partie supérieure par potion du foie qui adhérait à cet organe et par dés feuilleta recouverts d’une membrane muqueu^, comme il en
qxge dans les kystes ou tumeurs de nouvelle formation.
est-ce pas là, je le demande, les signes d’une grave désorganisation de l’estomac? Les experts doutèrent si peu
^e cette désorganisation Mlle résultat dé là maladie^ téPi^re de Pouchon qu’ils ont soinài’^utér en en dééHvapt ies caractères, que ces phénomènes étaiènt soupçonnés , parce qu’ils avaient donhéPun èH’âutre
des sç^s ap sieur Pouchbn,pendant plùs ânnéé
«ans ^s salles de l’Hôtel-Dieu de la ville du Puy, pour
une^affection grave de i>stomac; Pour exprimer leur^oà^ yictipn sur ce pomt,des experts vont mêqià plus léim,
;(x| rai rapporté ^ pàg: a 5 . de ma premiW édidcm de 2^ une experiènce dans Jaauellp'/{» 1^0-. , °^ ^Toxicolo-
déterminé, un empoKonnetnentMgu et la i^t plomb ont
IWammadon dm nmmbrmrm dnlan,,
PAR UN COMPOSÉ DR PLOMB, puisqu’ils ajoutent ; cette circonstance a contribué à nous -coh- Jîrmer dans T identité du cadavre soumis à nos investigations.
J’ai dit qu’à l’autopsie on n’avait pas trouvé la moindre trace des lésions qui résultent d’un empoisonnement aigu. Ce fait, les ejsperfe l’onf exprimé d’une manière concise et qui ne peut laisser de doute en disant: aucune lésion récente ne paraissait exisrter dans Vétendue de ïestomac.
De tout ce quiprécède, on peut, ainsi que je l’ai annoncé en commençant, tirer une donclusîon contraire à celle de l’article 4 du rapport des experts, et dire.:
Non, il n’est pas certain quePouchon ait subi l’influence d’un poison saturnin et que sa mort en ait été la conséquence :
Cela n est pas certain^ parce que les préparations de plomb ne sont pas toutes vénéneuses , et que l’on ignore si le métal trouvé par les experts n’appartenait pas à une préparation saturnine insoluble et inerte.
Cela ri est pas certain , parce que Pouchon était depuis long-temps atteint d’une grave maladie de l’estomac, laquelle a pu déterminer les symptômes observés avant sa mort, symptômes dont la plupart avaient déjà été éprouvés par lui à d’autres époques; cela n’est pas certain surtout, parce que l’on n’a trouvé à l’autopsie qu’une désorganisation de l’estomac, soupçonnée d’avance par deux médècins qui avaient soigné le malade, et que cette.désorganisation était évidemment et uniquement relative à la longue maladie du défunt.
Cela n’est pas parce qu’en supposant un empoi¬
sonnement, les symptômes qui ont précédé la mort peuvent être rapprochés de ceux d’un empoisonnement aigu, et qu un semblable empoisonnement laisse, dans la plupart des cas, des traces sur les organes digestifs, tandis que, au dire des experts, aucune lésion récente ne paraissait exister *^tis l étendue de restomac.
ExMPOISONNEMENT
3“ 'La présénce d’une petite quantité de plomb dans les organes de Pouchonèst-elle une preuve irrécusable qu’il y ait éüHentaüve dlempoisonnement sur sa personne?
]\|ais, dira-t-on peut-être (et les experts sans doute ont été conduits k une affirmation positive par cette considération), il est ppssible'que le poison saturnin n’ait pas été introduit dans restpmac dp Ppuchon en, assez grande
quantité pour déterminer une inflammation vive de cet
organe , et laisser ainsi sur le cadavre des traces de son
contact et de son action toxique, mais qu’il ait pü cepen-
dant apporter une aggravation à la maladie, d’où seraient résultés plusieurs des symptômes de l’empoisonnement aigu, et bientôt la mort.
Cette supposition est très naturelle, et.je conçois qu’elle ait pu, ou qu’elle puisse être faite : la pelife quantité de plomb trouvée dans les organes, et ceUe dite] in}initésimale obtenue de la matièré des vomissemens, peuvent même donner Une certaine probabilité, à cette conjecture. Mais de ce que,cette supposition est admissible, en résulté-t-il qu’il soit certain que Pouchon a du subir J’influence d’un poison saturnin, et sa mort en être la conséquence? Non, sans doute : une supposition, une bypotbèse, ne peiU servir de base à une certitude.
^n admettant, en effet, que la préparation de plomb introduite dans l’estomac fût en très petite quantité, il reste à savoir si cette préparation était du nombre de celles qui sont jénéneuses; car si eUe ne l’était pas, elle n’a pu cffin-
tribùer à la mort de Pouchon.
On dira peut-être que préparatious de plomb d’une nature tnerte sont pour la plupart des préparations de Ja.' boratotre très peu connues des personnes qui ne s’occupent pas de science, et qu’il est très difficile de,comprendre comment elles auraient pu être introduites dans les,
. PAR IJN COMPOSÉ DE PLOME. - 63
organes digestifs de Pouchon. Cela est vrai, en effet, pour plusieurs, mais non pour tous : îa galène ou sulfure naturel et Je sulfate de plomb sont des matières très communes employées dans plusieurs arts. On sait, en outre, que le sulfate de plomb est le résultat d’une composition , celle du mordant de rouge , qui se prépare fréquemment chez les teinturiers, les indienneurs, etc. Je dirai donc avec M. Orfiia : Il h" est pas à la rigueur impossible que le métal extrait de l’estomac et des intestins ait fait partie de quelque préparation de ce^e«rc(Consultation pour Rittinghausen).
Mais supposons, ce qui est d’ailleurs beaucoup plus probable, que la préparation de plomb introduite dans l’estomac était d’une nature vénéneuse j qu’elle était en trop petite quantité pour déterminer des lésions cadavériques, quoiqu’elle ait pu cependant exaspérer la maladie et déterminer la mort. Cette supposition entraîne de nouveaux doutes.
Je ne dirai pas que le plomb trouvé dans les organes de Pouchon pouvait être du plomb nonmal : l’existence dé ce métal dans le corps de l’homme, à J’état de substance élémentaire, a été annoncée comme un fait réel, mais ce n’est, là encore qu’une question en litige (i).
(x) L or,gmal porte : cérüétaît là qu’une erreur que n^iennent
, ; Tr ul travail tout
a^rn de l’Académie des sciences, séance du =.4
flu’il ^ M.Dupasquier ajoute la note suivante,
- bL . On ne peut attri-,
.buer qua quelque accident de l’analyse chimique la croyance où « deux oxicolopstes ont été, relativement à l’existence du plomb
» Tw de^M TrT suivant de îa
M. Orfila prouve avec quelle réserve il faut se pronojersur existence du plomb, quand ™ eu découvre dans les or-
M OrllaTn t asse^ insister, dit
Lfefct se rapporte aux recherches méico-
egales concernant les sels de plomb, sur la nécessité de s’assurer, avant
66 EMPOI^NNEMEüïT
Les experts, d’ailieurs, ont rendu cette supposition du plomb normal impossible, en démontrant la présence de ce métal dans la matière des vomissemens et ên faisant une rècherche comparative (recherche qui h’a donné que des résultats négatifs) sur un autre cadavre que celui de Pouchon.
Je ne dirai pas non plus qu’une préparation de plomb a pu être méchamment introduite dans les organes digestifs de Pouchon après sa mort, bien que la présence inexplicable d’une assez grande quantité de sable dans son -estomac puisse autoriser une semblable supposition : cette conjecture n’est pas admissible après la découverte du plomb dans la matière des vomissemens.
Mais, si l’on ne peut objecter de semblables suppositions , il en est d’autres qui sont tout-à-fait naturelles, et qui méritent d’être prises en très grande considération.
Le plomb peut se trouver accidentellement dans plusieurs alimens , de même què dans les boissons dont on
d entreprendre les expériences, que:le papier à filtrer, dont on fera usage, ne contient pas un jcpmposé plomb^ue. On trouve, en effet dans le commerce, des papiers Joseph, en apparence fort beaux, qui renferment une proportion ' de plomb, souvent plqs considérable qui celle que Von retire des organes des animaux empoisonnéspar un selplombzque; aussi, m’est-il souvent arrivé, avant d’avoir porté mon attentionsur ce point,' et en me servant de pareils papiers, d’obtenir du plomb, alèrs même que je traitais par l’eau .bouillante seulement, des organes .d’animaux non empoisonnés. Il suffisait , même de faire-fiUrer rapidement à travers ces papiers de l’eau aiguiséé d’acide chlorhydrique ou'.d’acide acétique pour que la liqueur .précîpitât.abondamment en noir par l’acide sulfbyérique. A combien d’erreurs graves ne s’exposerait-on pas si l’on méconnaissait .l’importance-d’un pareil résultat {Toxicologie tom' pag.é97, 4 « édition, 1843). {Note de M. Dupasquier ) ° '
. .La modification de lasuppression de ces passages par M Dupasouier 5 m ïïtTffin P-M-» depuis
,uUuuou.u.,u. m5. «L
fait communément usage. — Dans les alimens, il peut provenir de leur séjour dans un vase anciennement étamé avec un étamage riche en plomb : M. Oriîla a démontré, contrairement à l’opinion de Proust, que ce cas était possible.
L’eau qui a séjourné dans des réservoirs en plomb ou quia couru dans une longue conduite de ce métal, peut en contenir une quantité très notable à letat de bi-carbonate de plomb, lequel étant soluble peut agir comme poison. On sak que Barruel a retiré deux onces de carbonate de plomb de six voies d’eau qu’il avait laissées pendant deux mois dans une cuve doublée en plomb. M. Christison, tout récemment, a trouvé du carbonate piombique dans une eau de source qui coulait librement dans une conduite en plomb.
II n’est pas rare que le vin, et surtout le vin blanc, soit rendu vénéneux par une addition de iitharge (protoxjde de plomb), qu’on y ajoute pour atténuer son acidité. ^
^ Les préparations de plomb sont administrées, soit à l’extérieur, soit à l’intérieur, dans un assez grand nombre de maladies ; l’acétate de plomb à l’intérieur est prescrit quelquefois à des doses suffisantes pour qu’il puisse être trouvé dans les organes par l’analyse chimique'(i)
de ce mémoire, et peu de jours avant l’ouverure des débats relatifs a l’affaire Pouchon ,.il a été établi que des laveme^dans lesquels 1 acétate neutre de plomb entrait à la dose de quatre g ammes, avaient ete administrés à Pouchon pendant sa maiad^ie ét lor^u ü se trouvait à l’b^tal du Puy. Cette cLnstance , qultLlt al appui des. reflexions qü’on vient de lire, a fait beaucoup delnsatiou outefois, il était important de remarquer que l’administration de ces
ora?e“ Tfe"T ma déposition
Il n’est pas dit, à la vérité, dans les pièces qui m’ont été soumises, que Pouclion ait reçu les secours d’un médecin dans les derniers temps desa^ie ; mais il peut avoir écouté les conseils des bonnes femmes qui, dans les campagnes surtout,environnent le lit des malades, et ne se permettent que trop souyent d’administrer des remèdes dont elles ne connaissent ni la nature ni l’action.
N’est-il pas possible aussi qu’une préparation de plomb
1° Le plomb qui a été trouvé dan,s les organes de Poitchonpouvait-'d provenir de l’acétate de plomb administré en lavement a plusieurs reprises, et chaque fois à la dose de quatre grammes, il y a une quinzaine de mois? -
Réponse, Dans l’état actuel de la science, il est itnpossibîe à’affirmer ou de nier que le plomb découvert densTes organes du défunt provenait de l’acétate plombique administré en lavement. Voilà ce qu’oa sait à cet égard : — Quand on met en contact de l’acétate de plomb avec la muqueuse gastro-intestinale, une portion-de ce sel est absorbée, passe dansJa circulation, puis est enfin éliminée:par les urines,, la salive, le mucus gastrique, etc.; une autre portion du sel agit cbimiqnement sur la memlyane muqueuse, et, comme si elle n’était pas vivante , se combine avec elle, et forme un composé d’oxyde ou dê sous-acétate de plomb et de matière organique. Quanta la persistance de cette combinaison plombe* organique, voici ce que robservaiion et l’expérience onr'appris sur ce point: —■ M. Orfila, dans un mémoire lu à l’Académie royale de médecine en iSSg, a reconnu que l’acétate et l’azotate de plomb donnés à petite dose à des chiens vivans développent au bout de deux heures sur la muqueuse de restoroac et quelquefois mêine sur celle des intestins, une série de points blancs qui sont composés de plomb et dé matièrnorganique. Au bout de trois ou quatre jours, ces points sont absorbés et disparaissent en totalité ou du moins en grande partie. — En laissant vivre pendant dix-sept jours des cl^ns soumis à l’action de ces poisons, on ne distingué plus la moindre trace de points blancs, mais si Ton fait bouillir lès tissus pendant une demi-heure avec de l’acide azotique à 3 o degrés étendu de son volume d’eau , il se produit une assez grande quantité d azotate de plomb, pour qu’il soit permis dépenser qu’on aurait pu trouver une partie du plomb ingéré, même un mois apres l’empoisonnement, en employant l’acide azotique (Orfila, Traité 4e édition, tom. i, pag. 694-690).
PAR IjN composé de PLOMB. 69
ait été donnée à Pouchon par mégarde ou qu’il l’ait prise lui-même ? Le vinaigre qui a servi à faire la salade, mangée par Pouchon peu de temps avant lesaccîdens qui ont précédé la mort, n’avait-il pas été en contact avec un vase de plomb?—N’a-t-il pas pu arriver, enfin, qu’un droguiste ignorant, comme le sont généralement les vendeurs de drogues dans les petites villes et dans les villages, ait vendu de l’acétate de plomb pour un autre sel non vénéneux.
II resuite de ce qui précède qu’il est possible de retrouver dans la muqueuse une partie du plomb ingéré à l’état d’acétate ou d’azotate, même un mois après l’empoisonnement. La science, que je sache, n’est pas allée au-delà. Mais n’est-i! pas raisonnable de supposer que si l’on trouve du plomb fi.vé dans la muqueuse un mois après son ingestion, on pomra by retrouver aussi aprè^eux mois, trois mois, six mois, quinze mois et même davantage.— Un fait qui a de l’analogie avec, celui dont il est maintenant question tend à démontrer que cette supposition n’est nullement déraisonnable. Quand on administre du nitrate d’argent dans le traitement de l’épilepsie, au bout d’un temps plus ou moinç long, et bien qu’une partie du nitrate d’argent soit éliminée par les matières excretees, ia peau du malade et même d’autres organes, prennent une ne disparaît plus, qui est, en quelque sorte indelebiIe. Or, à quoi attribuer ce phénomène si ce n'est à la fixation d une partie de l’argent combiné à l’état métallique ou à 1 état d’oxyde a la matière organique vivante. Je sais que Inexistence de l’argent dans la peau n a pas été prouvée par l’analyse chimique, mais cétte supposition n est-elle pas tout-à-fait probable Or, ce qu’on peut admettre pour 1 argent, pourquoi ne l’admettrait-on pas pour le plomb. —En résumé il est à la rigueur possible qu’une partie du plomb administré dans les lavemens ait été retrouvée dans les tissus organiques quinze mois apres leur administration.
Le plomb^ trouvé en quantité infinitésimale dans la matière des vornissemens, pouvait-il provenir des lavemens æacétate de plomb OUI SI les vomissemens eussent eu lieu peu de jours après l’administration des lavemens; car alors une parüe du plomb absorbé devâitêtre éliminée avec le mucus gastrique et la salive; mais nprès quinze mois, si Ion peut admettre encore qu’on retrouve le plomb fixé dans le tissu de la muqueuse, on ne conçoit plus sa présence dans la matière des vomissemens. {Note de M. Dipasquier.)
par exemple pour du nitrate de potasse? De semblables accidens ne sont que trop fréquens : je sais, par exemple,, qu’un herboriste de cette ville a vendu du sulfate de zinc pour.du hitre, et qu’il estrésulté de cette erreur des accidens extrêmement graves (i).
■ EM RÉSUMÉ, il est à la rigueur possible que la petite quantité de plomb trouvée dans les organes de Povx:}ion fit partie dune combinaisonvénéneuse ou non vénéneuse, intro-f duite accidentellement dans les voies digestives, et non par Veffet d une intention criminelle.
4° La mort de Bouchon el les symptôme^ qtd Vont préçédêe ne pèuvént^ils dexpliquer en les considérant comme l’effet de la maladie dont il était atteint depuis plus de qüdtre ans, aussi bien qu’en les attribuant à l’influenceidune préparation saturnine ? ,
, Si i’on posait à un médecin la question suivante^ dégagéede ' toute suspicion d’empoisonnement, que répondrait-il ?
Un homme était malade depuis plus de quatre ans d’une grave affection de restomac traitée pendant plus d’une anijee dans un hôpital par déux médecins qui pensaient trouver à Tautopsie une désorganisation dé%e viscère.
Cet homme éprouvait, pour symptômes ordinaires desa.J maladie, des douleurs destomae, des vomissemensfréquensv selles souvent sanguinolentes. Cet homme, depuis un
(i) Si le plomb trouve chez Pouchon eût été apporté par les alîmens = par beau ou. par le vin, il serait bien extraordiuaireOque parmi les diverses, personnes qui ont fan usage d’aUmens préparés daL des vases
anciennement étames avec un étamage riche en plomb, ou d’eau et de
vin hthargircs, aucune n’eût été inc^
d un^teanr plombique, peu de jours avant l’invasion de la maladie, M. Dupasqu.er sait très bien qu’elle n’a pas eu lieu. Restent doL
mois ou six semaines, paraissait reprendre des forces et n’avait pas vomi depuis plus de vingt jours lorsque, api’ès avoir mangé une salade, il fut pris de douleurs vives à Vestomac, de vomissemens noirâtres et ahondans, de déjections aîvines sanguinolentes^ puis de convulsions, de resserre— mens dans les membres et dans les mains, de contractions à la'figure au point de lui tourner la bouche. Après trois Jours de ces accidens, cet homme mourut, ayant conservé jusqu'au bout l’intégrité de ses facultés intellectuelles. ,
Si, après la description des symptômes de la maladie de cet homme, on ajoutait qu’à l’autopsie on a trouvé Vestomac allérédans saforme et dans Vépaisseur de ses parois, adhérent au foie, offrant a droite et en haut une large ouverture suite', dlune ulcération cicatrisée, ouverture qui conduisait dans une petite poche formée dans sa partie supérieure par la portion du foie qui adhérait à cet organe, et par desfeuillets séreux recouverts d’une membrane muqueuse comme il en existe dans les kystes ou tumeurs de nouvelle formations —Si ^ l’on terminait cette description en disaiit : aucune lésion récente ne paraissait exister dans fintérieur de l’estomac.
Les faits ainsi posés, je demande de nouveau ce que répondrait un médecin à qui l’on aurait fait une semblable question ;
Ce qu’il répondrait, je vais le dire sans crainte d’être démenti : ^
Cet homme était atteint d’une désorganisation. très grave de l’estomac ; il est raisonnable de penser que cette maladie devait tôt ou tard entraîner la mort. —Il amangé un aliment irritant et indigeste(une salade) qui a trèspror bablement ramene : les accidens avec - pl us de violence ; une hémorrhagie s’est sans doute opérée dans l’intérieur de l’estomac, ce qui a produit les déjections alvines sanguinolentes ; sans doute aussi le sang rassemblé dans l’estomac s’est altéré, a pris une couleur noirâtrej comme cela
arrive d’ordinaire dans le melœna qui .est, un symptôme des graves désorganisations gastriques. Les VQmissemens ayant été très abondans il a pu survenir^ comme â la suite des bémorrbàgies très graves, de violentes attaques.de choléra-morbus sporadique, etc., un trouble nerveux caractérisé par des mouvemens convulsifs (i).
Supposons maintenant qu’après cette réponse on dise
à ce même médecin :
Mais, vous devez être prévenu qu’après l’autopsie de l’individu sur la maladie duquel on vous a interrogé, on a trouvé, en procédant à des recherches chimiques, une petite quantité de plomb dans les voies digestives et Une quantité infinitésimale du même métal dans les matières rejetées par le vomissement. On vous demande maintenants’il est certain que le malade a.subi l’influence d’un poison, et si sa mort a dû en être la conséquence?
Si le plomb faisait partie d’une composition vénéneuse de ce métal, répondra, je n’^n doute pas, ce médecin , il . est présumable:, il est môme très vraisemblable qu’il a ^ contribué à la violence- des symptômes et à la terminaison fâcheuse de la maladie. Mais rien ne le prouve,; et comme la gravité dés symptômes et la mort qui les a sui^ VIS peuvent parfaitement s’expliquer pm- la maladie anté^ ;:
^(i) M. Cruyeiihier décrit ainsi ce qui peut arriver dans l’ùlcératiônfc
chromque de 1 estomac : « Une perforation spontanée est très la suite de ces ulcérés mais, presque toujours des adhérpn T s’établissent entre Pest^iac et ies parties foration; le plus souvent c’est v
snbstanee; la P^te de;;
qqes n’occupent guère que la naroi • i ’ chrnâi-
voisinage de l’orifice pylorique uL î ^ petite courbure et le
stomacbi,jue et l'arlèrc snléQio,,. - l artere coronaire,
oM.ou,em don„4 Ueu i aae
PAR UN COMPOSÉ DE PLOMB, rieure du défunt, qui était siqet à des vomissemens fréquens, à des déjections alvines sanguinolentes, on ne peut vraiment pas affirmer d’unê manière absolue qu’il ait subi l’influence d’un poisdn , et que sa mort en ait été la conséquence.
Cette réponse est celle que je ferai relativement à la maladie et à la mort de Pouchon.
Résumé général.
De tout ce qui précède, je tire les conclusions suivantes r
1 ° Toutes les préparations de plomb ne sont pas vénéneuses ;
2 ” Il est un assez grand nombre de composés saturnins qui, même à très Êaute dose, n’exercent aucune action toxique sur les animaux vivans , et ne sauraient, par conséquent, agir comme des poisons sur les organes de l’homme ;
3° Il n’est ^as certain que Jacques Pouchon ait subi J’influence d’un poison saturnin et que sa mort en ait été la conséquence, car le plomb trouvé par les experts, pouvait a la rigueur appartenir à ûne composition inerte de ce métal ;
4 II n est pas certain que le plomb trouvé par les experts, même en supposant qu’il appartînt à une préparation vénéneuse, ait été administré au défunt dans une intention criminelle, car il est possible We son introduction dans l estomac soit le résultat d’une circonstance purement accidentelle ;
5 Un est pas certain que Pouchon ait subi l’ihftuence. ^ d’un poison et que sa mort en ait été la conséquence, car la violence des symptômes qu’il a éprouvés et ,sà mort prompte peuvent s’expliquer parfaitement par la” grave maladie gastrique dont il était atteint, laquelle à pu déterminer les symptômes observés avant sa fin , symptômes
dont la plupart avaient déjà été éprouvés par lui à d’autres époques ;
6° Enfin, on peut d’autant moins affirmer que Pouchon a subi l’influence d’un poison, qu^à l’autopsie on n’a trouvé que les signes d’une ancienne désorganisation gastrique, et' nulle apparence de lésion récente de l’estomac, L’absence dune lésion récente de cet organe, lésion qui est ordinairement en rapport avec la violence des symptômes, ne peut prouver cependant, à la rigueur, qu’il n’y ait pas eu empoisonnement, mais elle autorise bien moins encore à affirmer que cet empoisonnement est certain, et que la mort en a été la conséquence (i y .
Lyon, le 4 juin 1843.
Dépositions scientifiques faites an Puy dans V audience du ; août 1843 .
MM. Reynaud^eiPorraf médecins distingués du Puy, et M.Barse chimiste babiie déRiom, rendent compte des opérations dont ils ont étéchargés et dont les détails sont consignés dans, les deux rapports que j’ai fait connaître. Ik terminent en déclarant que dans leur opinion la mort de Pouchon doit être attribuée, non à l’affection dont il était atteint et qui avait presque disparu, mais à un empoisonnement par un sel de plomb. à « M. Dupasquier. Consulté par la défense, qui m’a com-
(t) Ô0 remarquera sans doute la différence qui existe entre les coufusions de ce mémoire et celles qui terminent la déposition faite par M. Dupasquier au Puy.Iei le doute est absolu, et ne laisse nlaee ' ^
le fmt del empoisonnement, bien que cet empoisonnement soit rendu
ÇToh^bïe et mem^ très probable par la découverte du plomb dans les -organes de Pouchon et dans la matière des vomissemLs I Som
. “Pasquior,s est borne de nouveau à émettre des doutes(^ p. 236)!
muniqué trois pièces : i° le procès-verbal dei’exhumatioQ du cadavre de Pouchon, 2 ° le rapport de MM. les docteurs Reyuaud et Porral, 3° le rapport de MM. Reynaud, Porral et Rarse^ J ai vu que cette affaire soulevait une question neuve de médecine légale, et j’ai cru, en conséquence, qu’il était de mon devoir de faire connaître mon opinion, contraire en un point très important, à celle émise par les experts dans le dernier rapport.
« Cette opinion, du reste, est complètement indépendante des détails de la cause, dont je viens, pour la,première fois, de prendre connaissance, en écoutant la lecture de l’acte d’accusation. ,
« Je m’empresse d’abord de reconnaître qu’omne pouvait apporter plus de soin et plus de méthode dans les yc' cherches chimiques qui ont été faites,, sur les .organes de, Pouchon : après, la lecture des détails relatifs aux nombreuses expéi'iences faites par les,experts, je suis moimême resté convaincu qu’il, existait dans le cadavre du défunt une certaine quantité de plomb, sans doute à l’état de combinaison combinaison d’ailleurs non reconnue et non déterminée, même comme substance, saturnine soluble ou insoluble.
« Je n’ai donç aucune observation critique à présenter sur la substance de ce rapport : c’est seulement dans ses
conclusions (juai me paraît attaquable.
* Les experts, dans leurs conclusions, ont dit : Lès priparations de.plomb étant, à des doses plus ou moins considérables, toutes vénéneuses, il est certain que Jacques Pouchon a dû subir l’influence du poison, et la mort en être la conséquence, soit que le poison lui-même en ait été la cause, soit que la maladie à laquelle Pouchon était en proie depuis fort long-temps en ait éprouvé une aggravation sérieuse.
Cette partie du rapport, je le répète, ne me paraît c
pas justifiable au point du vue de la science ; elle ren--
ferme, en'effet, des assertions très contestables', assertions^
qui^ont au mpins formulées d’une manière beaucoup trop
affirmative.
« Ainsi, d’après les. faits, je puis établir en principe, d’une manière oette, précise et contrairement à l’opinion dès experts ; « Que toutes los.^préparations de plomb ne « sont pas vénéneuses, aï qu’un assez grand nombre de tt composés saturnins, même à très hautes doses, n’exereent « aucune aetion toxique sur les animaux vivant et ne sau- « raient par conséquent agir comme des poisons sur los
« organes de l’homme. »' -
« La science, il est vrai, ne s’était point encore nettemenrprononcêe sur celte question ; mais j’ài fait un âîipei à i’expériencej qui l’a tranchée de la manière la plus po- ' suive. Il résulte, en effet, d’expériences-nombrèuses que j’ai faites avec M. Rey, professeur de pathologie à fôcolè vetennaire de Lyon, que « tous les composés de plomb,
« insolubles dans l’eau et inatlaquabJes par lès liquides « contenus dans l’appareil digestif, ne sont pas vénéneux,
« même à très haute dose, et n’agissent pas autrement que « le feraient du sable fin, de la terre desséchée, ou d’àü- « tresmatièresabsolument inertes: tels sont, par exemple,
« lesulfure de plomb.artificiel, le sulfure nàturel ou ga- « lène, le sulfate, l’oxalate, le phosphate, le borate eflé ^ « tannai^e de plomb. »
‘ fp Wé^nce de faits aussi positifs, if n'est donc pas : ^sstble de dire que toutes les prépàratious de plomli" étant, ades doses plus ou moins considérables, toutésTé-'
1 tuflueuce d un po.son, et sa mort en être la conséquence, car ou tguore complètement si le plomb trouvé dans e ' m^^f^t partle-d'une composition satu^iue soluble "
« Maïs ce n’est pas tout : à ce doute, qül0rifirme la .concîuslon si positive des experts, viennent sVn-joindre d’autres qui méritent aussi quelques considérerons de la part de MM. les jurés. -t
« Si MM. les experts eussent dit : Il est p^robable, il est extrêmement probable que Jacques Pouchori a subi l’influence d’un poison, ils n’auraient fait qu’avancer une opinion parfaitement fondée, puisqu’ils àvaignt trouvé une certaine quantité de plomb dans les organes du défunt, et que ce plomb pouvait surtout provenir-d’une combinaison; vénéneuse de ce métal. Mais je le dis sans hésitation, et avec la conscience de remplir un devpir qn défendant la vérité, par leur aflB.rmalion nette et positiYe, iis ont outrepassé les limites du vrai, ils sont arrivés à une conclusion insoutenable devant les faits.
O Indépendamment, en efFèt , de ce que tous les sels de plomb ne sont pas vénéneux; il résulte dé la lecture des pièces qui m’ont été soumises, que Jacques Pouchon était atteint depuis quatre ans d’une très grave affection de l’estomac, affection pour laquelle il avait été traité à plusieurs reprises à l’hôpital du Püj.
tt Ce fait est reconnu par MM. les experts eux-mêmes. II est d’ailleurs parfaitement établi par les détails de l’aütopsie. On lit en effet dans le procès-verbal d’exhuma^ tion: «L’estomac, distendu et recouvert dans sa moitié droite par le foie qui y adhérait dans une de ses parties, nous parut altéré dans sa forme et dans l’épaisseur de ses parois, phénomènes soupçonnés d’avance, parce-que nous avions l’un et i’aùlre donné des soins au sieur Pouchon pendant plus d’une année, dans les salies de i’iîdtel-Dieu de la ville du Puy, pour une affection grave de l’estomac. Cette circonstance a contribué encore à nous confirmer dans l’identité du cadavre soumis à nos investigations. L’estomac ayant été ouvert avec précaution, nous avons
, EMPOlSOîfNEMEj^T VU à la partie droite et en haut une large ouverture suite dune grave ulcération cicatrisée, qui conduisait dans une petite poche formée dans sa partie supérieure par la portion du foie que nous avons dit adhérer à cet organe, etc. » Aucune lésion récente ne paraissait exister dans l’étendue de l’estomac.
« Je le demande, en présence d’une aussi longue et aussi grave maladie, à la vue d’une telle désorganisation, n’j avait-il pas lieu de supposer que la mort de Pouchon et les symptômes qui l’avaient précédée pourraient bien en avoir été tout simplement la conséquence? Ce doute, ne devait-il pas encore s’accroître de cette circonstance remarquable, cÿx'aucune lésion récente ne paraissait exister dans l étendue de l’estomac. -
« En effet, quels avaient étéles symptômes qui ont précédé la mort de Pouchon ? Les voici : sa maladie ordînLe était caractérisée par des vomissemens très fréquens, des douleurs d estomac, des selles souvent sanguinolentes. Depuis un mois ou six semaines, il paraissait reprendre des forces; il navait pas vomi depuis plus de vingt jours,
salade, .1 fut pns de douleurs rives à IWemao, de vomisseutens noirâtres et abondans, de déjections alvines san- Sninolentes, de convulsions, de resserremens dans les membres, etc.
. doute ces symptômes peuvent se rapporter à un
jpoisouuement aigu par les toxiques irritant, comme le sont les préparations solubles de plomb à haute dose mats n etaient-ils pas pour la plupart ceux que le malade
Les phénomènes nerveux seuls pourraïüt s
P urraient se rapporter
PAR UN COaiPOSÉ DE PLOMB. 79
plus particulièrement a 1 action d’une préparation dè plomb ; mais ne les observe- t-on pas aussi dans les attaques de choléra-morbus sporadique, et ne peut-on pas supposer que Tingestion d^un aliment indigeste, comme une salade, a pu détérminer une affection de cette nature, si l’on considère surtout la maladie si grave de l’estomac dont -Pouchon était atteint depuis quatre ans?
« En résumé, et d’après la seule appréciation de la science, il n’est pas certain que Pouchon ait subi l’influence d’un poison saturnin , et que sa mort en ait été la conséquence.
« Cela n est pas certain , par la raison que les préparations de plomb ne sont pas toutes vénéneuses, et que l’on ignore si le métal trouvé par les experts n’appartenâit pas à une préparation saturnine insoluble et inerte.
« Cela n’est pas certain, parce que Pouchon était depuis long-temps atteint d’une grave maladie de l’estomac, laquelle la pu déterminer les symptômes observés avant sa mort, symptômes dont la plupart avaient déjà été éprouvés par lui à d’autres époques ; cela n’est pas certain, surtout, pai’ce que l’on n’a trouvé à l’autopsie qu’une ancienne désorganisation de l’estomac, soupçonnée d’avance par deux médecins qui avaient soigné le malade, et que cette désorganisation était évidemment et uniquement relative à la longue maladie du défunt.
« Cela n’est pas certain , enfin, parce qu’en supposant un empoisonnement, les symptômes qui ont précédé la mort peuvent être rapprochés de ceux dW empoisonnement aigu, et qu’un semblable empoisonnement, dans la plupart des cas, laisse des traces évidentes sur les organes digestifs, tandis que, au dire des experts, aucune lésion recente ne paraissait exister dans l’étendue de l’estomac.
.11 reste donc un doute, un doute bien fondé, sur le
laitde l’empoisonnement, bien que cet empoisonnement
soit rendu probable, et même très prohable.y ipdLV la découverte du plomb dans les organes de Poucbon, et dans la matière des vomîssemens. » , - ■
— M. Orfilae^t introduit, et s’exprime en ces termes: — « Monsieur le président, ne connaissant que d’une manière vague les circonstances qui ont précédé et suivi la mort de Pouchon , Je vous prierai de vouloir bien m’indiqueî- en abrégé les opinions émises par les divers experts qui ont été entendus, ainsi que les observations présentées par M. Dupasquier.»
M. Jules Barse est rappelé pour rendre compte, en pré- • sence de M, Orfila,de5 opérations de l’expertise et pour reproduire les objections faites par M. Dupasquier. M. Barse, après, avoir rempli cette tâche, continue ainsi :
« Qu’il me soit permis d’occuper les momens de la Gou” pouf répondre à l’une des objections faites par M. Dupasquier; Je serai bref, car j’ai hâte d’entendre la parole du savant qui ya bientôt faire jaillir la lumière de,tous les points obscurs de cette cause.
« Selon M. Dupasquier, j’ai retiré des organes de Pouchon nxïe petite quantité de plomb : j’ai obtenu des vomissemens une quantité infinitésimale de ce métal et M. Dupasquier a tiré celle conséquence, qu’une petite quantilé de plomb ne-peut pas motiver nos conclusions : j’espère ramener le chimiste de Lyon à une opinion contraire en relatant exactement les faits. J’analyse ici mon rapport écrit, et je compte ; i“ en traitant le bouillon des organes par le nitrate'de potasse pour le soumeure au procédé de Marsh , il se produit une quantité de sel de plomb au contact de l’acide sulfurique, telle que cette combinaison éveille immédiatement mon attention quoique cette combinaison fût mélangée dans un liquide encore coloré, épais, dans lequel je ne soupçonnais pas la presence de ce métal ; a» en traitant une autre partie de
ce bouillon'd’organes par l’acide azotique, puis par l’acide sulfurique , des phénomènes semblables et encore plus fràppans se présentent, et me déterminent a des recherches spéciales sur le plomb. J’emploie dès-lors les réactifs propres à la manifestation de ses caractères ;
3 ° Par l’action du gaz acide sulftiydrique j’obtiens un sulfure de plomb noir ;
40 J’emploie l’iodure de potassium : il se produit un iodure de plomb jaune ;
5 ° J’emploie les carbonates alcalins ; iis donnent lieu à un précipité de carbonate de plomb ;
6 ° Je verse del’acide sulfurique, qui fait naître un précipité de sulfate de plomb; :
7° Jusqu’alors je n’ai agi que sur le bouillon des organes; reprenant les résidus solides, je les incinère, je réduis le métal à l’état de globules en tel nombre que je ne songe même pas à pouvoir les compter ;
8® Je prends une nouvelle portion d’organes et je les carbonise sans aucun agent : il en sort un culot de pi,omb , qui , étendu sous le marteau, prend îa dimension d’une pièce de cinq sots ! '
9° Dans le charbon qui accompagne ce calot, se trouvent des globules métalliques : c’est encore du plomb. Au moyen de ces globules, je prépare du sulfure, de Viodure, du carbonate et du sulfate de plomb.
Ici je m’arrête: je compte seize réactions parfaitement indiquées dans le rapport écrit ; dans ces seize réactions, le plomb s’est présenté d’une manière appréciable aux sens de la vue, du toucher ; parmi ces seize fractions de plomb, il en est une qui a la dimension d’une pièce de cinq sous î Voici pour le plomb extrait des organes. Passons au plomb extrait des vomissemens.
Le paquet n° i est carbonisé ; on y aperçoit des globules métalliques. Le produit de ces globules, traité par l’acide
acétique est fractionné en trois parties égales: dans l’une d’elles 1 acide suifhydi'ique fait naître un précipité noir très distinct. L’iodure de potassium et l’acjde sulfurique appU« ques sur les deux autres fractions exercent une influence telle que les effets sont peu appréciables: le précipité de sulfate est insensible, le précipité d’iodure est infinitésimal.^ mais ces phénomènes s’expliquent par la nature même de ces réactifs, qui ont la propriété de redissoudre le précipité de plomb quand ils sont en excès. Néanmoins il reste le sulfum noir, que je représente à cette audience à M. Dupasquier : il reconnaîtra comme moi que cette quantité est parfaitement-appréciable , et qu’elle le serait devenue triplement si je n’eusse pa s dil fractionner la masse à examiner.
^ Maintenant j’invite M. Dupasquier à dire nettement s il persiste encore à considérer comme petite la quantité dé plomb que j’ai extraite de la centième portion au plus des chairs du cadavre de Pouehon.
M. Orfila s'exprime de nouveau en ces termes :
« Appelé par le ministère public pour donner mon avis dans une affaire grave, où des experts habiles sont en dissi-
dènce, j’ai attenti vement éçoutéleursdépositions, et je puis parler de l’impression qu’elles ont produites sur moi. MM Rej^aud.ParraletBarse,chargés de l'analyse depinsîeurs matières suspectes et des organes de Pouehon, après avoir vdinemenl cherché des subslances vénéneuses végétales et oes preparations^arsénicaies, disenlavoir reüré du plomb, soit des organes du cadavre, soit des matières vomies par le malade. Leur travail ne laisse rien à désirer sous ce rapport, et les resullats ne sauraient en être contestés s'il est bien établi que le plomb obtenu ne provient pas des réaciifs quils ont employés. Mais il ne suffit pas d'avoir trouve un composé de plomb dans les organes d'un X vre, et meme dans les liquides vomis, pour affirmer guet
PAR UN' COMPOSÉ DE PLOMB, mort a été nécessairement occasiormée parce composé; en effet, indépendamment de ce que je viens de dire concernant les réactifs , il ne serait pas impossible qîi’un sel de plomb insoluble et non vénéneux eût été introd-uit dans l’estomac quelque temps avant la mort, ou que l’on eût administré comme médicament. et à une dose cependant incapable de développer des accidens fâcheux , un. sel de plomb vénéneux. Aussi ne faut-il pas s’étonner qu’un savant estimable et consciencieux ait prêté à la défense l’appui de son talent et de son nom dans la cause qui fait l’objet de ces débats : dans une affaire de c,ette gravité, c’est remplir une mission utile et honorable , que de fournir à la justice et à MM. les jurés des élémens scientifiques qui amèneront nécessairement un examen plus approfondi de la question,
« Les circonstances qui ont précédé la mort de Pouchon sont-elles de nature à nous éclairer sur sa cause, et peuvent-elles , avec le concours des analyses faites au Puy, nous autoriser à conclure, avec MM. Reynaud, Porral et Barse, que cet homme a succombé â un empoisonnement par un composé de plomb ? Pour arriver à la solution de cet important problème , je vais raisonner dans les deux seules hypothèses qu’il soit possible d’adopter : La mort de Pouchon est le résultat de la maladie à laquelle il était sujet depuis plusieurs années , et le plomb retiré de ses organes n’a contribué en rien à la produire; a» Pouchon est mort empoisonné par une préparation de plomb. En suivant cette marche , je me trouverai naturelle-, ment conduit à examiner les objections faites par M. Dupasquier.
Première hypothèse. La mort de Pouchon est le résuftat de la maladie à laquelle il.était sujet depuis plusieurs années, et le plomb dont on a constaté la présence dans les organes du cadavre et dans la matière des vomissemens
peut provenir, soit de celui qui existe naturellement dans le corps de l’homme , soit d’une préparation de ce genre - qüe l’on attrait ingérée après la mort, soit d’un médicament plombique administré au malade, soit d’un sel insoluble et non vénéneux, qui aurait pu être introduit par mégarde dans l’estomac, soit enfin de quelques-uns des réactifs employés par les experts.
à Nous savons qu’au moment de sa mort cçt homme était malade depuis quatre ans environ, et qu’il éprouvait de temps à autre dés douleurs d’estomac, des vomissemens très fréquens et des sellés souvent sahguinoîentès ; mais nous savons aussi: que lorsqu’il a été atteint' de la maladie qui l’a conduit autombeauj ilntaît assez bien portant depuis un mois ou six semaines, qu’il semblait reprendre dm forces, et que trois jours avant sa mort, après avoir mangé de la salade, il fut pris dè douleurs vives à l’épigastre, de vomissemens noirâtres et abondans, de déjections alvines sanguinolentes , de convulsions , de contractions dans les membres, dans les mains et à la face,, tout en conservant i’antégrité de ses facultés intellectuelles. Si l’on doit reconnaître qu’à la rigueur ces divers symptômes peuvent être exclusivement produits par la maladie dont.ï’ouchon était affecté,, maladie qui .se manifestait en quelque sorte par accès, et qui dans cette hypothèse aurait été réveillée par i’ingesiion d’une salade qu’il n’aurait pas digérée, toujours est-il que d’on explique aussi bien , sinon mieux, leur développement en admettant qu’une substance irritante
vénéneuse avait été mêlée à la salade.
. D’ailleurs, comme on va le voir, en écartant toute idée d’empoisonnement, on ne se rend pas facilement compte de la présence du plomb dans les üssus du cadavre et dans la matière des vomissemens.
. Ce métal proviendrait.!} par hasard de celui qui existe
naturellement dans le corps de l’homme ? Il est impossible
de soutenirunepareiiieopinion, quoique Jesois convaincu que nos organes contiennent, au moins dans beaucoup de cas, des proportions en général infiniment petites de cuivre et de plomb. J’ai acquis cette conviction parce que j’ai obtenu ces métaux dans plusieurs de mes recherches, et je me préoccupe peu de publications récentes qui tendent à infirmer cette manière de voir, parce que quelques faits négatifs, en supposant même exactes les expériences qui ont servi à les établir, cé que je ne crois pas, ne prouvent rien contre tant de faits positifs, acquis à la science. Mais aussi je sais qu’on n’obdent jamais à l’état métallique le cuivre elle plomb naturellement contenus dans le corps de l’homme en suivant le procédé qui à fourni une quantité notable du dernier de ces métaux aux experts duPuy. II est d’ailleurs évident, dès que l’on a trouvé du plomb dans la matière des vomîssemens, que ce corps avait dû être ingéré ; d’où il s-uit qu’il faut l’enoncer à expliquer la présence de ce métal dans le# organes de Pouchon,etdans les matières vomies par lui, par le plomb dit normal.
« Serait-il plus raisonnable d’admettre que ce métal faisait partie d’un composé plombique qui aurait été ingéré après
lamort? Non,certes. Indépendamment desdîfficullés de plus d’un genre que l’on éprouve, à introduire une substance vénéneuse dans le canal digestif d’un cadavre, n’est-il pas évident que l’on aurait dû trouver a l’ouverture du corps l’estomac ou le gros intestin remplis d’une dissolution plombique, ou tapissés par une grande quantité d’un sel de plomb vénéneux, si celui-ci eût été employé à l’étal solide? Or, cest ce qui n’a pas eu lieu. J’ajouterai encore qu’à coup sûr MM. Reynaud et Porral eussent été frappés de l’énorme différence d’aspect et de consistance qu’auraient présentée les divers organes de l’abdomen, et surtout les diverses parties du canal digestif, si une pareilleinges-
"0 EMPOISONÎN'EMENT
tion eut ete faite. Je répéterai d’ailieurs ce que je viens de dire a 1 occasion du plomb naturellement contenu dans le corps de l’homme, savoir, que l’existence du plomb dans la matière des vomissemens est une preuve certaine de l’introduction d’un composé plombique pendant la vie.
- « Le plomb obtenu par les experts du Puy aurait-il été administré à Pouchon sous forme de médicament ? S’il en était ainsi, cet homme, dira-t-on, pourrait n’étre pas mort empoisonné, et la médication plombique expliquerait à elle seule tous les résultats chimiques de l’expertise. Mais cette hypothèse ne peu t soutenir le plus léger examen. Quel serait, en effet, l’homme, et surtout le médecin, capable dé garder un silence coupable en présence de deux accusés qu’un seul mot arracherait probablement aux poursuites dont iis sont l’objet?
« Le plomb , a-t-on dit, peut provenir d’un sel de ce métal, insoluble et non vénéneux, qui aurait été mêlé par mégarde à la salade ou à tout autre mets mangé par Pouchon. Dans ce cas, on conçoit que le malade ait succombé à l’affection dont il était atteint , et que le plomb retiré provienne, non pas d’un poison plombiqne qui aurait été donné dans le dessein de déterminer la mort, mais bien d’un composé de plomb inerte qui se serait trouvé accidentellement mêlé aux aîimens.
« Quelque invraisemblable que soit ce fait, je suis obligé d’en admettr-e la possibilité, et de reconnaître.qu’il constitue une objection sérieuse contre les conclusions affirma-^ tives dés experts du Puy, Je dis que l'e fait est invraisemblaole, parce que les sels de plomb non vénéneux et non suscepliblès de le devenir'dans l’estomac, à l’exception du sulfate, ne se débitent pas dans le commerce, et ne.se trouvent même pas dans les pharmacies, attendu qu’ils ne sont employés ni dans les arts ni en médecine. Mais, dira-
PAR UN COMPOSÉ DE PLOMB, t-on, peu importe l’invraisemblance, dés que la cHoseest possible, et si la science ne peut pas résoudre cette difficulté, l’avantage doit en être acquis à la défense.
« Pour éclairer cette question difficile, j’établirai d’abord que les. composés de plomb insolubles non vénéneux sont de deux ordres : les uns ne subissent point d’altération sensible dans le canal digeslifj ne sont point absorbés, ou ne, le sont que très difficilement, et sont à-peuprès inertes ; les autres Sont altérés par les sucs de l’estomac, et transformés en sels solubles, qui sont absorbés et agissent à la manière des poisons. Je ne trouve dans le rapport des experts du Puy aucun moyen de déterminer à laquelle de cés deux catégories aurait dû appartenir la préparation insoluble : il m’est dès-lors impossible de me prononcer sur la valeur de l’objection. Peut-être pourraiton lever tout doute à cet égard en analysant de nouveau, et par d’auires moyens que ceux qui ont été mis ên usage, ce qui reste de la matière des yomissemensî peut-être, si cette matière n’a pas subi, depuis le temps qu’elle est conservée, une altération grave dans sa nature, qui ait modifié le composé plombiqüe qu’elle renferme, parviendraiton à savoir si la préparation de plomb ingérée était ou non vénéneuse. Quoi qu’il en soit, je le répète, dans l’état de la question, tout en regardant l’opinion émise par le docteur Dupasquier comme peu vraisemblable , je dois cependant me tenir dans une sage réserve, et ne pas affirmer qu’elle est erronée.
Je me demanderai enfin si le plomb obtenu par les experts du Puy n’aurait pas fait partie de quelquesuns des x'éactifs employés par eux , èt notamment de la potasse, qui en contient quelquefois. Tout porte à croire qu’il n’en est pas ainsi, ces Messieurs n’ayant pu découvrir la moindre trace de ce métal en opérant de la même manière, et avec les mêmes réactifs, sur les organes d’un in-
72 empoisonnement
dividu qui n’était pas évidemment mort empoisonné. Ici line expérience fort simple dissipera tous les doutes, puisqu’une partie des mêmes réactifs a été déposée entre les mains du ministère public.
. Quelle conséquence tirer de fout ce qui précède, quan t à la première hypothèse? C’est que si Pouchon a succombé à la maladie dont il était atteint, il faut nécessairement admettre que le plomb provenait des réactifs, ou bien que Pouchon avait avalé un de ces sels insolubles de plomb qui ne. sont pas vénéneux, qui ne le deviennent pas dans le canaî digestif, et qui sont tellement rares, qu’on n’en trouve même pas dans les laboratoires des chimistes. MM. les jurés verront si cela est probable ; pour moi, je ne le pense pas.
« Deuxieme Ajpo/Àeje - Poucho n est mort empoisonné par une préparation de plomb.
« Ob sait que les émanations saturnines, et divers composés de plomb'employés à petites doses, soit à l’intérieur, soit à l’extérieurj donnent lieu à des maladies graves différentes de celles que paraît avoir éprouvées Pouchon, telles que la colique des peintres,'rarthralgie, la paralysie et i’encéphalopathie. Mais il est : également avéré qu’à fortes doses, les sels solubles de plomb déterminent des douleurs vives, des évacuations abondantes par haut et par bas, et d’autres symptômes analogues à ceux qui ont été observés dans l’espèce. Cela étant, quoi de plus facile à expliquer que la mort de cet homme et les diverses circonstances qui l’ont accompagnée ou suivie? Supposons en effet que l’on ait mêlé à la salade de l’acétate de plomb’ ‘ sel que l’on se procure avec la plus grande facilité. Pouchon qui depuis quelque , temps était assez bien portant , mais qui cependant était prédisposé à éprouver des accidens gastriques, aura tout-à-coup ressenti les effets funestes du poison ingéré : la matière des vomissemens
PAR UH COMPOSÉ DE PLOMB, aura dû contenir de i’acétate de plomb; une portion de ce sel aura été absorbée, et après la mort on aura dû retirer du plomb, soit du canal digestif, soit des organes où le sel avait été porté pendant la vie : c’est précisément ce qui a eu lieu dans l’espèce.
« M. Dupasquier, s’appuyant sur un travail que J’ai publié en i 838 , a objecté que si la mort eût été occasionnée par un sel de plomb soluble et vénéneux, les médecins , chargés dp i’ouverture du cadavre, auraient trouvé dans i’estomàc une,série de points d’un blanc mat, tantôt réunis dans le sens de la longueur et formant des espècesde traînées sur les plis de la membrane muqueuse, tantôt dissér minés sur toute la surface du tissu; et il a conclu, de ce qu’il n’én avait pas été fait mention, qu’ils n’existaient pas, et dès-lors, qu’il n’y avait pas eu empoisonnement par un sel piombique. Assurément je ne viendrai pas ici donner un démenti à une opinion que j’ai précédemment émise d’après des expériences exactes; loin delà, je soutiendrai que l’altération, dont il s’agit, est un fait constant dans l’intoxication piombique. Mais, messieurs , j’ai ajouté que lorsque la mort n’était arrivée qu’au quatrième jour, ces points blancs étaient moins nombreux, et qu’on ne pouvait les voir qu’à l’aide d’une loupe ; ou bien qu’il fallait , pour en constater la présence, arroser la surface interne de l’estomac avec de l’acide sulfhydrique. Ces points blancs, ai-je dit, sont décomposés ou absorbés avec le temps, et finissent par ne plus laisser de traces de leur existence.
O Serait-il donc extraordinaire que chez Pouchon, qui n’est mort qu’à la fin du troisième jour, lorsque déjà ces points blancs pouvaient avoir été en grande partie décomposés ou absorbés par un acte vital, il n’y eût aucun vestige de cette altération visible à l’oeil nu? Je ne saurais, par conséquent, trouver dans l’absence de cet état granu-
”4 EMPOISOSîfESÎENT
leux un argument sérieux contre rempoisonnement par
an sel plombique.
« En résumé, s’il m’était démontré que les réactifs employés ne contenaient pas de plomb, et que Poucbon n’avait pas pris un sel de plomb insoluble non vénéneux, et ne pouvant pas le devenir dans le canal digestif, j’affirmerais qu’il est mort empoisonné.
« Les dépositions que je viens d’entendre n’ayant pas leve tous mes doutes.à cet égard, ma conclusion ne saurait être affirmative.
« Toutefois, ainsi que je l’ai déjà dit, le fait de l’ingéstion d’un sel de plomb non vénéneux et non susceptible de le devenir dans l^estomac étant on ne peut plus invrai- ^semblable, je regarderai l’empoisonnement comme étant excessivement probable, si le plomb n’a pas été fourni par les réactifs. ~
La science, en allant au-delà, pourrait être taxée a imprévoyance et de témérité ; en restant dans les bornes -que je viens de lui assigner , elle fournit aux débats un élément dont la portée n’échappera pas à MM. les jurés. »,
M. le président. Il paraîtrait qu’en février i84t, dixnuit mois avant la mort de Pouchon, le docteur Porral aurait prescrit à cet homme plusieurs lavemens contenant des quantités notables d’acétate de^ plomb : pensez-vous' que le plomb trouvé par les experts après la mort de PouchoH puisse provenir de l’acétate pris souS forme de iavemens à l’époque indiquée ?
M. Orfila. Non, monsieur le président. Voici ce qui a dû se passer : une grande partie des lavemens a été rejetée presque immédiatement par les selles; j’admets qu’une autre porûon ait été absorbée, et même qu’une partie ait eieçombinée avec les tissus des intestins. Nous savons , à ne pas en douter, que 1^ poisons absorbés ou combinés
PAR m COMPOSÉ UE PLOMB.
avec nos tissus ne tardent pas plus de quelques jours à être éliminés par les voies excrémentitielles, et notamment par l’urine- Il est donc certain qu’au bout de quinze ou vingt jours, il ne devait plus rester aucune trace du plomb introduit sous forme de lavement ; à plus forte raison ne devait-il pas en rester dix-huit mois après. Mais j’irai plus loin , et je supposerai , ce qui est inadmissible, qu’à 4’époque de la derrnère maladie de Pouchon le canal digestif contînt encore une partie du plomb qui entrait dans la composition des iavemens, à coup sûr le plomb trouvé dans la matière dés vomissemens ne pouvait pas provenir de ces Iavemens, car on ne vomit jamais un poison ab^rbé ou combiné avec nos tissus. Je sais qu’on a dit que dans certains cas les matières fécales étaient vomies, et que par conséquent, dans l’espèce, le plomb vomi pouvait bien provenir de celui qui avait été donné en lavement ; mais on aurait dû savoir que les matières contenues dans les intestins ne sont vomies que dans certaines affections qui n’existaient pas chez Poucbon ; ces affections sontt- la hernie étranglée; l’iléus, Péirangiement interne, etc. D’ailleurs, en admettant encore que, par des motifs inconnus, une partie du lavement eût été rejetéè.par le vomissement, c’eût été en février après avoir pris le lavement,
que ce vomissement aurait eu lieu, et non dix-huit mois après.
Bichond. Si plusieurs jours avant sa mort, Pouchon eût pris des doses faibles d’acétate de plomb, ne pourraiton pas expliquer par là tous les faits de la cause?
M. Orfila. Sans doute, j’ai dit dans ma déposition qu’il serait impossible de reconnaître, dans l’espèce, si l’acétate de plomb avait donné en une seule fois et à forte dosé, comme poison, ou bien s’il avaiuété administré à plusieurs reprises .et à des doses faibles comme médicament ; mais j’ai dit aussi combien il était difiOLcile d’admettre
76 empoisonnement
qu un médecin eût fait usage d’un médicament pbmbique
sans qu’on en eût connaissance-
M. Dupasquzer. M. Orfila n’a-t-il pas'dit dans son mémoire publié en i 838 , que les sels de plomb se combinaient avec les tissus , et formaient un composé d’un blanc-grisâtre, que les médecins chargés de faire l’ouverture du cadavre auraient dû apercevoir, et dont pourtant lis n’ont fait aucune mention? Or ce composé persiste pendant plusieurs jours, et s’il n’a pas été vu par les docteurs Reynaud et Porral, c'est qu’il n’existait pas.
^ M. Orfila. En effet, j’ai donné comme un fait constant de l’empoisonnement par les sels de plomb, l’altération granuleuse dont parle M. Dupasquier ; mais j’ai ajouté que cette altération disparaissait au bout de quelques jours, et que dans mes expériences elle n’était plus visible ^l’œil nu quatre jours après l’ingestion du sel de plomb. Or Pouchon a vécu au moins trois jours, et ne voit-on pas que déjà a l’époque où il est mort, l’altération granuleuse dont li s agit pouvait avoir disparu-en entier? On ne saurait donc argumenter de l’absence dè cette altération pour établir que l’empoisonnement n’a pas eu lieu.»
Rapport fait au PUy.
Les experts soussignés, requis par M. Je président de la cour d'assises de la Haute-Loire pour procéder à de nouvelles expériences dans le but de déterminer,: t« si lecompose de plomb trouvé dans les organes dePouchbn et dans a matière des vomissemens avait été pris à l’état de sel “soluble; a" si la potasse employée par MM. Reynaud, Porral et Barse, dans les recherches faites par eux en >84a, contenaient du plomb, se sont f ““ “Ois dans le laboratoire de la pharmacie de Hotel-Dieu, après avoir reçu des mains L M. le president une boite renfermant les résidus des opérations
faites par MM. Reynaud , Porral et Barse, et une partie des matières qui n’avaient pas été traitées par eux. Cette boîte et les divers paquets qui s’y trouvaient étaient dûment scellés et cacbetés. Après avoir prêté serment de-' vant la cour de remplir leur mandat en leur honneur et conscience, les experts soussignés déclarent unanimement quant à la première question, qu’il leur est impossible de la résoudre, les matières soumises à leur examen étant déjà altérées, fortement acides, et par donséquent dans des^conditions telles qu’il ne leur était plus permis de savoir'si le’ composé de plomb qu’elles contenaient.était soluble dans l’eau par lui-même, ou si, étant primitivement insolùbie, il aurait été transformé en un sel soluhle par la quâfitité notable d’acide qui existait dans la matière soumise à-leur examen. j
Quant à-la:deuxième question, il résulte de leurs recherches, que la potasse à l’alcool dont MM. Porral, Reynaud et Barse avaient fait usage, leur a fourni une certaine quantité de plomb, mais qu’ils ne peuvent pas affirmer que ce métal provient de cet alcali, attendu qu’ils ont reconnu que l’eau dont ils pouvaient disposer pour faire leurs opérations -renfermait une quantité sensible- de plomb.
Ces expériences terminées, les experts soussignés ont cru devoir tenter de nouveaux essais qui devaient les mettre à l’abri de toute cause d’erreur sur ce point : ainsi, ils ont carbonisé et presque incinéré dans une capsuledeporcelaine à feu hu la matièi'e n° 4, étiquetée : raclures des planches entre le coffre et le /û, sous l’endroit où s’effectuaient les vomissemens, matière qui paraissait consister en un mélange de substances terreuses, comme boueuses, entre-mêlées de brins de paillej de brins de feuilles, et qui, mises sur des charbons ardens ou carbonisés, offrait une'odeur analogue à celle que répandrait un mélange de
78 EMFOïSCK^jNTÉMENr
beaucoup de matière végétale et de peu de matière animale et difFérente de celle qu’exhalait la raclure du lit.
La cendre charbonneuse obtenue, convenablement traitée par l’acide chlorhydrique pur et par de l’eau distillée récemment préparée, et ne contenant point de plomb, a fourni un liquide qui, après avoir été filtré à travers de l’amiante, a été soumis à üu courant de gaz acide sulfhydrique, lavé; il n’a pas tardé à se former un abondant précipité de sulfure de plomb dont une partie est jointe à ce rapport, et dont l’autre portion a été soumise à des essais qui ne permettent pas d’élever le moindre doute sur sa nature plombique. Ces résultats obtenus sans le concours de la potasse, prouvent jusqu’à l’évidence que le plomb trouvé par les soussignés faisait partie de la raclure du plancher; ils sont d’accord avec ceux qu’avaient signalés MM. Reynaud, Porral et Barse en traitant de la raclure
du lit. . -
Fait au Puy, le a4août 1843.
Signé: Oarita, Ddpasquïee, RETKAun, PoanAn, JüLES BaKSE.
M, le président. Faites-nous connaître , monsieur , ,en rapprochant les données scientifiques des faits du procès les conclusions que l’on peut tirer de l’existence de, ce plomb dans les organes de Poucbon et dans les matières vomies.
M. Orfila. S’il m’est impossible d’«#TOzer que Pouchon soit mort empoisonné, du moins conclurai-je que l’em^ poisonnement est excessivement prohabUi je me servirais d’une phrase plus expressive si je la connaissais
Le réquisitoire du ministère public et les plaidoiries étant terminées le a 5 , les deux accusés ont été condamnés a la peine de mort.
Le 28 septembre suivant, la Gotir de cassation ayant
PAR DN COMPÔSÉ DE PLOMB, admis le pourvoi formé contre cet arrêt par les deux condamnés , se fondant sur ce que l’on avait donné pour interprète à un témoin un témoin déjà entendu, l’affaire a été portée de nouveau le 29 novembre suivant devant la Cour d’assises du Puy.
Là on a entendu les dépositions suivantes ;
M.'iJL. Rejrnaud y Porral et Bar se ont de nouveau reproduit les faits et les conclusions des rapports n°® i et 2. ( y, p. 187 à i68}.
M. Orfila. Devant la Cour d’assises de la Haute-Loire , MM. Reynaud, Porral et Barse conclurent que Pouchoo était mort empoisonné par une préparation de plomb, tous les composés de ce genre assimilables étant vénéneux, et l’analyse chimique des organes du cadavre leur ayant fourni du plomb, M. Dupasquier, appelé par défense , fut moins affirmatif que les experts du Puy, et termina sa déposition par ces mots : « Il reste donc un doute, un doute ■ bien fondé, sur le fait de l’empoisonnement, bien que « cet empoisonnement soit rendu probable, et même très « probable, par la découverte du plomb dans les organes « de Pouchon et dans la matière des yomissemens. » Déjà, et antérieurement à cette déposition , le professeur de Lyon avait eu à s’expliquer sur le même sujet dans une consultation médico-légale, portant la date du 4juin i843, et il est à remarquer que les conclusions de ce mémoire diffèrent notablement de celles qui fuient produites au Puy: en effet, dans la pièce écrite, M. Dupasquier se borne à diré qu’il n’est pas certain que Pouchon soit mort empoisonné, et rien n’indique qu’il regarde l’empoisonnement comme très probable. Quant à moi, je déclarai que si je ne pouvais pas affirmer que la mort fût le résultat d’un empoisonnement par un sel de plomb, je croyais cependant que cet empoisonnement était excessivement probable.
80 EMPOIS<®SEME]>ÏT
La science, en allant au-delà, disais-je, pourrait être taxée d’imprévoyance et de témérité ; en restant dans les bornes que je viens de lui assigner, elle fournit un élément dont la portée n^échappera pas à messieurs les jurés.
Il s’agitactuelièment d’examiner jusqu’à quel point les débats scientifiquesquiont eulieu auPuy, l’expertise ordonnée par la Gour de la Haute-Loire, séance tenante, et la publication récente de la consultation de M. Dupasquier, ont pu modifier mon opinion. Je me hâte de le dire, ces divers documens, loin d’ébranler mes convictions, ont dû les fortifier, comme on pourra s’en assurer par les détails danslesquels je vais entrer.
La question, réduite aux termes les plus simples, peut -être ainsi posée : la mort de Pouchon est-elle le résultat de la maladie à laquelle il était sujet depuis plusieurs années, sans que le plomb retiré de ses organes ait contribué en rien à la produire ; ou bien Pouchon est-il mort empoisonné par une préparation de plomb? Voyons si les faits scientifiques de la cause sont mieux expliqués par l’une que par l’autre de ces hypothèses.
Première hypothèse. Ceux qui attribuent la mort de Pouchon à la maladie dont il était atteint, s’appuient sur les considérations suivantes : i° les symptômes observés avant là mort de cet homme avaient été, pour la plupart, éprouvés par lui à d’autres époques, et ils peuvent avoir été déterminés par la maladie grave de l’estomac à laquelle il était en proie; 2°à l’ouverture du cadavre, on a trouvé les signes lés plus caractéristiques d’une désorganisation produite par une longue maladie de l’estomac, et pas la moindre trace dlun empoisonnement aigu; 3 » le plomb retiré des organes de Pouchon peut provenir d’une préparation insoluble et non vénéneuse qui aurait été mêlée par mégarde à la salade et au vin dont il avait fait usage, ou bien de celui qui existait accidenleliemeni dans plusieurs ali-
PAR UN COMPOSÉ DE PLOMB, mens ou dans les boissons habituellement destinés à la nourriture de l’homme, ou bien d’un médicament plombique qui aurait été administré par un médecin ou par un médicastre ; ou bien , enfin , des divers lavemens prescrits à Pouchon par les médecins du Puy, et dans chacun desquels l’acétate de plomb entrait à la dose de 4 grammes j 4° si la mort reconnaissait pom cause un empoisonnement aigu déterminé par le plomb, on aurait dû. trouver dans l’estomac une série de points blancs formant en quelque sorte des chapelets, ainsi que je l’ai établi dans un mémoire lu à l’Académie royale de médecine en 1889. Or, cela n’a pas eu lieu. Ces quatre points résument fidèlement le mémoire de M. Dupasquier.
O Développons successivement ces diverses objections afin de mieux en apprécier la valeur. En ce qui concerne les symptômes, rappelons d’abord que Pouchon était malade depuis quatre ans, que sa maladie consistait dans des douleurs d’estomac, des vomissemens très fréquens et des selles souvent sanguinolentes; qu’à l’époque de sa dernière maladie, il paraissait reprendre des forces depuis un mois ou six semaines, qu’il n’avait ^as vomi depuis plus de vingt jours, lorsque trois jours avant sa mort, après avoir mangé une salade , il fut pris de douleurs vives à l’estomac, de vomissemens noirâtres et abondans, de déjections alvines sanguinolentes, dè convulsions, de resserrement dans les membres et dans les mains, de contractions à la figure telles, qu’elles lui faisaient tourner la bouche, enfin , qu’il avait conservé l’intégrité de ses facultés intellectuelles. J’avouerai tout d’abord que si l’on peut observer ces symptômes dans certains cas d’indigestion et de choléra-morbus sporadique, il est excessivement rare qu’ils se manifestent dans la plupart des gastrites qui ne sont pas le résultat d’un empoisonnement, ni dans les affections cancéreuses.
82 EMPOISONNÈMETÎT
O J’irai plus loin, et Je concéderai que dans l’état maladif où se trouvait Poucton, l’ingestion d’une salade non empoisonnée pouvait, à la rigueur, occasionner des accidens analogues. Mais aussi j’établirai d’une manière péfèmptoire qu’ils ont dû se développer si la salade était ùiélangée d’un sel de plomh vénéneux : en effet, les composés de ce genre, administrés a une dose notable, donnent lieu aux symptômes précités, meme cHez un homme robuste et bien portant 5 à plus forte raison cela aurait-il dû se passer ainsi chez Pouchon,. qui était affaibli par des maladies antécédentes, et dont les organes digestifs surtout étaient singulièrement prédisposés à une sur-iri'itation. Et ici Je ferai observer combien on serait dans l’erreur si l’on objectait que les composés de plomb déterminent toujours, non pas des accidens analogues à ceux qu’a éprouvés Pouchoni mais bien là colique des peintres, la paralysie saturnine, l’encéphalopaihîe,etc.; en effet,messieurs, les composés de plomb agissent de deux manières fort différentes sur l’économie animale. S’agit-il d’émanations saturnines, ou de petites doses d’un sel de plomb introduit dans l’estomac, il se développe alors cette maladie que l’on a désignée sous le nom dé maladie déplomba c’est-à-dire la colique des peintres, la paralysie, etc. S’agit-il, au contraire, d’une fbrtè dose d’un sel de plomb, on observe alors tous les symptômes d’un empoisonnement aigu produit par les îrritans , c’est-à-dire tous les symptômes éprouvés parPouchon. Cette distinction importante. Je l’ai établie dans mes ouvragés dès l’année i8i4, et il était utile de la rappeler, parcé qu’il est probable que tout-àl’heure on meifra en avant que lès accidens dont Pouchon a été victime n’ont pas été occasionnés par un composé plombique, attendu qu’ils ne ressemblaient pas à ceux que l’on remarque dans la coliquê des peintres , c’est-àdire, dans cet état maladif qui semble constituer un em-
par un composé dé plomb. &3
poisonnement lent produit par le plomb. Cela étant, quelle conséquence tirer des symptômes présentés par Pouchon, et qui ont été si incomplètement décrits? C’ëst qu’ils ne sont guère propres à fournir la solution du problème qui m’occupe, qu’ils appuient à-peu-près également les opinions en litige, et qu’il faut chercher ailleurs des élémens plus probans.
Trouverons-nous ces élémens dans les lésions cadavériques? On sait que l’estomac était distendu et recoiiÿert dans sa moitié droite par le foie, qui y adhérait dans une de ses parties ; qù’ii parut altéré danssa forme et dans l’épaisseur de ses parois ; qu’il offrait à sa partie droite et en haut une large ouverture suite d’une ulcération cicatrisée qui conduisait dans une petite poche formée dans sa partie supérieure par la portion du foie qui adhérait à cet organe , et par des feuillets séreux recouverts d’une membrane muqueuse, comme il en existe dans les kystes ou tumeurs de nouvelle formation ; peu de liquides existaient dans l’intérieur de l’estomac et dans cette poche ; mais on y voyait une quantité notable de petits corps durs , de forme et de consistance différentes, avec quelques noyaux de cerises tachetés de noir. Aucune lésion récente ne paraissait exister dans l’étendue de l’estomac. Ges lésions , je m’empresse de le dire, me paraissent devoir être attribuées a la maladie dont Pouchon était atteint depuis plusieurs années, et ne sauraient constituer un argument en faveur de l’empoisonnement : mais est-ce à dire pour cela qu’elles ^lent de nature à exclure toute idée d’une intoxication ? Non certes: ce serait aller contre les faits les mieux établis que de soutenir une pareille prétention. Qui ne sait, en effet, que dans certains cas les poisons les plus irritans ont déterminé la mort sans laisser la moindre trace de leur action localet et n’ai-je pas rapporté en 1814 précisément un exemple d empoisonnement aigu par 48 grammes d’acétate
de plomb, qui fut suivi d’une mort prompte, sans avoir occasionné l’inflammation des membranes du canal digestif? (Toxicologie générale, p. aSa de la première édition.) D’où il faut, conclure que si les lésions cadavériques constatées chez Pouchon ne doivent pas être considérées comme une preuve d’intoxication , du moins ne peut-on pas dire qu’elles permettent d’établir que l’empoisonnement n’a pas eu lieu.^
Si,après avoir examiné les symptômes et les lésions des tissus, je porte mon attention sur la question relative à l’origine du plomb extrait du cadavre de Pouchon, il ne me sera pas difadle de réfuter l’opinion de ceux qui pensent que la présence de ce métal dans le corps de cet homme ne constitue qu’un fait accessoii e et à-peu-près indifférent.
Le plomb retiré des organes de Pouchon,a-t-ondit,peut provenir d’une préparation insoluble et non vénéneuse , qui par mégàrdé aurait été mêlée à la salade et au vin dont il avait fait usage, et l’on s’est appuyé sur ce que des sels de plomb insolubles, tels que le sulfate , le sulfure, le phqsphateyle borate, l’oxalate, le tartrate et le tannate ont été donnés à assez forte dose à des chiens sans produire le moindre accident. Je serais mal venu à nier ces faits, moi qui ai annoncé le premier en i8i4, trente ans, par conséquent, avant M. Dupasqùier, que le sulfate et le sulfure de plomb n’empoisonnaient pas les chiens; mais ce que l’ortn’a pas dit, et ce qu’il importe de faire connaître, c’est que tous ces composés peuvent devenir vénéneux dans certaines circonstances, et que Pouchon s’est précisément trouvé dans ces circÔnstances. Étudions successivement les divers sels insolubles de plomb, et voyons si la proposition que j’avance n’est pas suffisamment justifiée;^
Le carbonate, l’iodure et le chromate tuent l’homme et les chiens à-peu-près comme le feraient les sels solubles du même métal.
Le phosphate, le borate, l’oxalate, le lartrate, le tannate et même le sulfate, que M. Dupasquier regarde comme inertes, parce qu’ils sont insolubles et qu’ils n’ont pas tué les chiens auxquels il les avait administrés , se dissolvent promptement, et en assez grande quantité, dans de l’eau froide à peine acidulée, par l’acide chlorhydrique contenant une petite proportion de chlorure de sodium (sel commun), et deviennent vénéneux ; il y a mieux, tous ces sels sont sensiblement'solubles dans une eau acidulée, même sans addition de sel commun, et deux d’entre eux , le borate et le tannate, s’y dissolvent promptement et abondamment. '
Le sulfure de plomb naturel est à-peu-près dans le même cas, apparemment parce qu’il contient une certaine quantité de sulfate qui se sera formé par l’action de l’air. 11 est vrai que le sulfure de plomb artificiel ne se comporte pas ainsi s’il est récemment préparé ; mais, s’il a été exposé pendant quelque temps à l’air, il renferme déjà du sulfate de plomb, qui se dissout en partie dans l’eau acidulée tenant du chlorure de sodium en dissolution, FaisUnt application de ces données à l’espèce , nous dirons : le sel de plomb avalé par Pouchon, quel qu’il fût a été administré dans une salade ou dans du vin, c’est-àdire dans un aliment ou dans une boisson contenant assez de sel commun et d’acide pour opérer la dissolution d’une portion de ce sel, alors même que celui-ci eût été insoluble ; d’où il faut conclure que, en admettant même la supposition , si péu vraisemblable, de M. Dupasquier, Pouchon, qui auraft pris un sel insoluble de plomb, pouvait être empoisonné par lui. Je dis que cette hypothèse est on ne peut plus invraisemblable: en effet, comment adopter que l’on ait mêlé par mégarde, à de la salade ou à du vin, des sels insolubles, qui ne se trouvent jamais dans ecommerce, ni même dans les laboratoires les mieux four-
EM POISONNEMEîfr
nis, léis que le phosphate, le borate, l’oxaiate, le tartrate et le tannate de plomb? Quant au sulfate, il est vrai que s’il est moins rare que les précédens ,• encore est-il qu’il n’est pas d’un débit commun, et qu’il ne se vend que dans les,magasins de premier ordre. Au surplüs, M. Barse a déclaré devant la Cour d’assises de la Haute-Loire avoir parfaitement lavé, et à plusieurs reprises, l’intérieur du canal digestif avant de le soumettre aux opérations chimiques qui ont fourni du plomb. Dès-lors, il est évident que ce métal ne pouvak pas provenir d’un sel insoluble de plomb qui aurait été apq)liqué à la surface de ce canal, et que je supposerai) pour un instant,' n’àvoir pas été transformé en sel soluble , mais bien d’un sel pris à l’état soluble, ou d’un sel insoluble devenu soluble dans le canal digestif. D’ailleurs j messieurs, ne serait-il pas étrange, lorsque Pouchon a eu des selles si abondantes avant de mourir, qu un sel insoluble n’eûtpas été-entraîné par elles, sinon en -totalité, du, moins en assez grande partie, pour quil en restât a peine dans Je eanai intestinal; tandis qu’on conçoit facilement la présence du plomb dans les organes, si le sel avale était soluble, parce que celui-ci est promptement absorbé, en partie du moins,, et détermine l’empoisonnement alors même qu’une autre portion serait expulsée avec les déjections alvines. Tout se réunit donc pour établir que c’est à un sel soluble et, vénéneux de plomb qu’il faut attribuer les, accidens éprouvés par Pouchon.
Mais, a-t-on dit, le plomb pouvait.se trouyér accidentellement dans plusieurs alimens ou dans les boissons habituellement destinés à la nourriture de Phomme. Cette assertion -paraîtra ' dénuée de tout'fondement lorsqu’on saum, d’une part, que les alimens et les,boissons dont on parle,.pour déterminer les accidens développés chez Ppuchon, et pour rendre raison de la Quantité de plomb
contenue dans le cadavre, auraient dû renfermer une proportion de plomb vingt fois au ruoins aussi considérable que celle qui s’y trouve accidentellement, et dans des circonstances on ne peut plus rares. D’ailleurs, il serait bien extraordinaire que parmi les diverses personnes qui ont. dû faire usage d’alimens préparés dans des vases anciennement étamés avec un étamage rièbe en plomb , ou d’eau et de vin litbargyrés, aucune n’eût été incommodée, tandis que Poucbon aurait succombé. J’ajouterai , en outre , que Je sel de plomb, et tout le monde est d’accord sur ce point, a été pris avec la salade : or, on sait que cet aliment ne se prépare guère dans des vases étamés, mais bien dans des vases de faïence ou de porcelaine. '
Voudrait-on attribuer les symptômes graves déjà indiqués et la mort à un médicament plombique administré par un médecin ou par un médicaslre? Nous répondrons qu’il est impossible qu’il en soit ainsi, parce qu’en présence d’une accusation aussi formidable, on n’aurait pas manqué d’en faire la déclaration ; personne ne voudrait assumer la responsabilité d’un silence qui pourrait entraN ner les conséquences les plus graves.
Un argument qui a paru un instant avoir de la force aux yeux de ceux qui soutiennent que Poucbon nWt pas mort empoisonné, a été tiré de ce fait, qu’à une certaine époque on lui avait donné-plusieurs lavemens contenant des doses notables d’acétate de plomb : le plomb retiré des organes de Poucbon par les experts du Puy, a-t-on dit, provenait de ces lavemens, et il est inutile de lui chercher une autre origine. Cet argument est sans valeur aucune ; en effet, les lavemens dont il s’agit ont été donnés en février i84.i, c’est-à-dire dix-huit mois avant la maladie qui a entraîné Poucbon au tombeau, et quelques jours avant sa mort cet homme avait vomi des matières dans lesquelles on a trouvé dn plopib. En admettant que le nnalade eût
été atteint d’une de ces maladies rares, dans lesquelles on vomit une partie des lavemens ingérés, il serait absurde, et contraire aux préceptes de la science, de prétendre que lé plomb trouvé dans les matières vomies pendant la maladie éprouvée par Poucbdn, en juillet 1842, pût provenir de Javemehs plombiques qui lui auraient été administrés en février i84t.
Dira-t-on, enfin, quele plomb extrait du cadavre de Pouchon était contenu dans les réactifs ou dans les vases qui ont servi à faire les opérations ? Ici la réponse, serait péremptoire. On a fait usagé des mêmes réactifs et des mêmes vases lorsqu’on a agi sur les organes du cadavre d^’un homme qui n’était pas mort empoisonné, et on n’a point retiré de plomb : donc le plomb trouvé chess Pouchon ne provenait ni des réactifs ni de ces vases. Oh sait d’ailleurs que la fonte et la porcelaine dont oh s’est servi hé renferment point de plomb ; et quant à la potasse, en supposant même qu’elle fût plombique, ce qui est extrêmement rare, nous dirons que. dans l’expertise faite àu Puy par MM. Reynaud, Porral, Barse, Dupasquief et moi, nous avons retiré du plomb des matières yomiés par Pouchon, quoique nous n’eussions pas traité ces matières par la potasse.
La dernière objection que je dbis"^^examioer est ainsi conçue; Si la mort de PoucHon reconnaissait pour cause uh^empoisonnement aigu déterminé par le plomb, on aurait dû trouver dans l’estomac une série dé points blancs formant en quelque sorte des chapelets, ainsi que je l’ai établi dans un mémoire publié en 1889. AssurémejEit jè ne viendrai pas ici donner un démenti à une assertion que j’ai précédemment émise d’après des expériences exactes. Loin de la, je soutiendrai qüe i’altéràtion dont il s’agit est un fait constant dans l’intoxication plombique aiguë. Mais, messieurs, j’ai ajouté que lorsque la mort n’était arrivée
PAS. UN œMPOSÉ DE PLOMB. S9
qu’au quatrième jour, ces points blancs étaient moins nombreux, et qu’on ne pouvait les voir qu’à l’aide d’une loupe, ou bien qu’il fallait, pour en constater la présence, arroser la surface interne de l’estomac avec de l’acide sulfhydrique. Ces points blancs, ai-je dit, sont décomposés ou absorbes avec le temps, et finissent par ne plus laisser de traces de leur existence. Serait-il donc extraordinaire que chez PoucboD, qui n’est mort qu’à la fin du troisième jour, lorsque déjà ces points blancs pouvaient avoir été en grande partie décomposés ou absorbés par un acte vital, il n’y eût aucun vestige de cette altération visible à l’oeil nu? Je ne saurais, dès-lors, trouver dans -l’absence de cet état granuleux un argument sérieux contre l’empoisonnement par un sel de plomb.
Jedois conclure de ce qui précède, quant à la premièi’e hypothèse, qu’il est bien difiBcile, pour ne pas dire impossible, d’expliquer tous les faits scientifiques de la cause, en admettant que Pouchon ait succombé à une atteinte de la maladie à laquelle il.était sujet ; car nous avnns vu, qu’alors même qu’il serait prouvé que la salade ou le vin auraient été mélangés avec un sel insoluble et non vénéneux de plomb, ce sel aurait pu devenir soluble et vénéneux à la faveur du sel commun et d’un ou de plusieurs acides contenus dans la salade et dans le vin.
Deuxième hypothèse .— J’aborde maintenant l’hypothèse au moyen de laquelle on explique la mort de Pouchon par un empoisonnement plombique. Pouchon était assez bien portant au moment où il mangé une salade, et il éprouve aussitôt des accidens gravés, qui, s’ils peuvent à la rigueur être occasionnés par une indigestion, peuvent au même titre, au moins, être rapportés à un empoisonnement par un sel de plomb. D’un autre côté, l’ouverture du cadavre fournit des résultats qui ne permettent pas de conclure que la mort n’a pasété le résultat d’un empoison-
EiVlPOISONîîEMENT
nement par une préparation saturnine. Enfin, l’analyse chimique faite avec autant de soin que de sagacité par MM.Barse, ReynaudetPorral, ainsi que celle qui fut faite par les mêmes experts, par M. Dupasquier et par moi, pendant les débats de la Cour d’assises delà Haute-Loire, prouvent jusqu’à Fevidence, non-seulement qu’il.existait du plomb en proportion notable dans les organes de Pouchon et dans les matières vomies par lui, mais encore que ce métal ne provenait pas de la quantité infiniment petite de celui qui peut exister naturellement chez l’homme : en effet,des experts duPuy, se conformant aux exigences de là science, soumirent les.organes du cadavre d’un homme non empoisonné aux mêmes opérations chimiques à l’aide desquelles ils en avaient extrait du corps de Pouchon, et ils ne purent y déceler la moindre trade de plomb.
En presence de ces faits, quoi de plus simple que d’expliquer la mort de Pouchon, en supposant qu’il a été empoisonné, soit par un sel soluble de plomb, lequel, après avoir été absorbé, aura occasionné les symptômes déjà indiques et la mort? Que.si l’on veut à toute force et contre toute probabilité que le sel ingéré ne fût pas soluble et vénéneux, mais insoluble et inerte, Pouchon pourrait encore être mort empoisonné, attendu que les sels insolubles de plomb, comme je l’ai prouvé, sont vénéneux par euxmemes, ou bien peuvent le devenir par leur contact avec le sel commun et avec le vinaigre, matières avec lesquelles on avait assaisonné la salade ingérée.
Maintenant, est-c^par mégarde que le sel de plomb soluble ou insoluble aurait étéméléaux alimens ou aux boissons ? C’est là une question qu’il n’appartient pas à la science de résoudre.
Conclusion :-Si j’étais obligé d’opter entre les-deux bypotbèses que je viens d’examiner, je ne balancerais pas à adopter la dernière, et je dirais que Pouchon^st mort em-
PAB. UN COMPOSÉ DE PLOMB. 9t
poisonnê par un sel de plomb : mais il n’en est pas ainsi, car je puis embrasser une troisième opinion, à mon avis plus conforme que les autres à l’état actuel de la science.
Dès qu’il n’est pas impossible, quoique ce soit très peu vraisemblable, que Poucbon ait avalé un sel de plomb insoluble ; dès qu’il existe un de ces composés (le sulfure artificiel récemment préparé) qui n’est pas transformé en un sel soluble par Faction du sel commun additionné d’un peu d’acide ; dès que Fon peut objecter, à tort suivant moi, que le sel commun et Facide contenus dans la salade mangée par Poucbon n’étaient pas en quantité suffisante pour rendre soluble et vénéneux le sel insoluble de plomb qui aurait été mêlé à cet aliment, je dois user de réserve, et ne pas affirmer qu’il y a eu empoisonnement ; mais aussi, comme il résulte des documens cités dans cette déposition, que ce ne serait que par une exception, en quelque sorte miraculeuse, que les choses se seraient ainsi passées, je dois être autorisé à déclarer que l’empoisonnement de Poucbon par un sel de plomb est un fait excessivement probable.
La Cour et MM. les jurés apprécieront les motifs de cette réserve. Placé entre l’accusation et la défense , sans se préoccuper des charges qui pèsent contre les accusés, ni des argumens susceptibles de, les atténuer ou de lès annihiler, le naédecin légiste,a rempli sa mission dès qu’iFs’est conformé aux préceptes les plus rigoureux de la science, et c’est un devoir pour lui, s’il conserve le plus léger doute, de l’exprimer hautement, alors même que ce doute est assez léger, comme dans l’espèce, pour n’avoir qu’une portée à-peu-près insignifiante.
JH. Dupasquier. Cet expert, après avoir fidèlement résumé la consultation médico-légale datée du 4 juin 1843 (v. p. 169), ajoute qu’en analysant le canal digestif d’un -chien qu’il avait empoisonné 20 jours auparavant avec de
ÉMPOISOHNEMENT
Facétate de plomb, il y a démontré la présence d’un sel plombique (on sait que J’avais obtenu le même résultat en i 838 , diX'Sept jours après l’empoisonnement de l’animai). Il dit avoir extrait du plomb et de l’étain de quatre échantillons de potasse à l’alcool qu’il a examinés , et il termine par la conclusion suivan te, qü’il est d’autan t plus important de transcrire textuellement, qu’elle diffère sensiblement de celles qu’il avait adoptées dans sa consul tation écrite et dans la déposition faite au Puy, mais surtout de cette dèrnièi-e. er'Sn résumé , sur quelque point de la question que Je « Jette les yeux, Je n’aperçois que des doutes : doute sur « le fait d’empoisonnement, doute sur l’origine du plomb « trouvé , doute partout : aux yeux dé la science le doute « n’est rien ; pour elle,^ il faut des preuves nettes, posiii- « ves , irrécusables , et cés preuves manquent tout-à-fait « dans l’affaire qui nous occupe. Avec le doute, point de « corps de délit, point de poison. Or, point de poison, « vous le savez, messieurs^ point d’empoisonnement- »
Ici M. le président lit à M. Dupasquier les conclusions par lesquelles il avait terminé sa déposition au Puy, et où il disait que l’empoisonnement était probable^ et même très probable {y . p . et le nv du 8 septernbrè i 843 de la
Gazette des Tribunaux'); Àï fait ressortir la différence qui existe entre ces conclusions.
M. Rogneita- yài ètè consulté^ dit-il, de la part des accusés sur la valeur des faits scientifiques de la cause qui les concerne. J’ai lu et médité les documens qui mdnt été -soumis, et J’ai essayé de pénétrer aussi avant que possible dans la signification des rapports des hommes de l’art nommés par la Justice ; Je me suis fait des convictions que Je veux exprimer consciencieusement. Puissent-elles contribuer à éclairer la vérité !
J’ai dû, dans cette circonstance, faire l’inventaire de la science relativement à l’empoisonnement par le plomb ;
j’ai fait quelques expériences décisives sur les animaux, et j’ai comparé mes résultats aux faits de l’accusation. Ce sont ces résultats et ces comparaisons que je dois d’abord exposer.
La première question que je me suis proposé de traiter est celle-ci : Quel est le minimum de la dose mortelle de l’acétate de plomb chez l’homme; en d’autres termes: quelle quantité faut-il d’acétate de plomb pour empoisonner mortellement un homme d’une manière aiguë ? M. Rognetta soutient, en s’appuyant de faits multiples empinintés à la médecine, et de ses propres expériences sur des animaux, que les sels solubles de plomb ne sont que très peu toxiques, et qu’on peut en administrer des doses considérables chez l’homme sans produii e des phénomènes extrêmement graves.
11 cite des cas où trente-deux grammes (une once) d’acétate de plomb n’ont pas produit la mort chez l’homme. Dans tous les faits qu’il a rapportés, il s’est attaché à démontrer : 1 ° que les symptômes étaient toujours très différens de ceux que Pouchon avaient présentés ; que constamment on avait trouvé du plomb en grande quantité dansTestomac après le troisième jour de l’ingestion, soit que l’individu eût succombé et que son cadavre ait pu être disséqué, soit que son estomac ait ete vidé des matières qu’il contenait à l’aide de la pompe aspirante dont on se sert en Angleterre par la voie de la bouche (stomach-pump). Cette circonstance de là presence du poison dans l’estomac, vers l’époque du troisième jour, est d’une grande importance dans le procès, ajoute-t-il, ainsi qu’on va le voir.
La deuxième question que j’ai dû examiner, dit M. Rognetta , était de savoir s’il est possible d’empoisonner un homme mortellement, et d’une manière aiguë, à l’aide de l’acétate de plomb administré dans une salade ou dans du vin. Encore ici il fallait avoir recours à l’expérience. J’ai
94 ‘ empoisonnement
donc fait une saiade ordinaire, dans laquelle j’ai ajouté dix grammes d’acétate de plomb en poudre. Notez bien que cette quantité est moindre du tiers de ce qu’il serait nécessaire pour tuer un homme. Eh bien ! cette salade préparée de la sorte, je l’ai goûtée (A^ 7 amé générale)^ son goût est horrible., repoussant. A peine en a-t-on mangé une fourchetée que la bouche et le gosier sont frappés, d’un goût métallique douceâtre et âpre, tellement forts, et d’une telle contraction spasmodique de ces parties-, qu’il ëstimpossible de continuer.
Cette espèce de salade, je l’ai refaite plusieurs fois, je iài tenue dans mon cabinet pendant plusieurs Joprs; je l’ai fait goûtera plusieurs personnes non prévenues, qui en ont toutes éprouvé la même impression que moi à la première fourchetée qu’elles ont mise dans leur bouche, et elles; n’ont pu continuer. Il survient d’ailleurs sur-îechamp une telle abondance de salive et un crachotement si copieux, qu’il est absolument impossible de continuer à en manger, et cela avec dix grammes d’acétate de plomb seulement. Qu’en serâit-il donc si l’on en mettait autant qu’il serait nécessaire pour tuer un homme , sâvoir, 40 grammes au moins ?
Au reste, messieurs les jurés, je ne veux pas que vous me croyiez sur parole; je vais vous faire une salade de cette espèce, vous la goûterez, et vous Cn jugerez (^Rire général). J’ai pris, d’autre part, une demi-bouteille de vin rouge ; j’y ai mis 3 o grammes d’acétate de plomb du commerce en poudre, je l’ai bien agité : savez-vous ce qui en est résulté? Ce vin s’est métamorphosé en une boue liquide bleuâtre, en une sorte de peinture trouble, analoguè à celle dont se servent les barbouilleurs de portes. Son goût a quelque chose d’épouvantable ; ce n’est plus du vin, c’est de la peinture repoussante. Il n’est pas d’homme dont les sens ne seraient pas pervertis, qui puisse le boire.
Je n’ai pas besoin d’entrerici dans les explications scientifiques de ces phénomènes, Je m’en tiens au fait expérimental, et je dis: Non, il n’est pas possible d’empoisonner mortellement et d’une manière aiguë, un homme avec de l’acétate de plomb, ou un autre sel plombique soluble servi dans une salade ou dans du vin .
Vient une troisième question, que J’ai dû étudier pour l’appréciation des faits qui étaient soumis à mon examen : c’est de savoir quelle était la valeur des symptômes que Poachon a présentés dans sa dernière maladie, comparés avec ceux qui sont propres à l’empoisonnement par le plomb. Il résulte des i-apports des honorables médecins du Puy» que le patient était atteint depuis quatre ans d’une gastrite chronique ulcérative, laquelle s’accompagnait principalement de trois symptômes, savoir ; maux d’esto^ mac , vomissemens, et garde-robes sanguinolentes: or qu’a-t-il présenté à sa dernière maladie Exactement les mêmes symptômes, mais élevés à un degré beaucoup plus haut à l’occasion d’un repas copieux et indigeste (une salade, et une bouteille de vin rouge).
M. le Président. 3e Ao\s vous faire remarquer, monsieur qu’il n’est pas établi dans l’instruction que Pouchon ait bu une bouteille de vin à son dernier repas.
M. Rognetta.Mouûenrle Président , je vous demande la permission de vous faire observer que dans l’acte d’accusation que j’ai entendu dans cette enceinte, il est dit positivement qu’au dernier moment de sa vie, Pouchon aurait reproché à sa femme de lui avoir fait boire du vin dans une bouteille, lui disant de remuer pour avaler quelque chose qui y avait été mis pour le guérir. Comparant à présent les symptômes de la dernière maladie de Pouchon avec ceux qui sont propres à l’empoisonnement par le plomb, vous allez voir que rien ne ressemble à cet èmpoisonnement. D’abord , cette chaleur brûlante à l’esto-
mac, ce sentiment de flambeau allumé dont il s’cst plaint, et quiluî faisaient désirer vivement de l’eau fraîche, laquelle lui paraissait bouillante aussitôt arrivée dans l’estomac; ce symptôme se rencontre dans la gastrite sur-aiguë, et non dans l’intoxication saturnine. Dans cette dernière, les douleurs existent, au contraire, dans la partie inférieure du ventre, sont sourdes, vagues, irradiatives, et s’apaisent par la pression. Ensuite, ces cris perçanS que Pouchon a poussés jusqu’à.la mort, et qui ont fait accourir les voisins à son secours , ne se renCo,ntrènt pas dans l’empoisonnement. par le plomb. Je viens de vous démqntrer par des faits, que dans tous les cas d’empoispnnementde,^ genre, il y avait eu, au contraire, perte de là voix, aphonie, et celaest commun d’ailleurs à la plupart des poisons métalliques. En troisième lieu , il est dit que Pouchon a conservé la netteté dé Finteiligence jusqu’à la finj ôr, je trouve au contraire du délire, etjtoujours dans les cas d’empoisonnement de ce genre que la science possédé. Enfin, et ceci est capital dans la question, Ppuchon a présenté le dévoiement sanguinolent : vous venez de voir cependant , dans les cas d’empoisonnement que j’ai rapportés, que constamment le corps était, au contraire, constipé et le ventre rétracté, comme chez les ouvriers dans les fabriques. dé céruse, chez les peintres, etc.
M. le procureur-général. Monsieur, vous dites que l’empoisonnement parle plomb s’accompagne de constipation; cependant M. Dupasquier vient de dire que les chiens^sur lesquels il a expériipenté ont présenté, au contraire, du dévoiement.
M. Rognetta. J’ai l’honneur de faire observer à monsieur le procureur-général que les expériences de M> Dupasquier sur les chiens ne détruisent point le fait que je viens d’établir, par la raison qu’un chien n’est pas un hommeÇO/i rit). Ôr, c’est sur l’homme que j’ai basé mou observation :
chez l’homme la constipation est constante, pas une excepUon jusqu’à présent. Je ne puis raisonner autrement. D’ailleurs, monsieur le procureur-général, veuillez bien remarquer que sur les chiens, on lie lœsophage pour expérimenter les poisons; or, celte opération atroce, qui égorge les animaux, dénature toutes les fonctions de l’ap^pareil digestif, et je regarde toutes les expériences de cé genre comme non avenues pour la toxicologie exacte, car
elles ne sont pas concluantes à mes yeux.
M. le procureur-général. Je vous dirai, monsieur, que si un chienne ressemble pas à un homme, un lapin ne lui ressemble pas davantage. Cependant vous avez , à ce que vous avez dit, expérimenté sur les lapins, et vous n’avez pas craint de conclure du lapin à l’homme. ^
M. Rognelta. Monsieur le procureur-général, je n'âi aucunement conclu du lapin à l’homme. Je n’ai invoqué'' mes expériences sur les lapins que comme un simple renseignement dans la question , et vok avez dû remarquaque je me suis exclusivement arrêté sur les faits observés chez l’homme; or, ces faits me démontrent que constam- : ment l’homme empoisonné d’une manière aiguë ou chro- ' nique par les composés de plomb, présenté la constipation et la rétraction du ventre, tandis quél>ouchon a présenté au contraire, le dévoiementsanguinolént, qui est propré à la gastrite ulcérative. i ^
-Je conclus donc Sur cette question : non, Pouchon n’à' pas offert les symptômes de l’empoisonnement ^ par lé plomh. Les symptômes de sa maladiesont, au contraire^,*éh 9 opposition flagrante avec ceux de céfempoisonnèmeht^iet'^
s accordent, au contraire,littéraleient avec ceux de là gastrite chronique ulcérative dont il était étteînt 'dèpUfsP
quatre ans. . ■ • . . e - ,
Je passe à la quatrième question , celle de i’aUtÔpsié^' cadavérique. Qu’a-l-on trouvé sur le cadavre de Pouchon î’
Tous les restes d’une gastrite chronique ulcéralive ancienne , et rien de ce qui est propre à rempoisonnement saturnin aigu. L’estomac, en effet, aurait dû être plein dé poison ; la muqueuse de ce viscère aurait dû être imbibée, saturée, tannée par le sel plotnbique, ainsi que cela a lieu cQnstamment chez les. animaux empoisonnés; mortellement, et.qü’on l’a vu dans les cas observés chez l’bomméj et, cela, parce qu’il faut des doses considérables pour pro-r duire la mort; or, chez Pouchon il n’y en avait pas un atome, ni dans l’estorqac, ni dans le foie, ni dans la raté, ni dans le coeur, ni dans le poumon. Au lieu, d’offrir l’allération si frappante qu’on rencontre toujours-sur la muqueuse dé l’estomac chez les sujets empoisonnés par le plomb, les savans médecins du Puy qui ont fait l’aUtopsie déclarent qu’elle; était parfaitement saine chez Pouchon ; mais, il y a plus, on a trouvé^une poche accidentelle dans l’es-^ lomac, résultant d’une perforation ancienne , occasionnée par raffeçlion ulcéreuse pour laquelle Pouchon avait séjourné long-temps à Ühppital. Qu’a-t-on trouvé dans cette ppche? Une quantité prodigieuse de sable inicacé et de noyaux de cerises: que le malade avait avalés. ; ;
On comprend que les contractions de l’estomac devaient pousser vers cette poche accidentelle les corps étrangers qu’il avait 1-69118, par la raison que c’était là le point faible, non contractile, et qui offrait un abri à tous ces corps. Or, dans cette poche, par un atome de poison n’a étè rencQntrqî Elle aurait dû cependant en être farcie, car là le plomb ne rencontrait, pas des conditions favorahlés d’absorption ni;.d’expulsion, soit par, le. voinisseiaent , soit par les selles ; et si, on n’en a pas rencontré , c’est qu’il n’y en ayait pas eu d’introduit dans l’estomac, et il ne pouvait y en avoir, car les symptômes que Pouchon a présentés n’étaient pas ceux de l’empoisonnement.
PAR üî? COMPOSÉ DE PLOMB.
M. le procureur-général engage iei une discussion avec M. Rognetta sur les lésions rencontrées à l’autopsie. M. Reynaud, médecin, est rappelé par M. le procureurgénéral, et répète ce qu’il a vu à l’autopsie, et il se trouve d’accord avec M. Rognetta sür les conditions nécropsiques, mais il persiste dans ses conclusions.
M. Rognetta. En ce cas, Je n’ai qu’à combattre les seules conclusions de M. Reynaud, puisque M. le procureur-général veut bien me le permettre-
M. Rognetta entre ici dans une argumentation de haute toxicologie, et s’attache à prouver que les conclusions de MM. Reynaud et Porral étaient basées sur une erreur enseignée par une vieille école toxicologique. Cette erreur consistait à admettre des poisons à.\X^ irritans, c’est-à-dire ; qui agissent par leur action locale sur l’estomac, et des poisons qui agissent par , àinsrque cela a 4é ^
démontré par la nouvelle école dynamique , et que lescomposés de plomb que M. Reynaud plaçait lui-mêrne pàrmi les poisons irritans, auraient dû laisser de graves ' altérations dans l’estomac. Il' a prétendu mettre ainsi en ^ contradiction flagrante le rapport de MM, Reyniud et Porral avec leurs propres conclusions.
J’arris^, dit M. Rognetta, à la pièce la plus implante du procès, à l’expertise chimique. Je passe sur les deux premières expertises, puisqu’elles n’ont donné qu’un résultat négatif. Je ne puis cependant m’empêcher d’adresser mes stères félicitations à MM. Reynaud et Porral pour'" la précision de leurs opérationsèt la netteté de leurs résultats. Le trOisiêrne et dernier rapport appartient à M. Barse^"^ pharmacien. Ce chimiste n’a pas trouvé de poison dans les organes qui auraient dÛ eh être saturés, c’e^t-à-dire Pestomac, dans le foie, dàns la rate, dans le poumon ; mais ' il en a trouvé uné quanüté considérable dans le gros intestin. J’avoue que ia chose m’avait paru sérîeuse à la'
100 F3IPOISONNEMENT
première lecture ; un examen approfondi, cependant, m’a fait bientôt voir que cette expertise était complètement illusoire, et que la justice ne pouvait lui accorder une grande confiance au point de vue de l’intoxication. Je vais Je démontrer en quelques mots.
Je trouve d’abord dans les documens acquis à la cause une pièce qui constate, d’après l’analyse faite par cinq chitnisles commis par la Cour d’assises de la Haute-Loire, que la potasse et l’eau distillée dont M. Barse s’était servi dans ses opérations contenaient du plomb en quanfitéassez notable. M.Barse ne s’était donc pas assuré de la pureté de ses réactifs. Quelle conclusion peut-on donc tirer de telles manipulations? N’est-il pas évident que ce chimiste n’a obtenu d’autres corps de délit que celui que ses réactifs impurs avaient introduit à 5on insu dans la masse ? Cette circonstance suffit déjà pour frapper de nullité ceUe laborieuse expertise ; mais il y a plus : le ^patient avait pris à rhôpitàl, quinie mois avant sa mort, des lavemens très chargés d’acétâte de plomb. Çette circonstance est extrêmement grave dans la cause, surtout si l’on réfléchit que M. Barse n’a obtenu dé plomb que de l’intestin seulement qui avait reçu ces lavemens.
Qu’arrive-t-il lorsqu’on donne un lavement d’acétate de plomb ? Le sel plombique est donné dans peu de liquide y. afin d’être gardé ; il sé combine à la membrane muqueuse, pénètre profondéni'ent les tissus, et y demeure indéfiniment. Ce qui m’autorise à penser de la sorte, c’est de qu’on observé Journellement chez les ouvriers qui trayaillent dans les fabriques de plomb. Les particules du métal pénètrent l’épiderme, àe combinent intimement avec les tissus animaux et la sueur, et on les trouve long-temps après. sur la peau, bien que les ouvriers aient cessé de travailler dans les mêmes foyers. Vous avez beau donner des bains sulfureux et des bains savonneux, et fâcler Je sulfure de
plomb que vous avez formé , une nouvelle quantité de plomb reparaît encore àlasurface,venantdufonddes tissus.
Un médecin distingué de Paris, M. Legroux, ayant observé que cette ténacité du plomb pour les tissus animaux était la cause dé ce résidu, ou de la maladie métallique, chez beaucoup d’ouvriers, a dernièrement cherché les moyens de râcler d’une manière complète le métal insinué dans les pores de l’épiderme, et il n’y est parvenu qu’après une foule d’essais, à l’aide de frictions avec des brosses trempées dans du vinaigre : il forme ainsi un acétate qui est soluble et facilement entraîné dans un bain simple. La même ténacité a lieu dans la muqueuse de l’intestin , car la muqueuse n’est, comme on sait, que le derme réfléchi, et l’on comprend ainsi parfaitement comment le plomb des lavemens que Pouchon avait prisa pu rester pendant aussi long-temps niché dans les; pores des membranes de l’intestin.
Rapprochez maintenant ces faits des précédées^ et vous conviendrez avec moi que l’expertise de M. Barse n’a pas de valeur réelle, et que Pouchon n’est pas mort empoisonné. Non ; il n’est pas mort empoisonné, je viens de le prouver; j’en ai la conviction profonde, et cette conviction est la conséquence de l’étude consciencieuse des faits.
M, le president Faites votre résumé, et posez vos conclusions.
M. Rognetia : Je résumé ma déposition dans les propositions suivantes i
I Pour empoisonner un homme mortellement, et d’uine manière aiguë, avec de l’acétate de plomb, il faut des doses considérables de ce sel ; une quantité de 3^ gramnies ne su£B.t pas pour produire la mort ;
a" Il est impossible de produire cet effet à l’aide de l’acétate de plomb dans de la salade et du vin ;
3 *^ Les symptômes que Pouchon a présentés dans sadér-
lOJ EflîPOISONNEMENT
nière maîadie sont ceux de son affection ancienne, exaspérée par un repas indigeste ; ces symptômes sont en opposition manifeste avec ceux de l’empoisonnement saturnin
J’ai appelé l’attention sur trois caractères essen tiels : l’aphonie, le délire, la constipation, qu’on rencontre dans l’empoisonnement par le plomb; tandis que Poucbon a conservé sa voix, son intelligence , et a oflFert le dévoiement sanguinolent ;
4^ L’autopsie n’a pas offert dans l’estomac des lésions propres à l’empoisonnement. Ce viscère et'la poche accidentelle qu’il présentait auraient dû être saturés de poison, et ils n’en ont pas présenté un seul atome ;
û** L’expertise chimique n’est pas concluante ; elle a été faite avec des réactifs plombiférés.. Les lavemens que le
patient avait pris expliquent, d’ailleurs, le plomt qu’on a pu trouver dans le gros intestin.
M. Danger. MM. les Jurés, c’est par le rapport écrit de M. Pupasquier que jtai appris poim la première fois qu’pu deux personnes une accusation d’empoisonnement par les sels de plomb.
Consulté plus tard sur la valeur scientifique et le degré^ de confiance que la justice peut accorder à l’expertise chimique relatée dans trois rapports, j’ai fait, conjointement avec M. Flandin, également assigné dans cette affaire, un travail que je vais brièvement vous développer. Mais auparavant, messieurs les jurés , permettez-moi quelques mots sur les empoisonnemens produits par les composés de plomb. ^
On distingue deux sortes d’empoisonnement : les empoisonnemens aigus, et les empoisonnemens chroniques. Les premiers sont effectués par une quantité de poison suf-, fisante pour pi^oduire des symptômes immédiatement observables , mais suffisans cependant à cause de leur fré-
qu^?eadministratiou,pouramenérl’économieàunétatde
PAR U5 €01ir0SÉ BE l'LOMP. 1Ô3
faiblesse tel, que la mort s’ensuive au bout d’un temps plus on moins éloigné.
Dans aucun de cés cas l’empoisonnement par les composés de plomb n’est facile à concevoir. L’acétate de plomb, qui, dans l’espèce, peutavoir siir l’économie l’actionlaplus forte , agit cependant d’une manière très peu énergîquè. Les dix grammes que voici (M. Danger présente à MM. les Jurés un tube plein d’une matière blanche cristalline) seraient insu£S.sans pour tuer d’un seul coup un lapin. Eh bien! la centième partie de ce que contient ce tübe, mise dans la bouchej y laisse une impression métaULque insupportable. "
Uti chien auquel on a administré une quantité d’acétate de plomb su£B.sànte pour le tuer d’un seul coup, cesse presque immédiatement de ae mouvoir. Après la mon , la membrane muqueuse de l’estomac apparaît comme tannée.
Lorsque, au contraire, on administre chaque jour à un chien de. petites quantités d’acétate de plomb , l’animal cesse bientôt d’avoir de l’appétit; il dévient triste, et nè tarde pas à refuser toute espèce d’aliment; la muqueuse buccale prend une coloration de plus en plus foncée, vous diriez une gueule de plomb; les yeux, contractés dans leur orbite, sont enveloppés de paupières de plomb ; il n’ÿ a, plus de inouvement, plus de voix.
A l’autopsie, ces viscères présentent un aspect tout particulier; ils sont profondément imprégnés d’une-coloration Jaune-citron. La muqueuse intérieure de l’intestin grêle présente un aspect plombé, comme si elle se trouvait parsemée de sulfure de plomb, en sorte que s’il fallait conclure a priori J j’admettrais qu’il se forme du sulfure de plomb dans une grande partie de-.l’appareil digestif, et que ce sulfure de plomb reflète cette coloration jaune à cause de 1 état de l’extrême division qu’il éprouve en pénétrant dans l’organisme. Ce qui me fait regarder cette
EMPOISONKEMENT
opinion comme probable, c’est que les viscères lavés avec de l’eau aérée se décolorent très vite, sans pour cela perdre le plomb retenu dans les mailles des tissus colorés. Je ne m’étendrai pas plus longuement sur ce sujet; seulement je ferai remarquer que dans le cas d’empoisonnement par le plomb, ce métal se rencontre en abondance dans les poumons, ce qui n’a lieu ni pour l’arsenic , ni pour l’antimoine, ni pour le cuivre. C’est à l’appréciation de MM. les médecins que j’abandonne plus spécialement ces phénomènes physiologiques.
.Les rapports soumis à mon examen sont au nombre de trois. Le premier est le résultat de l’expertise chimique faite par deux médecins, MM. Reynaud et Porral. Je ne m’arrêterai pas à ce rapport, qui contient les détails d’analyses nombreuses et régulières, mais qui se terminent par des conclusions négatives, tant sur la présence des poisons organiques que sur celle de l’arsenic, de l’antimoine et du cuivre. Je passerai immédiatement à l’examen du rapport dans lequel l’accusation trouve un corps de délit.
Lorsque MM. Reynaud et Porral eurent terminé leurs recherches, ils manifestèrent le désir qu’elles fussent contrôlées, et on leur adjoignit M. Barse pharmacien-chimiste à Riom. Dès-lors la question changea de face. M- Barse fournit des réactifs, répéta d’abord lès épreuves des deux premiers experts, et confirma leurs résultats négatifs quant à la question des poisons végétaux, de l’arsenic de l’antimoine et du cuivre.
Mais, par suite d’une nouvelle perquisition judiciaire faite au domicile de Pouchon, les experts furent conduits à la recherche du plomb. On trouva du plomb, mais comment ? Voici, messieurs les jurés, le point sur lequel
j’appelle toute votre attention.
Dans la première expertise, on terminait les contreépreuves, on essayait les réactifs ; dans l’expertise de
M. Barse, pharmacien chimiste, on ne termine pas les contre-épreuves, ou on ne les: fait pas exactement dans les conditions voulues. S’agit-il d’eau distillée, de potasse, ou d’acide, l’expert dit : j’ai pris de l’eau distillée pure, de Fa potasse pure, de Tacide pur ; mais il n’essaie rien, ou s’il essaie ses réactifs, il le fait à demi ou en temps inopportun.
Voici, messieurs, des prescriptions qui ont été formulées par l’Académie des sciences : Dans tous les cas, il est in dispensablef'Cependant, que l’expert essaie préalablement avec le plus grand soin toutes les substances qu’il doit employer dans ses recherches ; nous pensons même que quelques essais préliminaires ne donnent pas une garantie suflS.sante, et qu’il est nécessaire que l’expert fasse en même temps, ou immédiatement après l’expérience sur les matières empoisonnées, une expérience toute semblable à blanc, en employant tous les mêmes réactifs et en mêmes quantités que dans l’opération véritable.
L’expertise ne s’est nullement soumise à ces sages prescriptions. Aussi, qu’est-il arrivé ? C’est qu’un dernier rapport constate la présence du plomb dans l’eau distillée, ainsi que dans la potasse employée, réactifs déclarés purs par M. Barse. Ce rapport est signé par les trois experts, et par MM. Dupasquier et Orfila- D’un autre côté, comme il n’est consigné nulle part qu’on ail changé d’eau distillée, l’eau distillée pure de M. Barse est de l’eau contenant du plomb. La potasse à l’alcool pure de M. Barse est de la potasse qui contient du plomb.
Ces contradictions flagrantes de M. Barse ne sont pas les seules que j’aie à signaler à messieurs les jurés.
Lorsqu’il s’agit d’expertiser sur les restes de Pouchon, l’expert divisa son travail en trois séries.
Première série : Recherche des poisons végétaux ;
Seconde série : Recherche de l’arsenic ;
Troisième série : Recherche du plomb.
Chacune de ces séries présente un grand nombre d’essais plus ou moins réguliers : de très grandes quantités de matières sont mises à cuire; des espèces de pot-au-feu séjournent dans des vases, soit en porcelaine, soit en fonte de fer, et l’expert ne paraît pas se douter des erreurs que peut apporter dans les résultats la nature métallique des parois du vase dans lequel il fait ses opérations chimiques.
Dans les exjpériences les plus ordinaires de laboratoire, les chimistes se servent de vases en porcelaine vernissée, de creusets en porcelaine ; ils poussent même les précautions jusqu’à renfermer ces creusets de porcelaine dans d’autres creusets en terre, afin de les assurer contre les chances de tout genre qui pourraient apporter quelque doute pour le résultat définitif de leurs opérations.
Eh bien ! qu’a-t-on fait dans l’expertise? On s’est servi de grossiers creusets de Hesse. Comment s’en est-on servi? On les a tout simplement jetés, sans précaution aucune, au centre d’un brasier ardent, sans couvercléj exposés à «ne chute incessante de poussière et de cendres, cendres qui fréquemment contiennent des métaux susceptibles d’être précipités par l’acide Sulfhjdrique.
Ainsi, il résulte des deux derniers rapports.quel’eau distillée et la potasse contenaient du plomb; il en résulte, de plus; qu’une chaudière en fonte a servi alternativement à faire bouillir les organes de Eoüchon avec des masses considérables d’eau distillée, dite pure, mais qui contenait du plomb, aux termes mêmes du rapport signé par MM. Barse et Orfila ; que cette même chaudière a également servi à carboniser des matières douteuses.
C’est sür l’emploi de la chaudière en fonte surtout que je prie messieurs les jurés de vouloir bien appôi ter une attention toute particulière.
Lorsqu’on laisse séjourner dans un vase en fonte; soit de l eau contenant du pibmb, soit tôutes autres màtières
eontecant de-l’acétate de plomb., ou tout autre combinaison de plomb en dissolution, l’expérience démontre que le métal, le plomb, cesse bientôt de faire partie des liquides contenus dans le vase de fonte : le métal s’est revivifié, et de plus, il s’est appliqué sur les parois du vase j il a même pénétré très profondément partout, dans les pores et entre les fissures. Lorsqu’une chaudière a été ainsi pénétrée, un lavage, un décapage même, faitisavec le sable et l’acide azotique, peuvent bien enlever le plomb appliqué sur la surface ; mais ni le lavage, ni le décapage au sable et à l’acide, ne peuvent donner de garanties suffisantes pour qu’on puisse assurer qu’on ait atteint les niolécules de plomb qui ont pénétré dans les pores et entre les fissures. Mais, objectera-t-on, si le décapage au sable et à l’acide n’atteint que la superficie, et nullement les portions de plomb qui ont pénétré plus avant, après un décapage bien fait, cette chaudière sera très propre à faire des carbonisations, car si le décapage n’enlève plus rien, le plomb qui reste dans les pores et les fissures de la chaudière ne pouri-a en sortir pendant l’acte de la carbonisation, pour venir, comme par enchantement, se mêler aux substances que l’on carbonise. Eh bien ! c’est cependant ce qui a lieu; il y a plus, quand on carbonise, non-seulement le plomb mécaniquement retenu dans les pores de la fonte peut en sortir, mais le plomb que la fonte peut retenir a letat d’alliage peut luirtnêmo sortir pour venir ,se mêler aux matières que l’on carbonise.
Messieurs les jurés, comme ce que je viens d’énoncer potu’rait paraître hypothétique, je vais l’établir par l’exp^ience : a l’extrémité d’une lame de fer l’on a pratiqué une vingtaine de petits trous de deux millimètres de profondeur et d’un demi-millimètre de diamètre ; ces trous ont été remplis avec du plomb qui sortirait immédiatement si l’on chauffait cette lame à la température à laquelle
EMPOISONNEMENl
fond Je plomb ; et cette température est précisément égale à celle où s’efiFeetue la carbonisation des matières animales. Ce qui se passe pour le plomb mécaniquement retenu dans les pores de la fonte, se passe de la même manière pour le plomb allié à la fonte. Pour montrer aux yeux le mécanisme de cette opération , voici une lame formée de parties égales de cuivre et de plomb, fondus ensemble; si monsieur le président veut me le permettre , je vais la chauffer avec cette lampe à alcool, et vous ne tarderez pas à voir de petits globules métalliques surgir de tous cotés.
M. /e préjidenr s’bppose à ce que rexpérience soit faite.
M. Danger reprend: Lorsque le plomb est à l’état de dissolution, la fonte,se trouve bientôt comme imbibée de parcelles métalliques, parce que le fluide qui les contenait à l’état de dissolution mouille la fonte.
Lorsque le plomb est a l’état.métallique et fondu, il sort des pore§ de la fonte , parce que le plomb fondu ne mouille pas la fonte. Ce sont surtout des phénomènes de capillarité.
Ces faits une fois bien établis, il résulte, de la manière la plus évidente, que l’expertise de M. Barse n’a absolument aucune valeur,, et qu’elle est réprouvée par la science.
Messieurs les jurés, les matières remises à un expert sont des pièces acquises ^ la justice, et que l’on doit ménager avec le plus grand soin.
Si M. Barse eût suivi les sages Conseils donnés par l’Institut , il aurait évité lès erreurs graves dans lesquelles il est tombé, involontairement sans doute. Au lieu d’être gaspillés sans fruit aucun, les matières à conviction auraient pu faire connaître la vérité de la manière la plus évidente. Quelles que soient les connaissances que l’on pui^e avoü' en chimie, ces connaissances ne serviront qu’à
PAB. UN œMPOSÉ DE PLOMB, 109
égarer davantage si on n’a pas d’ordre. Avant tout, dans une expertise toxicologique, il faut de l’ordre.
M. Flandin est appelé. Il s’exprime ainsi : J’ai été consulté en même temps que M. Danger sur les pièces du procès qui sont relatives à l’exhumation, à l’autopsie et à l’analyse chimique du cadavre de Pouchon. Une consultation a été adressée par nous à MM. les avocats des pré-' venus. Dans notre ignorance des droits de la défense, nous supposions que là devait se borner toute notre intervention dans cette affaire. Mais on nous a demandé plus , on nous a assignés à comparaître à cette audience. Nous n’avons pas pu décliner une aussi grave mission, mais nous l’avons acceptée à regret, et cela pour deux raisons : la première, c’est que dans la position qu’on nous a faite, il est à craindre que l’on ne nous suppose animés d’un esprit d’opposition qui est loin de nous ; la seconde, c’est que, quelle que soit notre réserve, il nous sera pénible de nous trouver en contradiction avec des sa vans qui, chargés d’une mission délicate, l’ont certainement remplie avec honneur et conscience.
M. Flandin dit qu’il examinera successivement les rapports relatifs à l’analyse chimique des organes de Pouchon, les procès-verbaux d’exhumation et d’autopsie.
Au sujet du rapport des experts-chimistes, il fait cette remarque préliminaire que , lorsque ce sont des médecins habiles et instruits qui opèrent, tous les réactifs sont préalablement essayés, et les résultats négatifs ; tandis qu’au contraire, quand intervient un chimiste, M. Barse, iLn’est plus question, d’un essai préalable des réactifs , et les ré-; sultàts des analyses sont contradictoh’es avec les précédons- C’est une grave omission, dit-il ^ que celle de. ces essais préalables des réactifs; le rapport de l’Académie des sciences envoyé à M. le garde-des-sceaux dit formellement r “ Dans tous les cas, il est indispensable que l’expert essaie
avec le plus grand soin tous les réactifs qu’il doit employer
dans ses recherches, »
Sur la demande de M. le procureur-général, M.Flandin lui remet le rapport en lüi indiquant le passage.
Examinant le rapport définitif, Je rapport dés trois experts^ sur lequel se fonde l’accusation, M. Flandin rappelle ^ue MM, Barse, Porral et Reynaud s’étant proposé de,rechercher dans les organes de Pouchon toutesles substances toxiques capables de donner la mort, ils ont divisé leurs opérations en trois sériesv
Première sérié : Recherche des poisons végétaux ;
^ Deuxième série : Recherche des poisons susceptibles
detre reconnus par l’appareil de Marsh ;
Troisième série : Recherche des autres poisons métalliques. , .
Pour rechercher les poisons végétaux , dit M. Flandin , les experts ont procédé de la manière suivante ; ils ont fait bouillir «ne partie de l’œsophage, l’estomac et le cœur avec de l’eau fortement aiguisée d’acidé acétique ( dans le but de former l’acétate de morphine particulièrement), et ils ont précipité les matières animales Si\ecà\x sous-acétate d& jil&mb ( M. Fiandin-appuie forteméht sur ces derniers mots). Quelle quantité de matières animales, quelles quantités relatives d’acide acétique et de sôüs-âcétate dè plomb ont:employé MM. les experts?. Lé rappèrt fes{e muet à cet e^rd , et c’est encore là une grave omission dont les conséquences vous ont sans doute été dévélpjq,ées. ;
Dans ,Ia seconde série d’expériences, les chimistes, : recherchant les poisons suseèptihles d’être reconnus par l’appareil de Marsh,uî’est-à-dire l’arsenic et l’antimoine, n’ont obtenu que des résultats négatifs. .
- Dans la troisième série, les experts, prenant les résidus
de leurs premières opérations enfante,
obtienneut^u plomb au .terme de leur expérience. - ^
PAR TTN COMPOSÉ DE PLOMB. Ut
Mais , disent-ils eux-mêmes , incertains s’ils n’ont pas traité dans cette opération des matières auxquelles a pu se trouver mêlé: un précipité plombifère, ils jugent à propos de recommencer l’expérience, en prenant sur le cadavre de Pouchon des matières nouvelles, vierges de toutes manipulations antérieures, pour répéter leur expression : ils choisissent le gros intestin et une partie de l’intestin grêle.
Ici, messieurs les jurés, j’appellerai toute votre attention. Les experts vont se servir d’un vase suspect, d’un vase en fonte, qu’ils auraient dû rejeter. Au moins le nettoieront-ils, le décaperont-ils avec précaution ? Ils n’omettent pas de dire qu’ils ont pris ce soin.
« La chaudière en fonte, disent-ils, et ici je suis sûr de reproduire textuellement leurs paroles, la chaudière en fonte est décapée fortement au moyen de sable et d’acide nitrique à chaud. Le liquide qui provient du lavage traité par l’acide sulfurique ne donne aucun précipité qui puisse annoncer des traces de plomb. » Cet essai a pu paraître ufOLsant, mais il ne le sera pas pour vous, je l’espère. D’une part, en effet, l’acide sulfurique ne précipité pas, ou ne précipite pas sûrement et complètement les dissolutions acides du plomb , et la dissolution sur laquelle ils opèrent est nécessairement acide, car on n’a pas fait évaporer l’acide nitrique, repris le résidu de l’évaporation par l’eau, du moins le rapport ne le dit pas ; de l’autre, messieurs , vous pressentez que le décapage, que l’action de l’acide nitrique n’a attaqué la chaudière qu’à sa- surface.
Or, si dans cette chaudière en foute ont bouilli des matières plombiferes, et les experts le croient, ils leredoutént du moins, au contact du feu le plomb s’est revivifié, «t cela non-seulement à la surface du vase, mais par tous ses pores, d’atome àa.tome, pour ainsi dire, en raison de la porosité de la fonte, en raison que vous connaissez sous le-nom de galvanisme ou de galvanoplastie. Vous le savez tous.
1^12 ExWQISONNEMENT
messieurs, c’est sur ce principe qu est fondée cette conquête nouvelle de l’industrie, l’application des métaux sur les métaux. Si le métal appliqué ne formait qu’une couche uniforme sur les surfaces du métal auquel on veut l’unir le frottement l’enlèverait facilement ; mais le métal pénC tre plus profondément dans le métal j il le pénètre par tous les points, dans tous les interstices, et, vous le savez la fonte est un corps essentiellement poreux, il se prête d’àütant plus facilement encore à cette pénétration.
C’est dans cette chaudière que MM. les experts font
carboniser les matières vierges de toutes manipulations
antérieures, qu’ils les font carboniser à feu nu, sans addi^ tion 4’aucüne substance étrangère. Carboniser ! que veut dire ici ce mot ? Réduire en charbon ; pour réduire une matière animale en charbon, quelle température faut-il ?, De 3oo à 320 degrés au moins, et dans l’opération du décapage, on n’avait pas porté la température au-delà de loo degrés, car l’acide nitrique s’évapore au-dessous de cette température. Dans l’acte de carbonisation , on.a donc chauffé.fortement cette chaudière, on l’a chauffée jusqu’à la température à laquelle se liquéfie lé plomb. Ce plomb, si la chaudière en contenait,et j’ai montré qu’elle pouvait, qu’elle devait en contenir, ce plomb a dû surgir à la surface en petits globules, ainsi qu’il arrive dans ce phénomène appelé liquation. Ce plomb s’est combiné avec la matière carbonisée, et on a dû le trouver au terme de rexpérience. : ^
Ici M.^Rlandin demande à produire l’expérience devant
Cour.:: Il s’agit pour cela de faire chauffer au-dessoua d une lampe une lame de cuivre, de fer, ou de tout autre métal pénétré de. plomb.
M. le procurmK-génékal fait observer à M. Flandin que MM. les jurés ont déjà connaissance de ce fait par la dépositionde M. Danger.
Messieurs , reprend alors M. Flandin, non-seulement l’expérience, telle que je me proposais de la faire devant vous en moins d’une minute, est essentiellement significative, mais j’ai répété, nous avons répété, M. Danger et moi, l’expérience même des experts telle qu’ils l’ont décrite dans leur rapport, et en carbonisant des matières animales pures, bien entendu, nous avons, au terme de notre expérience, trouvé du plomb dans notre charbon.
On dira que, dans une opération consécutive, faite sur les organes d’un cadavre déterré exprès, opération qui sert de contre-épreuve à la précédente, on n’a pas rencontré de plomb : cela est fort simple à expliquer. On avait, durant la première carbonisation, chauffé la chaudière jusqu’à 3oo, à 4oo degrés; on pouvait avoir fait sortir tout le plomb des pores de la fonte qu’ils recélaient. Il eût été possible, néanmoins, qu’on eût trouvé encore cette seconde fois du plomb, et ce plomb, pour M. Barse, eût été du plomb normal; car aujourd’hui M. Barse croit à l’existence du plomb normal, qu’il ne reconnaissait pas ài’époque des expériences faites au Puy.
A ce sujet, M. Flandin raconte que M. Barse se rencontrant avec lui à Paris, peu de temps après la lecture à l’Académie des sciences d’un mémoire sur le cuivre (juillet 1843^, mémoire:dans lequel, conjomtement avec M. Danger, M. Flandin nie l’existence du plomb normal, M. Barse lui dit qu’il s’appuierait sur leur autorité pour soutenir devant les assises du Puy que le plqmb qu’il avait rencontré dans les organes de Pouchon n’était pas du plomb normal, mais du plomb, provenant d’un empoisonnement. Or, dit M. Flandin , après un court séjour à Paris, M. Barse adressa à l’Académie des sciences un travail dans lequel, d’accord en ce point ayec M. Orfila, il reconnaissait l’existence du cuivre, et sans doute aussi du plomb normal,car ici le cuivre et le plomb peuveat être dits solidaires. Au
EMPOISOISNEMENT
lU
Puy, il semble qu’oa cberchait pour ne pas trouver, tandis qu’à Paris les recherches sont faites dans une autre direction et pour satisfaire à d’autres idées.
M. le Président interrompant M. Flaudin: Vous ne voulez pas dire, sans doute^ que M. l’expert opérait avec mauvaise foi? ,
M. Flandin. Non, non, monsieur. N’ai-Je pas dit en commençant que les opérations de tous les experts m’avaient paru consciencieuses !
M. le Président. Coi^ûnvL&L.
M. Flandin passe à l’expérience des experts qui leur a fait découvrir dés tracés de plomb dans les raclures qui ont été recueillies dans la chambre ou sur le bois de lit de Pouchon. Il dit d’abord que ces matières sont éminemment suspectes, à cause de la manière dont elles ont été recueilliès ; il ajoute que les experts eux-mêmeS.ont reconpü plus tard l’impureté de leur potasse et de leur eau distillée, qui contenaient du plomb. En raison de ces circonstances, une quantité de pilomb que les experts eux-mêmes ont appelée infinitésimale ne peut constituer un véritable corps de délit. Ce point établi, M. Flandin se demande si les altérations anatomiques constatées sur le cadavre de Pouchon, si les symptômes de la maladie qui a précédé sa nropt, peuvent apporter des preuves, des présomptions même à une aecusation d’empoisonnement. Il réproduit avec de nouveaux détails la discussion de M. Rognelta, et il conclût pour la négative.
Dans le cours de cette partie de sa déposition, M. Fiandin ayant éu occasion de dire que les altérations pathologiques produites par le plombsontcaractéristiques, qu’elles persistent long-temps après la mort, que si elles avaient existé sur le cadavre de Pouchon, elles auraient certainement été remarquées et signalées par MM. Reynaud et J*orral, qui sont des médecins habiles, particulièrement
PAR WS ÆOMPOSÉ DE PLOMB, par M. Reynaud, qrii est un savant anatomiste, et à qui Ton doit d’excellens travaux d’anatomie pathologique, M. le procureur-général lui demande s’il en est des autres poisons comme du plomb, s’ils laissent après eux des traces sensibles de leur passage à travers les organes. ?
Il faut faire une distinction, répond M. FJàndin. Le plomb laisse dans les membranes de l’intestin les traces les plus visibles de la présence de son passage. La membrane intérieure du tube digestif est quelquefois comme tannée dans une étendue considérable. Dans les cas ordinaires, elle est parsemée de points blancs, ou de taches de même couleur, qui ont été parfaitement signalées par M. Orfila. D’autres poisons ne laissent pas de traces pour l’œil de l’anatomiste, mais où l’exacden anatomique ne révèle rien, intervient la chimie, qui toujours, elle, retrouve le poison.
M. le procureur-général. Même les poisons végétaux ?
M. Flandîn. Je ne parle pas ici des poisons végétaux ; mais un essor nouveau a été donné à la toxicologie ; on a compris les services qu’elle pouvait rendre même à la thérapeutique. Des hommes pleins d’ardeur ont entrepris ces recherches; on ne peut en douter, ces recherches amèneront les plus heureux résultats ; peut-être même que ce qui n’a pas encore été annoncé existe en germe, et n’attend que l’occasion de se produire.
En résumé, M. Flandin serait porté à penser, et c’est là sa conclusion, que Pouchon est mort d’une affection organique de l’estomac, aggravée par une indigestion.
Après ces dépositions, M. le président donne la parole à M. Barse, pour répondre aux objections qui viennent d’être faites sur son rapport.
M. Barse. Loyauté dans la discussion, voilà le terrain sur lequel j’appelle mes contradicteurs. Nous sommes en fin face à face, et nous ne raisonnons plus à travers la muraille qui sépare la salle des témoins et la salle d’assises.
Tous les faits sur lesquels reposent les objections qui me sont faites sont inexacts, et je le prouve.
A vous, monsieur Rognetla, ou avez-vous donc vu que l’estomac, l’intestin grêle, les liquides renfermés dans ces cavités, ne contenaient pas de plomb? Où donc avez-vous vu que l’intestin seul ait laissé découvrir ce métal, qui vous dit que les liquides laissés dans le vase d’où j’ai èxtrait ces viscères ne contient pas de plomb? Je proteste de toutes mes forces contre cette assertion erronéë, et, mon rapport à la main, je dis.: partout j’ai trouvé du plomb! Dans seize réactions successives, j’ai obtenu du plomb! tous les organes analysés contenaient du piomb i Lisez., mais lisez tout, et reconnaissez votre erreur,
A vous, monsieur Flandin ; vous accusez ma potasse, vous accusez ma chaudière. Quand j’obliens le plomb sans le secours de ma potasse, c’est que la chaudièreen contenait ; quand j’obtiens le plomb sans chaudière, c’est qu’il provenait de la potasse. Chaudièii#^èt potasse, potasse et -chaudière, voilà le cercle vicieux qui sert de base à votre argumentation. Aiusi, quand je; mets à: bouillir, dans de la foute bien décapée, des or.ganes de Pouchon avec de l’eau et de la potasse, les forces électriques, le galvanisme, la loi des-subslitulions, les afELniiés, tout intervient entre le plomb contenu dans la potasse et la fonte de la chauf dièré; les pores de la chaudière se dilatent, chacun de ces pores devient une bouche avide, dans laquelle chaque atome plombique, nageant dans la masse,, vient infailliblement se précipiter. Au bout de six heures d’ébullition, tout le plomb de la surface s’est fixé dans la fonte sous de la surface ; aussi quand, dans cette même chaudière, je reviendrai faire une carbonisation , malgré un décapage au sable et à l’acide azotique, malgré les forces puissantes d’affinité et ue galvanisme, ces mêmes pores s’ouvrent avec complaisance, et le plomb vient de nouveau se
tnèlangèr aux organes dé la chaudière, car ce plomb doit obéir à une force toute nouvelle et énergique... la capil-
tAKITÉ!
Admirable théorie! ingénieuse explication! il est dommage qu’elle croule en présence du plomb resté dans le bouillon des organes , tandis que, selon vous, il devait rester dans la chaudière. Il est fâcheux surtout que même expérience, faite sur même chaudière, avec même eau, même potasse, mais avec un cadavre autre que celui de Pouchon, renverse de fond en comble vos hypothèses ; car, dans cette série comparative, il n’y a plus de galvanisme, plus de capillarité : ni fonte ni potasse ne donnent un seul atome de plomb.
Autre objection. Ce précipité noir que j’ai extrait des vomissemens n’éstpas du plomb, car l’Académie des sciences a dit qu’il ne faut juger que par le métal, et non par ses composés. - Lisez , monsieur Flandin, et voyez. Ce sulfure provient de globules métalliques extraits des vomissemens. Dites donc avèc moi que non-seulement je suis fidèle aux principes de l’Académie des sciences, mais encore que j’ai fait plus , car j’ai justifié le nom de ce métal en Je;transforniant en sulfure. La raison a fait justice. ; -
A vous, monsieur Düpasquier: Où donc avez-^vous vu que je me base sur une petite quantité; de plomb,- que la potasse contenait du plomb, que l’eâu employée par moi en 1842 était celle que vous avez analysée en <843? Je vous interpelle formellement sur ce sujet j et de plus i, je vous somme de venir dire que^la quantité de plomb que vousâvèz extraite vous-même d’un paquet de raclures était enbrme, et avait été obtenue sans potasse, sans eau plombique, sans chaudière ; je vous enjoins de dire que ce résultat vous a fait conclure à la valeur de mes premières exj'êriences^ vous le direz, car vous l’avez écrit.
A vous monsieur Danger, qui m’accusez d’avoir fait un
lia EMPOISONNEMENT
rapport sans ordre et sans clarté : allez relire et faites lire à nos jnges les pièces que vous me faites l’honneur de cri r tiquer d’une manière si courtoise.
En résumé, mon expertise reste intacte, mon opinion reste debout, ma conviction reste inébranlable,. Il faut oublier l’usage de son intelligence pour ne pas céder à lalogique des antithèses que présente le/>/;'/«^ partout il s’agit du cadavre de Pouchon, lepari quand il s’agit d’un cadavre normal ; la présence du plomb, quand; il. s’agit des viamissemens. racles sur les planches du lit de Pouchon, l’absence du plomb quand il s’agit de ra^ dures de ces mêmes planches là où Pouchon n’a pas vomi.
Ainsi donc, plomb partout; car j’ai été condtïit au nom de ce métal, parmi le nombiré dès substances qpe j’analjsais, comme on est conduit à prononcer le nom d’un homme connu qu’on rencontre pap hasard dans; laTfoule, c’esf-^à>-dire par son aspect, par sa physionomie, par.l’éyidence. Je suis prêt à combattre toute autre objection,, qar c’est pour abréger le débat; que je laisse les autres ^ns^ réf ponse.
M. Elandin, tenant a la main des. rapports ou des CO';pies de rapports, demande à en lire deux passages ; il commence même cette lecture i mais M, le président hinterrompt, en disant que les rapports sont, entre ses que toutes autres pièces n’ont, aucun caractère'dans ces débats, , ; J ^ ^
M, Barse. Prenez garde, monsieur Elandin, la pièce que l’on vous a remise est; fausse.
GrelleU Nous prions M, le président de vouloir bien lire le rapport de l’expertise faitesur les réactife aux as= sises du Puy, etsigné pàr MM;Orfila, Dupasquier, Bar^J Porral et Reynaud.
M. le président donne lecture de ce rapport, et arrive au passai suivant :
« Quant à la deuxième question, il résulte de leurs recherches que la potage à Valcool, dont MM. Reynaud., Porral et Barse avaient fait usage, leur a fourni une certaine quantité de plomb, mais qu’ils ne peuvent pas afifiirmer que ce métal provient de cet alcali , attendu qu’ils ont reconnu que l’eau distillée dont ils pouvaient disposer pour leurs opérations renfermait une quantité sensible de plomb. »
M. Barse. On voit que nous disons.dans ce rapport que l’on ne peut assurer que le plomb provient de la potasse. Les experts sont restés neutres à cet égard. L’eau distillée employée dans cette vérification n’est pas celle que j’ai employée dans mes opérations.
Un débat assez vif s’engage entre MM. Dupasquier et Barse, relativement à l’expertise, de vérification sur les réactifs. M. Barse soutient que les experts n’ont pas en-tendu dire que la potasse était impure. M. Dupasquier dit qu’il a été impossible de se prononcer, parce que, par suite d’ün-accident dans les opérationsjt^ on n’a pu savoir si le plomb qu’on a trouvé provenait de la potassé ou de l’a-cide. sulfurique que les experts ont eu également à employer.
M. Dupasquier rappelle ici que sur quatre échantilions de potasse à l’alcool réputée pure, qu’il a pris chez des fabricans, il a trouve dans toutes une assez forte quantité de plomb.
M. Flandin demande, sinon à lire le passage d’un rapport de M. Barse, dans lequel il esj dit que l’opérateur « carbonisé des matières organiques ^ans une chaudière en fonte, du moins à le citer de mémoire- Voici, dit M. Flandini le texte même du rapport : « Le gros intestin et. une fraction de l’intestin grêle sontplacés dans celte chaudière, Gt carbonises sans addition d’aucune substance étrangère. »
M. Barse se défend d’avoir employé des réactifs impurs;
EMPOISGNNÉaiENT ;
il soutient que non-seulement la potasse, mais encore l’eau distillée employée dans ses diverses opérations, ne contenaient pas de plomb. Relativement à l’objection qui lui a été adressée sur la chaudière en fonte, il dit h’avoir,point carbonisé les matières animales dans ce vase; que toutes les carbonisations ont été faites dans des capsules en porcélainè. :
Un conseiller à M. Bar se. Expliqüfz vous, mohsiéufj sur la nature dés matières vomies par Pouchon .
M. Bàrse. Toutes les fois que J’âî agi' sur lés raclurès provenant des parties du lit, du coffre et du pianchér sür lesquelles il y avait ëu des vômissemeris, j’ai trouvé du' plomb ; au contraire, jen’en ai jamais retiré éri analysant les T&clures de ces memes méuhles prisés sur lès parties ûù Pouchon n’àvàit point vomi. Pourtant j’avais employé les' mêmes réactifs et suivi les mêmes procédés. - ,
M. /e preVtdé»é.‘‘Monsiëur Orfiia; vous avez entendu lés dépositions faites par MM. Dupasquier, Rognétta, Danger etFlandin ; pérsistez-vôus dans vos conclusions?—Ri Plus que jamais, et je répète que rempoisonnemeht dé Pouchon est un fait excessivement probable. Si la Cour le désire, Je vais examiner une à une les objections produites par Ces messieurs, les réfütër, et prôüver qu ellês n’ont aucune'valeur. ■ . Jï.
M. le président. Vous avez enténdu M. Rognéttà dire que dans les recherches sur les poisons, et notamment sür le plomb, il fallait évitèf les-expériences chimiques compliquées, et que l’on dévàît s’èn tenir aux moyens les plus simples; qu’ainsi, dans l’empoisonnement par le plo mb , rien notait plus facile que de constater le fait, puisqu’on ouvrant l’estomac on y trouvait des masses de plomb. Que pensez.vous de cette assertion? — R. C’est une erreur grave, car on ne découvre jamais de plomb dans l’estomac, ni dans lexintestins; Jamais ce corps n’a èxisté à l’état mé-
PAR ÎJN COMPOSÉ DE PLOMB. t?I
tallique, et pour l’obtenir sous cette forme, il faut nécessairement décomposer les tissus par des agens chimiques : ce que l’on voit, ce sont les grains blancs dont j’ai parlé dans ma déposition, ou bien une teinte grise qui est due * à la combinaison du sel plombique avec une ou plusieurs des membranes du canal digestif. '
M. le procureur-général. Est-il vrai que l’acétate de plomb soit aussi inoffensif qu’on l’a dit ? — R. Les sels’de plomb ne sont pas très vénéneux ; inaîs on s’ést mépris en faisant â réspèbe une application dés principes généraux. Pouchon souffrait depuis fong-tèhips de réstomac; cet organe était chez lui excessiyement,irritable , et l’on conçoit qu’une faible dose d’un sel de plomb qui n’aurait prodùit chez’un individu robuste et bien; portant que des accidens peu graves, en ait provoqué de très intenses chez Poùchon. ■ ■
M. le procureur-général a soutenu l’accusation , ’ en s’appuyant prâticipaiement sur les chargés autres que celles résultantdéi^expériences chimir^es; « Quant aux expériences chimiques , a dît ce magistrat, si elles n’oht pas été faites avec'toute la régularité'désirable , si on peut contester l’origine du poison trouvé par les experts, il n’en demeure pas moins établi que la dernière analysefaite én présènce de MM. Orfila éf Dupasquier a fait retrouver du pîdmb dans la matière des vomîssemens re-’ cueillie sûr le ‘ plahchër. Âvl fèsté , la' chimie est une science conjecrtifalé : elle né doit pas être l’unique juge en cette matiérè t oh doit Seulement la Consulter.
« Il y a dès preuves, à dit M. le prOcuréur-général Du^- « pin, dans l’affaireLafarge, qui appartiennent à la morale'
et à la justice,ides prèuvès dont nous ne nous laisserons’ « pasdépossédèrpar lés travaux dès savahs.'» Ce sont donc surtout les faits 'dé là cause ■ que vous devez examiner, messieurs lés jurék''^‘Gé- quo nous demandons à la science
c’est de ne pas nous démentir. Or, Poucbon est-il mort ^laturellement, est-il mort empoisonné? Voila les questions qui peuvent permettre à la scienqe de montrer ses incertitudes. Mais si on interroge les faits, l’hésitation n’est plus possible : on demeure convaincu du crime. Les accusés avaient intérêt à le commettre, ils le désiraient j des propositions d’empoisonnement ont été faites, l’empoisonnement a eu lieu,.. . ,
Les accusés, déclarés coupables, par le jury ,du crime d^empoisonnement, ont été condamnés aux travaux forcés à perpétuité avec expositioni . ^ "
KÉFIÆXIOSS.
Rapport de MM. Barsef.Reynaud et 'Porral. Je eom-mencerai par rendre justice à ces experts dont la perspicacité, dans cette circonstance, est digne d’éloges; pn ne devait guère s’attendre,; en effet, à trouYer un sel de plomb, lorsque l’iodure de potassium ne troublait aucunement la liqueur examinée la première, quoiqu’elle contint un sel de ce métal ; op devait s’y attendre d’autant moins que rien-n’autorisait à supposer que l’empoisonnement eût^té produit par un composé de ce,geure. Toutefoisil ne faut pas se dissimuler que les recherches déjà si fructueuses de ces messieurs l’eussent été davantage si eliesavaient reçu une autre direction. Ainsi, on opère sur le foie, la rate, une partie des poumons , îa vessie et une partie de IHntestin grêle ; on trouve une quantité notable de plomb, et l’on conclut à une intoxication ; mais l’on a faitobserver que cette conclusion était tropabsolue, parce qu’il ne serait pas impossible qu’un sel de plomb inerte et insoluble eût été oontenn à^n^ y intestin grêle sur lequel on a agi ; je sais que MM. les experts affirment avoir parfaitement la v.é lasuiface interne de cet intestin, en sorte qu’il est permis de supposer que la poudre; inerte aurait
dû être eotr^née tout entière avec les eaux de lavage ; mais à la rigueur, ou conçoit qu’on puisse considérer les lavages comme ajant été insuffisans. L’objection n’eût pas été admissible, si l’on se fût borné à opérer sur le foie, la rate, les poumons et la vessie: dans ce cas, il est évident que le plomb recueilli aui’ait dû provenir d’un sel de, plpnib soluble et vénéneux qui aurait été absprbé pendant la vie, ou d’un de çés sels insplubleS; qui,, à la faveur des acides ou du chlorure de sodium,,contenus dans l’estomac, deviennent solubles et vénéneux,
Nous tirerPns de là cet enseignement qu’il devient nécessaire dans un grand nombre de cas d’empoisonnenient d’agir séparément sur le canal digestif et sur les viscères où les poisons ont été portés par l’absorption ; et comme ces cas ne peuvent pas être prévus d’avance, il est indispensable d’adopter ce principeeomme règle générale.G’estici lk)ccasion de faire remarquer toute l’importance des préceptes que j’ai étabhsdans ces derniers temps,relativement à la recherche des poisons absorbés et portés dans nos viscères; dans les débats auxquels a donné iieuda mort de Pouchon la. seule ohlection de quelque valeur qui ait été^ présentée, n’aurait trouvé aucun crédit, sid’on avait pu prouver que le plomb obtenu provenait du foie, de la rate, des poumons et de la vessie , c’est-à- dire de celui qui avait été ab^rbé.
Je-sais, et, il faut dire cela à davantage des experts du Pu,y,,que dans u»e seconde, opération le. gros ; intestin et une fraction de l’intest^ÎD grêle, après avoir été parfaitementlavés , ont été carbonisés à l’aide du. feu, et
qu’ils ont fournidu plpmbj. si les lavages ont été tels que l’indiquent ces ^messieurs dans leurs, dépositions orales (car le. rapport u’en fait point mention), on, serait mal venu à dire que la proportion considérablé de plomb, retiré, de , i’intestim aurait été.fournie par quelques parcelles d’un composé plombique insoluble qui seraient restées adbé-
renfës à la surface interne de l’intestin, ou bien qui se seraient combinées avec cet intestin ; sans a;ücün doute ceîa rie serait pas rigoureusement impossible, mais tout fait croiré'qué cela n’ést pas, et dès-lors, il est permis d’admettre qüè le plomb obtenü-prbyeriéitd’ün sel vénéneux de
ce métal qui avait été absorbé et porté dans l’intestin, oti d’un sel ; et qui se serait combine chimii-
quemènt avèc l’intestin pendant la vie. II y à donc d’immenses probabilités en faveur de l’irigestion d’un sél de plomb soluble et vénéneui; màis^jè le répète-^ il est à regretter, pour levef tout prétexté de doute , >qüè l’èxpériençe n’ait pas été faite excluswémeht Byëe lé fbié,la rà'tef^ les^utrions et la vessie.
Je sigrialèrai encore Une lacune dans l’expertisé faîteau Püÿ. Il eût été à désirer qù’àvaint dé ckrfe'dnisér à feu
nU lé' gros intèstinr ét une pbrtiôn d’intestin grêle j et mêmé.avant de laver cés iritëstins, on leS éûÉffait bouillir pèridatat 20 ou 25 minutés avec de l’eau distillée : à coup sur ori nâüràif point dissôùs un sél de pl6mb,^âî ces iritestiris n eussent f enfermé qu’ün sel insoluble hdn vénéneux^ et qùé les liqüides qü’ils éoriteriaienf ne fussent ni acides, riî mélangés: de ehlorüre dë sodium, tandis qu’on en aurait^ dissous une quantité quelconque, si le composé plombique ingéré eût été soluble èt vénéneux ; en effet, l’èxpéfierice démontre que ces composés sont èn partie solubles^alorsmême qu’ils sont combinés avec le tissu intestinal, soit par suite de l’absorption, soit par suite d’une combinaison chimique. Mais, dirâ-t-on, cette expérience eût été sans valeur, s’il eût existé un acide dans rinteslin, car alors ce corps aurait pu faciliter la dissolution d’un des sels tnsolubles dont on a parlé, on sorte que l’on n’au-. rait pas été à même de déterminer si le sel de plomb, contenu dans l’intestin était soluble et vénéneuxou insoluble
et inerte:- Cela est vi-af; mais if n’en est pas moins certam
que îa tentative eût été suivie de succès, au ntoins dans le cas ou les liquides de l’intestin n’eussent pas été acidés. Je conclurai donc de cè qui précède, qu’il y a avantage sans qu’il y ait le moindre inconvénient, à traiter d’abord les matières suspectes et les organes par l’eau distillée bouillante, et que dès-lors Une faut pas négliger de procéder à ce traitement.
La quatrième conclusion du rapport est ainsi conçue :
« Les préparations de plomb étant, à des doses plus ou moins considérables , 'üé/ie«cus’e^> il est certain que
Jacques Pouchon a dû subir rinfluenee.du poison.: » Ici les experts ont été induits en erreur par M. Devergie, dont M. Dupasquier a déjà cité l’opinion. (V. page, 45.)
Le professeur de Lyon a combattu cette conclusion, et il a invoqué des expériences qu’il avait tentées de concert avec M. Rey, et qui ont fourni les résultats suivans : le sulfure de plomb artificiel, la galène j le sulfate de plomb, Voxalate^ lé phosphate, le borate , et le tannate de plomb pevivent être pris à hante dose, et n’agissent autrement que le sable fin. « La science, a-t-il dit, ne s’était pas encore nettement prononcée sur cette question ; mais j’ai fait « un appel à l’expérience, qui l’a tranchée dé la manière « la plus positive ; tous les composés de plomb, insolubles « dans l’eau et inattaquables par les liquides contenus dans » l’appareil, digestif, ne sont pas vénéneux, etc.:» J’aj liéu de m’étonner que M. Dupasquier n’ait pas eu connaissance de ce que j’avais écrit à cet égard , dans les quatre éditions de la Toxicologie générale que j’ai publiées : il aurait vu que le principe de l’innocuité de certains sels insolubles de plomb avait été tranché par moi à unpoint tel, qu’après a voir reconnu que le sulfate de pouvait être
avalé impunément à haute dose> j’ai prescrit, en i8i4 j l’emploi des sulfates solubles comme contre-poison des sels de plomb, précisément parce qu’ils transformaient ceux-
ci en sulfate de plomb insoluble et inerte. M. Dupasquiér se serait également assuré que j’avais établi que le sulfure de plomb artificiel est inerte. J’ai dû insister sur ce fait ^ parce qu’à mon avis, il constitue le seulàrgumènt de quelque importance., parmi ceux qü’a fait valoir M. Dupasquier, et ^jue J’ai dû voir avec regret que loin de faire mention de mes expériences,, déjà bien anciennes, soit dans sa déposition, soit dans la lettre qu’il a fait paraître dans lé Journal des Débats , il appelait l’attention d’une
manière toute particulière sur l’importance du fait qu’il croyait avoir signalé le premier.
Examinons maintenant la valeur des expériences tentées par M. Dupasquiér, sur l’oxâlate, le phosphate, le borate et le tanhate de plomb, sels insolubles, dpntje n’avais point parlé, et que ce médecin croît inertes, et voyons si la quatrième conclusion des experts du Puÿ estde nature, je ne dirai pas à infirmer leur travail, mais même à en atténuer sérieusement les conséquences médico-légales. M, Dupasquiér, après avoir administré ces sels à des animaux, n’a constaté aucune action délétère de leur part ; est-ce à dire pour cela qu’ils ne seront jamais nuisibles ? Non certes ! car M. Dupasquiér reconnaît lui-même que les sels de plomb insolubles ne sont inertes ÿwe lorsqu’ils ne sont pas attaqués^ par les liquides contenus dans Vappareil digestif. Or, imposssble qu’il se trouve dans l’estomac de certains individus une quantité d’acide et de sél commun suffisante pour qu’une portion insoluble de ces sels soit dissoute et donne lieu à des accidens ? J’ai vu une fois lorsque je tentais des expériences avec ces sels, bien avanl 1 ouverture des débats devant la cour d’assises du P„y le tannate de plomb donné à un chien déterminer des vomissemens réitérés, ce qui annonçait une action nuisible delapartde cesel insoluble. Noussavons, en outre, le tartrate, 1 oxalate, le borate, le phosphate et le tannatê
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de plomb,pai/âiVe/wen? lavés , se dissolvent en quantité notable, et presque instantanément, dans de l’eau tenant en dissolution une faible proportion de chlorure de sodium et deux ou trois gouttes d’acide chlorhydrique ; 2 ® qu’il en est à-peu-près de même si ,, au lieu d’acide chlorhydrique, on emploie quelques gouttes d’acide acétique ; 3® que le borate et le tannate^se dissolvent aussi en quantité notable dans de l’eau à peine acidulée par l’acide acétique; 4® que le tarirate, l’oxalate et le phosphate, quoique beaucoup moins solubles dans ce dernier” acide, s’y dissolvent cependant un peu ; 5“ que le sulfate bien lavé se dissout sensiblement au bout de quelques heures, dans une dissolution de chlorure de sodium non acidulée ; qu’il se dissout mieux si l’on a ajouté au sel commun deux ou trois gouttes d’acide chlorhydrique, et moins abondamment, quoique encore d’une manière sensible, si la liqueur a été acidulée avec l’acide acétique. Le sulfure de plomb naturel se comporte à-peu-près comme lesulfate , apparemment parce qu’il contient une certaine quantité de ce sel qui se sera formé par l’action de l’air. Il est vrai que le sulfure Ær^^ciè/ne se dissout pas, s’il est receTO/wen^préparé, dans les agens dont nous parlons; mais, s’il a été exposé pendant quelque temps à l’air, il renferme déjà du sulfate de plomb, qui se dissout en partie dans la dissolution saline acidulée par l’àcide chloriiydrique- Rappelons en-, core que Viodure^ \e carbonate et \e chrornatey sels insolubles, sont vénéneux sans addition de sel commun ni d’acide, et que d’ailleurs l’oxalate, le phosphate, le borate et le tannate de plomb sont tellement rares dans le commerce et dans les laboratoires, que les chimistes qui veulent s’en procurer sont obligés de les préparer, et que le sulfate loi-même(^qui souvent n’est pas bien lavé, et contient de î’acétale de plomb) n’est pas d’ün débit déjàsi commun. On est dès-lors obligé de reconnaîlrequela portée de l’objection
faite par M. Dupasquier n’est pas bien grande, et que les experts du Puy, tout en émettant une assertion trop absolue , en ce qui concerne les qualités délétères des composés plombiques, pourraient être autorisés à croire que Pouchon était mort empoisonné.
Expertise faite au Puj le %‘i août par MM. Reynaud, Porraî, Barse, Dupasquier et Orfila. Cotte expertise nous fournit l’occasion d’appeler l’attention des lecteurs sur ü’ois points importans : La potasse à Valcqol peut-elle
contenir du plomh ? 3 'ai soulevé le premier cette question devant la cour d’assises de la Haute-Loire (V p. 88), en me demandant si, par hasard, la potasse employée par MM. Reynaud, Porraï et Barse, n’ôtait pas plombique. Cette]idée une fois mise en avant, chacun des experts appelés par la défense n’d pas manqué de l’explpitér, ét trois d’entre eux ont été jusqu’à dire, ce qui est faux résultait du rapport dont jem’occupe, qu’elle en renfermait réellement. Aujourd’hui que ces. faits sont jugés sans passion et sans préoccupation intéressée, nous pouvons examiner fructüeusement Cette, question^ Lorsqu’on sait comment on procède à la préparation de la potasse à Falcool dans les grands laboratoires où l’on prépare cet alcali pour le débiter ensuite dans le commerce, on reconnaît facilement combien il doit être rare de trouver de la potasse plombique; en effet , on fait bouillir du carbonate de potasse avec de la chaux et de Teau dans une chaudière en tâle, on filtre et Ibn évapore la dissolution alcaline dans une bassine d’argent et rarement de cuiore. On conçoit que la potasse ainsi préparée puisse contenir du fer, de l’argent et du cuivre, mais non du plomb. Mais dira-t-on l’évaporation de la liqueur alcaline a pu être faite dans une chaudière de cuivre étamée avec un étamage composé d’étain et de plomb j d’ailleurs le carbonate de posasse pouvait renfermer une certaine quant
PAR UN COMPOSÉ DE PLOMB, tilè de plomb; donc vous ne pouvez pas établir à priori que la potasse ne sera jamais plombique . Aussi, J’admets qu’à Ja rigueur cela peut être, et c’est parce que Je l’admets, que J’ai soulevé la question dans ma déposition au Puy ; mais je maintiens que l’existence du plomb dans ce réactif, constitue une exception très rare. On me fera observer sans doute que M. Dupasquier a annoncé à Riom avoir analysé"quatre échantillons de potasse à l’alcool qui contenaient tous du plombât de l’étain. A cela Je répondrai, qu'ayant de mon côté analysé trois échantillons de potasse à la chaux et un de potasse à i’alcool pris chez divers débitans, j’ai vu qu’ils renfermaient des quantités males de cuivre et dé fer, mais qu’il ne fournissaient aucune trace de plomb. -
Quoi qu’il en soit, l’expert se tiendra sur ses gardes, et lorsqu’il emploiera de la potasse à l’alcoôl pour un icas d’empoisonnement, il devra l’essayer en saturant 200 gr. de cette potasse dissoute dans l’eaù distillée pure par de l’acide acétique également pur, et en faisant passer dans la dissolution un courant de gaz acide suifhydrique gazeux : il se déposera un précipité noir peu abondant dont il faudra déterminer la nature après l’avoir bien lavé pour îsavoir si ce précipité est formé de sulfure de plomb, de cuivre ou d’argent ou d’un mélange de ces sulfures.
2 oL’^au distillée renferme quelquefois des /race^r de plomb, en sorte qu’il est indispensable de l’essayer avant de la faire servira la recherche médico-légale du plomb. En général, les eaux distillées qui contiennent du plomb sont celles qui ont été obtenues avec de l’eau plombique, cest-à-dire, avec de l’eau tenant en dissolution du carbonate acide de plomb ; car il est bien rare que de l’eau non plombique distillée dans des alambics étamés fournisse de l’eau distillée plombique. Quoiqu’il en soit, il importe de savoir que la proportion de plomb contenue dans une eau distillée
piombique, est infinitésimale (i); on peut s’assurer de ce fait en soumettant à la distillation de l’eau tenant en dissolution une assez forte proportion de carbonate acide de plomb, et en opérant avec précaution ; les gS/ioo d’eau qui passeront dans le récipient se coloreront à peine en brun clair par l’acide sulfhydrique, tandis que les ô/ioo restant dans la cornue donneront parce réactif un abondant précipité de sulfure noir de plomb. Lorsqu’on voudra savoir si l’eau est piombique, on en prendra deux ou trois litres, on j fera passer un cburant de gaz acide sulfhydrique lavé, et l’on attendra qu’il se soit déposé un précipité hoir de sulfure de plomfi; si l’eau est à peine colorée par son contact avec le gaz, oe qui a ordinairement lieu, on devra quelquefois attendre deux ou trois jours pour que le précipité soit déposé ; dans certaines circonstances, il faudra même chauffer la liqueur et l’évaporer jusqu’au tiers ou au quart de son volume pour que le dépôt se forme.
3° Dans lé dessein de reconnaître si Pouchonavait avalé un sel soluble ou insoluble de plomb, il était tout simple de déterminer, en expérimentant sur un restant de matières vomies, si ces matières traitées par Feau distillée^ froide et bouillante, donneraient une dissolution piombique ; toutefois, il y avait ici deux écueils à éviter, et il ne sera pas inutile d’eh faire mention. Il peut arriver que l’on échoue dans la solution de ce problème, parce que la matière se sera décomposée, et sera devenue acide ou alcaline : si elle est acide, tel sel de plomb insoluble pourra avoir été rendu soluble, par l’acide libre; et si elle est alcaline, tel sel de plomb aura pu, au contraire, avoir
(i) Si l’eau distillée/>Kre avait été conservée pendant long-temps dans des vases plombiques, elle pourrait contenir une plus grande quantité de plomb, surtout si elle avait eu le contact de l’air.
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été décomposé enmettant à nu i’oxyde, qui dès-îors ne sera pas sensiblement soluble daos l’eau distillée ; d’où il suit qu’on ne saurait mettre à profit le traitement par l’eau dans des recherches de ce genre, qu’autant que la liqueur aqueuse n’est ni acide, ni alcaline.
Les sels\ de plomb insolubles et inertes peuvent ils à Vinstar des §els saturnins solubles^ coraracter avec les tissus du canal digestif une combinaison Quoique cette
question n’ait pas été soulevée aux débats, j'ai;cru devoir m’en occuper ici à raison de son importance, et pour lui donner d avance une solution, dans le .cas où elle-serait agitée ultérieurement devant les tribunaux. Je n’hésite pas à répondre par l’afi&rmative, après avoir tenté les expériences suivantes : i° J’ai appliqué sur un point d’un intestin rectum, parfaitement lavé, un graoame d’oxalate de plomb qui ne contenait aucune trace de sel de plomb solubleî trois Jours après, la partie de l’intestin touchée par le sel, et les portions qui l’entouraient offraient ça et là des points noirs, colorés ainsi par du sulfure de plonlb qui s’était formé aux dépens de l’acide sulfhydrique dégagé pendant la putréfaction du tissu or^nique ; on -voyait, en outre, sur d’autres points de la même partie , l’intestin rendu opaque, d’un blanc mat et plus épais que partout ailleurs : en coupant attentivement et en isolant les portions mattes,et en les lavant à grandeeau pour détacher tout l’oxalate qui pouvait y adhérer, on les voyait conserver le même aspect. Si, dans cet état, on les traÙait par 1 acide acétique faible , à une douce chaleur, on obtenait de l’acétate de plomb, que l’on pouvait transformer en sulfure noir à l’aide de l’acide sulfhydrique.
2° Dès que j’ai prouvé que le borate , le phosphate, le tartrate, l’oxalate, le tannate, et même le sulfate de plomb se dissoivent WJ/ementdans de l’eau très légèrement acidulée, tenant en dissolution une faible quantité de
chlorure de sodium, ét que plusieurs d’entre eux, comme le borate et le tannate sont rapidement dissous par l’eau à peine aiguisée d’acide acétique (V. p. 126 et 127), il est évident qu’il suffira âe la présence de quelques traces d’acide et de chlorure de sodium dans le canal digestif, et d’un .contact assez prolongé entre les tissus de ce canal et le sel insoluble, pour que celui-ci se dissolve i§n partie^ et agisse sur la matière organique comme le ferait un sel de plomb soluble.
Je dois cependant faire observer que si le fait dont je parle est possible, il né se réalise pourtant pas dans toutes les circonstances .‘en effet ^ j’ai administré à un chien à jeun 3 o grammes de sulfate de plomb parfaitement lavé ; à la fin du deuxième jour, le chien n’étant pas empoisonné et ne paraissant pas sensiblement malade, jel’ai pendu et j’ai lavé le canal digestif coupé en morceaux, jusqu’à ce que l’eau de lavage ne contînt aucune matière étrangère : le tissu ayant été alors traité par l’acide acétique faible bouillant a fourni une liqueur que j’ai filtrée et évaporée jusqu’à - siccile 5 le produit carbonisé et incinéré a laissé des cendres qui, ayant ele traitées par les agens appropriés, n’ont donné aucune trace de plomb, Ce résultat négatif tient sans doute à ce que j’avais employé le sel de plomb insoluble le plus inattaquable p&r les sucs contenus dans le canal digestif, à ce que ceux-ci ne renfermaient pas, ou renfermaient à peine, du chlorure de sodium, et probablement aussi à ce que le sulfate qui avait été expulsé promptement par les selles (l’animal avait une légère diarrhée avant l’expérience) n’avait pas été en contact avec les tissus de ce canal pendant un temps suffisant. Que l’on se place dans des conditions opposées à celles-ci, que l’on suppose, par exemple, l’ingestion du borate ou du tannate de plomb, chez un individu dans le canal digestif duquel il y aura une quantité sensible , quoique faible , d’acide et de
chlorure de sodium, et que ces sels ne soient pas promptement expulsés par les selles, et Je ne doute pas un instant qu’il ne sè produise la combinaison chimique dont Je parle.
Réfutation des dépositions faites devantla Cour diassises.du Puy-de-Dôme, dans Vaffaire Pouckon, par MM. Dupasquier^Rognetta, Danger et Flandin^ /e 3 o novembre
A peine les dépositions de ces messieurs étaient-elles. terminées, que M. le président me demanda si Je persistais dans mon opinion. Je répondis : « Plus que Jamais, et je « répète que l’empoisonnement de Pouchon est un fait « excessivement probable. Si la Cour le désire, Jevais exa^ « mineruneàuneles objectionsproduites par cesmessieurs,
« les réfuter ,^t prouver qu’elles.n’ont aucune valeur. « MM. Dupasquier, Rognetta , Danger et Flandin n’ayant point demandé le débat, et l’heure étant par trop avancée, ma proposition n’eut aucune' suite,. Dânsnette situation^ il est de mon devoir de faire connaître ici les réponses que j’aurais adressées à la Cour et à MM. les Jurés , s’il m’eût été permis de le faire.,, Je crois devoir déciareF. qu’ayant attentivemen t écouté les dépositions dont il s’à^ j® l’eXa.clitude de Ce que Je vais, dire ;
d’ailleurs,, la plupart des faits articulés par ces messieurs ont été insérés dans la Gazette des Tribunaux dés 5 et 7 décembre., , .
M. Dupasquier. Dans ma déposition faite à Riom, je me suis particulièrement attaché à réfuter la consultation de M. Dupasquier (y. p. 67 et suiv^^; aussi me bornerai-Je à dire queje suis loin de partager l’opiniôo de cemédecin relativement àla fréquence duplombdans la potasse âl’alcool. J’ai déjà examiné cette question ,(v. p. 129) , et J’y reviendrai en réfutant la déposition de M. Flandin (v. p. iSq). M. Rûgnetta. ie ne relèverai pas ce que M. Rogn.etta a
dit sur la vieille et la nouvelle école toxicologique, à propos d’une prétendue erreur commise par MM. Reynaud et Porral dans les conclusions de leur rapport; j’ai hâteda réduire à sa juste valeur la déposition de ce médecin.
« i” On peut administrer à T homme des doses considéra-
« Mes de sels solubles de plomb sans produire des phénp- « mènes extrernemerpt graves, -o eependarit M. Rognelta admet, et c’est ce qui importe dans l’espèce, que l’acétate de plomb peut laer, puisqu’il dit qu’on trouve du plomb en grande quantité dans Pestomac de ceux; qui ont succombé. :
« 2» Constamntenion a trouvé du plomb en grande quan~
« tité dans restomac après le troisième jour de T ingestion, « soit que V individu eût succombe, etc.» Gn à donc fait des ouvertures de cadavres ; apparemment qüe çeèi prouve encore que l’acéla^te de plomb peut tuef. Mais ce qu’il faut surtout savoir,, c’est que M. Rognetta a ajouté en Cour d’assises : « U faut de la simplicité dans les expertisés i toutes « ees expériences chimiques sont compliquées et Souvent inu- « Ules ; ainsi dans lespèce à quoi loù æy recourir, puis^â « P ouverture des cadavres on trouve des masses: de plomb « ^ dans Vestomac et Vempoisonnement est de suite reconnu, n G est même cètte assertion extraordinaire'qui a motivé la. question que m^a adressée le jirésident à la fin des débatX:
« Que pensez-vous de ces masses dé plomb? C’est une erreur grave, ai-je répondu ; jamais il n’existe de plomb métallique dans l’estomac ; on découvre dans cé viscère des points blancs, GU bien la membrane muquousé est grisâtre par suite de la combinaison du sel de plomb avec le tissu organique , et il est impossible de mettre le Blomb à iiu sansdécmnposer ce tissu, énToutou en pattie, et sans'avoib recours a ces réactions cfeimiques dont on semble vouloir
se passer.- -
- 3 “ // est impossible dlempoisonner un homme mortelle-^
m ment et d’une manière aiguë, à Vaide de acétate de plondf « administré dans une salade ou dans duvin, tant la saveur
de ce sel est horrible, repoussante, etc. » Je dirai précisément qu’il résulte des débats que Ppuchou se plaignait de ce qu’on lui avait administré, des mets et des boissons horribles et dégoûtantes. D’ailleurs qui peut affirmer que ce ne soit pas de la céruse que d’on eût ntêléeavec la salade; et, en effet, le procureur-général interrompit le témoin au moment où celui-ci parlait avec tant d’énergie de la saveur horrible de l’acétate de plomb pour lui dire, et si par hasard, au lieu düacétate de plomb, c’était de la cêruse. Ce serait encore pire, répondit M. Rognelta , réponse vraiment incroyable quand on sait qup la céruse peint de saveur.
« 4 " Cette chaleur brûlante à l’estomac se rencontre dans « la gastrite aiguë, et non dans, ^intoxication saturnine. ? Ecoutons M. Tanquerel Desplanches,dont le. beau travaù ne sera pas récusé par M. Rognetta. » Dans d’autres cas moins nombreux la douleur consiste en un sentiment aigu de dilacération , d’arrachement, d’élancement, de ûra/ure ( Traité des Maladies de plomb, t. i, pag.
« 5 “ Dans intoxication saturnine les^ douleurs existent, « au contraire, dans la partie inférieure du ventre,:^e\\es. « sont sourdes, vagues, irradiatives, etc.» M. Tanquerela constaté chez 167 malades que la douleur occupait la .ré^ gion de l’estomac. Chez SyS individus la douleur se faisait sentir en même temps plusieursipoints da ventre
,« G)” Ces cris perçans que Pouçhou a poussés jusqâàf la mort, et qui ont fait accourir les voisins à son secours, ne se rencontrent pas dans l’empoisonnement par le plomb, tons M. Tanquerel, -— Si l’accès de eolique-est très douloureux, les malheur eux malades poussent cris.déchivans, des gémissemens affreux; quelquefois une sorte de.
136 empoisonnement
mugissement, suivant Ja remarque de Stoll (Ibid. p. igSJ. p. 195).
«n°Ily a toujours délire dans les cas empoisonnement de ce « genre que la science possède, etPouchoà a conservé la net- « tetè de I intelligence jusqu’à lafin.»Tiâns\e seul cas d’empoisonnement par l’acétate de plomb suivi de mort, et rapporté pardM. Tanquerel, l’intelligence a été conservée /«rcte pag. 478). En parlant de .l’état des facultés intellectuelles dans les maladies de plomb, M. Tanquerel avait déjà dit: ordinairement V intelligence n est pas troublée {Ibid. p. 233 ),
« 9 ,? Enfin^ et ceci est capital dans la question...i. con- « stamment le corps est‘constipe et le ventre rétréci comme V chez les ouvriers dans les fabriques de céruse, chez les peintres fêta. plus bas : « Constamment Vhomme em-
« poisonne d uhe manière aiguë ou chroniquepzv les com- « posés de plomb présente la constipation...» A propos.de la maladie dé plomb observée chez eés ouvriers , M. Tanquerel dit : trenie-trois malades allaient régulièrement àlà vingt-cinq ont eü le dévoiementjp&aàasat les deux premiers jours de la maladie, et dix-neuf onteu penr dànt tome la durée de Vaffection (Ibid. p. 2o3). Ici Ms le
procureur-général fait observer à M.Rognetta que M. Du-
pasquier venait de dire que les chiens empoisonnés par les sels de plomb avaient des selles. La réponse e?t incroyable: Veuillez bien remarquer, dit M. { que sur lés
chiens , on lie eœsophage pour expérimenter les poisons. Or, tout le monde sait que les chiens non empoisonnés auxquels on a lié l’œsophage n’ont^as de déjections alvines, et d’un autre côté, il est facile de se convaincre que les chiens empoisonnés par l’acétate de plomb, que
Vœsophage ait été Ué, pnt dés selles (V. Expérience vu de
ma Toxicologie générale, édition, p. 666 du tom.
M. Gaspard a vu en injectant de l’acétate de plomb dans
PAR UN COMPOSÉ DE PLOMB, la veine jugulaire des chiens, que ces animaux avaient souvent des selles (p. 663 du même ouvrage).
O 9° Ji^s symptômes de la maladie de Pouchon /accor-~ a dent littéralement avec ceux de la gastrite chronique ulcé- « rative^ dont il était atteint depuis quatre ans. xCiOlte erreur est trop matérielle pour avoir besoin d’être relevée, et je défie M. Rognetta de citer un seul fait dans lequel, à la suite de cette affection, les malades aient présenté dans la dernière période de la vie, Vensemble àes symptômes qu’a éprouvés Pouchon .
«■ Il Tl Y avait pas un atome de poison, ni dans Vestomac^
O ni dans le foie, ni dans la rate, ni dans le cœur, ni dans « le poumon. »Tout cela est démenti par le rapport de MM. Reynaud, Porral et Barse.
Il® « Une pièce constate, d'après l’analyse faite par cinq a chimistes commis par la Cour d’assises de la Haute-Loire,
« que la potasse et Veau distillée dont M. Barse s était « servi dans ses opérations, contenaient du plomb en quantité « assez notable. M. Barse ne s’était donc pas assuré de La « pureté de ses réactifs? »
Ces assertions sont toutes inexactes. Le rapport cité ne constate pas que la potasse .employée par M. Barse contînt du plomb : ce rapport a été lu par M. le président,, à l’audience du 3 o novembre i 843 , et l’on a pu voir qu’il renfermaittouteautre chose que ce que disaientMM. Flandin, Rognetta et Danger. Il n’est pas vrai non plus qu’il soit dit dans ce rapport que l’eau distillée dont M. Barse avait fait usage en 1842, dans l’eayaer/we relative à Pouchon., renfermait du plomb; on y lit seulement que l’eau employée en 1843 contenait une très .petite quantité de ce métal ; or, cela prouve-t-il qu’il y en avait dans l’eau dont
on avait fait usage en 1842?'-11
12° « Le plomb des lavemens que Pouchon avait pris a pu a rester penifznt 17 mois niché dans les pores des membranes
i 38 EMPOISONNEMENT
de Vintestin. » Quand on connaît l’action que les sèJs de plomb exercent sur les tissus organiques, on ne peut pas dire que le plomb reste niché: dans les pores ; mais, sans tenir compte de cette erreur, par trop grave, rappelons qu’alors même qu’au bout de 1,7. mois le composé du sel de plomb et du tissu eût encore existé dans les intestins de Pouchon ce qui n’est aucunement prouvé, et ce qu’il est difiicile d’admettre, cela ne pourrait pas servir à expliquer la pré^sence du plomb dans les matières vomies par Pouchon en 1843 ; car apparemment M. Rognetta ne suppèse pas que cethoipme ait rendu avec les v,omissemens M«eperiio/i de ses intestins I I
M Manger Bmu l’expertise de M.. Bttrse, on r^es^
« saie pas les réactifs, on ne termine pas les contre-épreuves, « ouonneleifait pas exactement dans les conditionsveuhies;
on se contente de dire que les réactif s sont purs. Uinstttuta formellement recommandé dlessayer lès réactifs, et défaire « en mépfw^ temps, ou immédiatemént après l’expérience sur •‘ les rnatieres empoisonnées, une expérience toute semblable « a blanc, en employant tous les mêmes réactifs, et en même
“ quantité que dans Popérationvéritable, »
Les réactifs ontété essayés, car autrement M.Barse n’aurait pas pu dire qu’ils étaient purs. De tout temps, et bien avant l’époque où l’Institut s’est occupé de ce sujet, on savait qu’ii fallait employer des réactifs purs ; apparemment que Vauquehn et les autres chimistés experts n’ignoraient pas qu’il fallait proscrire Jes réaetife impurs et moi-même n’ai-je pas, en iSSg, deux ans avant que l’In, stitut eut été saisi de la question, publié un mémoire sur les reactifs a mettre en usage dans les recherches sur l’arsenic, dans lequel j’ai indiqué les causes de l’impureté de ces reactifs, les moyens de constater qu’ils 4taient altéré*
Itc de:
leponer e uneepoque tou(e .-éeente un préee^le généia-
PAR m COMPOSÉ DE PLOMB. I3ff
lement pratiqué de tout temps par les experts. Quant à l’expérience .Æte à Manc^ M. Barse l’a faite immédiatement après avoir terminé l’analyse des organes de Pouchon , et dans les conditions exigées, par l’Académie des sciences. Conçoit-on dès-lors qu’on lui fasse un reproche d’omission î
2° « Un dernier rapport constate la présence du plomb a. dans Veau distillée^ ainsi que la potasse employée, réac-^ « tifs déclarés purs par M. Barse, •• Tout cela est inexact ^ comme je l’ai démontré en répondant à M. Rognetta
« y (y est sur V emploi de la chaudière en fonte, surtout^ que « je prie messieurs les jurés de vouloir bien apporter une atr- « tention toute particulière. » M. Flandin ayant reproduit avec plus de détails cette objection, je l’examinerai en analysant la déposition de ce médecin.
M. Flandin. 1" Après avoir répété ce que M. Danger avait déjà dit sur l’essai des réactifs, sur leur pureté, sur l’Institut, etc., il insiste fortement sur l’emploi du sous^ acétate de plomb, dont MM. Barse, Reynaud et Porral s’étaient servi pour précipiter la matière organique, lorsqu’ils cherchaient des poisons végétaux- Cette insistance n’a d’autre but que de faire croire que le plomb extrait du cadavre de Pouchon pourrait peut-être provenir de ce sous-acétate de plomb. Or, plus loin, M. Flandin dit « que « ces messieurs avaient jugé à propos de recommencer « l’expérience en prenant des matières nouvelles, vierges « de toutes manipulations antéi’ieures. » L’observation critique était donc inutile. A cette occasion, M. Flandin ajoute : « Quelle quantité de matières animales, « quelles quantités relatives d’acide acétique et de sous- « acétate de plomb ont employé MM. les experts ? Le « rapport reste muet à cet égard, et c’est encore là une
grave omission dont les conséquences vous ont sans doute « été développées. » On se demande si tout cela est sés
rieux. Non, personne u’a fait ressortir les conséquences graves, ni l’omission dont vous parlez, parce que rien de cela n’existe 5 tous les chimistes et tous les médecins-légistes savent que l’on emploie du sous-acétate de plomh jüsqu’à ce que le liquide organique précipite plus, ssim que jamais pn ait songé à le peser, et que l’on procède ensuite à la décomposition du sous-acétate excédant par un courant diacide sulfhydrique qui précipite tout le plomb à l’état de sulfure, en sorte qu’il ne reste plus la
moindre trace de ce métal dans la liqueur : or, c’est ce qui a été fait par MM. Reynaud, Porral et Barse. Oàsontdonc les conséquences graves ? '
2 Lacide sulf^rlque ne précipite pas ^ ou ne précipite pas sûrement et complètement les dissolutions acides de plomb. - Or, M.Barse a récuré la chaudière de fonte avec de V acide azotique 'et du sable; il a conclu à tort que la dissolution ne contenait pas de plomb; en effet, cette dissolution était trop acide pour que le plomb fût précipité. cette occasion. Je rappellerai qu’aux, débats, M. Flandin s’est borné à dife, « que les réactifs ne précipitent pas les dissolutions acides . de plomb. Il est aisé de réduire cette observation à sa juste valeur. Que l’on dïssoly/e cinq centigrammes à^azotatede plomb ^^nsquarante grammes d’acide azotique k un
équivalent d’eau, c’est-à-dire dans l’acide le plus concentré qui existe, et comme la dissolntion rie peut s’opérer qu’en ajoutant une certaine quantité d’eau , que l’on verse sur l’acide la proportion. de ce liquide strictement
necessaire pour que le sel se dissolve , on aura une àk^o- Inuon^excessivement ^oïâe, puisqu’elle contiendra huitcentsfois autant d’acide à un équivalent d’eau qu’ily ade sel de plomb dissous: eh, bien! l’acide sulfurique urééé-
cette disyiiution en blanc(sulfatedepl^^^^
a-e. grande
, preoipiteia instantanément en noir (sulfure de-
plomb) une dissolution dans laquelle il j aurait 4oo fois autant d’acide azotique que de sel de plomb. Faisant application de ces données à l’espèce, J’afi&rme qu’ayant recuré avec du sable et de l’acide azotique pur et étendu plusieurs chaudières dans lesquelles J’avais fait bouillir des composés plombiques, J’ai constamment dissous le plomb qui s’était déposé à la surface des chaudières, et constamment aussi faipu démontrer la présence de ce métal dans les dissolutions, à l’aide des acides sulfurique et sulfhydrique. D’où Je conclus que, dans le récurage opéré par M. Barse, avec du sable et de l’acide azotique, ce chimiste aurait du trouver du plomb dans cet acide et qu’il n’en a pas décelé la moindre trace, parce qu’il n’y en avait pas : dèslors l’objection présentée à-la-fois par MM. Flandin et
Danger ne mérite aucune attention. '
3 ° A propos du cuivre et du plomb dits normaux, M. Flandin s’est écrié : existe du plomb et du cuivre à Vétat nor¬
mal, il ny. a plus de toxicologie.
On se demande ce qu’a voulu dire M. Flandin ; seraitce par hasard, comme il l’a déjà- imprimé, que l’existence des poisons dans l’économie animale est incompatible avec l’état de santé? Mais le cuivre et le plomb à l’état métallique, combinés avec nos tissus, ne seront pas apparemment plus nuisibles que ne le sont le phosphore , la soude et les acides libres qui existent chez l’homme et qui sont de vrais poisons. Aurait-il voulu dire qu’il serait impossible de distinguer dans une expertise si le plomb et le cuivre obtenus proviendraient d’un empoisonnement, ou bien s’ils appartiendraient à ce cuivré et à ce plomb dits normaux? Hans ce cas, nous répondrions àM. Flandin qu’il peut se rassurer, car il ne serait pas difficile de se fixer sur l’origine de ce plomb et de ce cuivre ; mais J’irai plus loin, J’admettrai pour un instant, ce qui n’est pas , que l’on ne peut pas parvenir à distinguer le plomb
et le cuivre dits normaux de ceux qui auraient été extraits à la suite d’un empoisonnement présumé , j’avoue que Je ne vois pas comment cela annullerait la toxicologie, et quelle portée cela pourrait avoir dans les empoisonnem'ens par l’arsenic, 1 antimoine, les acides, les alcalis, les poisons végétaux, etc.!-’!
« 4 “ Lès matières vomies qui ont fourni du plomb sont « éminemment suspectes, à cause de la manière dont elles ont été recueillies. » Ici la réponse est péremptoire et se trouve dans le rapport n» a (vor- p. 35 ); toutes les fois que l’on a analysé les raclures du lit, du plancher et du coffre, prises là où Pbuehon avait vomi, on en a extrait du plomb ; quand on a agi sur des raclures des mêmes meubhs prises dans les parties où Pouchon n’avait pas vomi, on n’a pas retiré de plomb, e% les opérations étaient faites avec les mômes réactifs et par les mêmes procédés. ^
« 5 " Les experts'ont reconnu eux-mêmes-plus tard l’im- « pureté de leur potasse et de leur eau distillée. » Cela n’est pas exact (V. p. iSÿ),
6» A l’occasion des symptômes, M. Flandin adopte les .dces enases parM. Rognettà, et il dit que ces symptdtnes ne peuvent meme pas apporter des présomplious à une accusation d empoisonnement. M. Flandin partage donc erronées que j’ai combattues à la p , 35 &> M. Flandin rcproduitles observationidéjà présentie,
Tent •' ™ fonte. Voici com¬
ment s expriment ces messieurs ; . Lorsqu'on laisse séiour-
nlomb “ ? "" f-o. de l’eau contenant du tate de plomb ou toute autre combinaison de plomb en
PAR UN COMPOSÉ DE PtOMB. 143
« il s’est appliqué sur les parois du vase ; il a même péné- « iré très profondément partout^ dans les pores et entre les « fissures. Lorsqu’une chaudière a été ainsi pénétrée, un « lavage, le décapage même, faits avec le sable et l’acide a azotique, peuvent bien enlever le plomb appliqué à la « surface ; mais ni le lavage ni le décapage au sable et à « l’acide ne peuvent donner de garanties suffisantes pour « qu’on puisse assurer qu’on ait atteint les molécules de « plomb qui ont pénétré dansles pores et entre les fissures. « Mais, objectera-^t-on, si le décapage au sable et à l’acide « n’atteint que la superficie, et nullement les portions de « plomb qui ont pénétré plus avant, après un décapage « bien fait, cette chaudière sera très ; propre à faire des^ » carbonisations, car si le décapage n’éniève plus rien, le « plomb qui reste dans les pores et les fissures de la chau- « dière ne pourra en sortir pendant l’acte de lacarbonisa- « tion, pour venir comme par enchantement se mêler aux O substances que l’on carbonise. Eh bien ! c’est cependant « ce qui a lieu. Il y a plus, quand on carbonise, non-seu- « lement le plomb mécaniquement retenu dans les pores « de la,fonte peut en sortir, mais le plomb que la fonte a peut retenir à l’état d’alliage peut lui-^même sortir pour « venir se mêler aux matières que l’on carbonise. »
J’examinerai tout-à-l’heure la valeur de cette objection, mais pour mieux en feire apprécier la portée, je dirai que d’après ces messieurs, la potasse et l’eau employées par les experts du Puy contenaient du plomb, qu’en faisant bouillir les organes de Pouchon dans la chaudière avec cette potasse et cette eau, le plomb quelles renfermaient s’est déposé à la surface de la chaudière, mt a pénétré la fonte, qu’en récurant avec du sable et de l’acide azotique, on a dissous le plomb qui était à la surface, et que si on n’en a pas trouvé dans la dissolution azotique, c’est que celle-ci était par trop acide (j’ai déjà fait justice de cette
assertion); et enfin, que lorsqu’on a carbonisé dans la cbaudière ainsi récurée, on a fait sortir !e plomb qui avait pénétré la fonte, de telle sorte que le métal trouvé en définitive dans le charbon, n’était autre que celui qui avait été fourni par la potasse et par Veau. Et comme ces messieurs prévoyaient bien qu’on leur objecterait que dans rexpérience^aïVe à et en procédant de la même manière que pour les Organes de Pouchon, bn n’âvait point retiré de plomb, ils ont ajouté ce qui suit :
« On dira, que dans une opération consécutive faite sur « les organes d’un cadavre déterré exprès, opération qui « sert de contre-épreuve a la précédente, on n’a pas ren- « contré de plomb: est fort simple à expliquer. On
« avaft durant la première carbonisation, chauffé la chau- « dière jusqu’à 3 oo° ou 400° ; on pouvait avoir fait sortir « tout le plomb des pores de la fonte qui le recélaient. Il « eût été possible néanmoins qu’on eûMrquvé encore cette « seconde fois du plomb. »,
Quelque spécieuse que paraisse, au premier abord, l’objemion deMM.Danger et Flandin,fixera facile de démontrer qu elle ne soutient pas le plus léger examen surtoutdans l’espèce. J’admettrai d’abord avéc eux, parce que c’est un fait généralement connu, que la fonte aurait dû précipiter du plomb d’une dissolution plombique, et que ce plomb précipité devait se trouver en partie à la surface de la chaudière, et en partie dans les pores de celle-ci ; j’accorderai aussi qu’en carbonisant une matière organique dans cette chaudière a 3 oo° ou 400° on eût dû faire sortir le plomb qui setait placé dans les pores de la chaudière; mais il ne me sera pas difficile de prouver : opx. la potasse et l’eau n ont pas fourni à la chaudière le plomb trouvé en analy-
uZT’ dissolu,ioi n’auràit pas
l,ea,o,cessa de fa,re partie de celte Mssoluùon, comme ou
l’a avancé; 3 ° que dans cette même supposition, en récurant la chaudière avec du sable et de Tacide azotique, MM. Reynaud, Porral et Barse auraient dû obtenir de l’azotate de plomb, et qu’ils n’en ont pas obtenu; et qu’à cet égard, l’explication donnée par MM, Flandin et Danger est inadmissible ; 4“ que les résultats négatifs de l’expérience faite à blanc,loin d’être fort simples à expliquer, comme le prétendent MM. Flandin et Danger, sont inexplicables leur hypothèse , et qu’ils prouvent jusqu’à Vévidence qu’il existait du plomb dans les organes de Pouchon.
K. La potasse et Veau n ont pas fourni à la chaudière le plomb trouvé dans les organes de Pouchon. J’ai déjà dit, pour ce qui concerne la potasse, combien il était rare que cet alcali obtenu par l’alcool contînt du plomb, parce qu’on le prépare dans des vases de tôle , de cuivre ou d’argent, qui ne lui fournissent point de plomb, et parce qu’en admettant qu’il en renfermât , il ne pourrait en contenir que des atomes; d’ailleurs, il n’est pas établi que celui qui a été employé par M. Barse fût plombique. Mais ce qui tranche la question d’une manière irrévocable, c’est que dans l’expérience faite à blanc, M. Barse a calciné avec la même potasse une quantité de charbon doubUàe celle qui avait été fournie parles organes de Pouchon, et qu’il n’a pas trouvé la moindre trace de ce métal.
Ce n’est pas sérieusement que l’on avance que Veau distillée & fourni le plomb, car rien n’a pu faire soupçonner que l’eau dont s’était servi M. Barse fût plombique, et il serait absurde de vouloir faire provenir la proportion considérable de plomb retiré en analysant les organes de Pouchon, de la quantité infinitésimale de plomb qui se trouve dans les eaux distillées, lorsque par hasard celles-ci en contiennent ; d’ailleurs, J’ajouterai qu’en faisant Vexpérience à blanc, M. Barse a employé la même eau distillée, et que pourtant il n’a pas obtenu de plomb.
B. Efi supposant que le plomb eût étéfournipar lapotasse et par Veau, MM. Danger et Flandin prétendent que tout le métal contenu dans la dissolutipn eût bientôt cessé défaire partie de cette dissolution. \c\ , y, a exagération évidente, car, en faisant bouillir pendant Zr ozV heures dans une chaudière de fonte un gramme d’acétate de plomb dissous dans un litre d’eau distillée, et en renouvelant l’eau à mesure qu’elle s’évapore, on voit, après avoir filtré la liqueur, que celle-ci se colpre par l’acide sulfhydrique. Si l’ébullition n’a duré qu’une heure, la dissolution retient encore une quantité notable de plomb.
G. 'En récurant la chaudière avec du sable et de Cacide azotique, cet acide, s’il eût contenu du plomb, aurait été précipité par l’acide sulfurique employé par M. Barse. Je ne reviendrai pas sur ce sujet que j’ai déjà traité à Ja page i 4 o ; évidemment MM. Danger et Fiandin sé sont ' encore^trompés sur ce point.
D. Les résultats négatifs de l’expérience faite à blanc, loin d être fort simples à expliqùer comme le prétendent MM.^ Flandin et Danger, sont inexplicables par leur hypothèse et ils prouvent jusqu’à l’évidence qu’il existait du plomb dans les organes de Pouchon. Vous prétendez que le plomb retiré du charbon produit par la calcination des' intestins de Pouchon provenait de la chaudière qui en avait gardé dans ses pores, après le* récurage à l’acide nitrique, et suivant Vous ce plomb gardé par la chaudière avait été fourni primitivement à celle-ci par lapotasse ou par l’eau et peut-être par ces deux substances. Admettons pour un instant qu’il en soit ainsi; alors comment expliquez-vous-que le charbon produit par la calcination des intestins et des autres organes du cadavre de l’individu non empoisonné pas fourni de plomb après avoir été calciné dans un creuset de-Hesse avec même potasse et traité par la même eau distillée,- vous voyez que je ne fais
PAR Uïï COMPOSÉ DE PLOMB. Ii7
pas intervenir la chaudière de fonte, parce que je vous accorde qu’ayant servi une première fois pour carboniser les intestins de Pouchon , elle avait pu fournir tout le plomb qu’elle avait retenu dans ses pores ; mais je vous demande comment vous pouvez soutenir qu’en calcinant dans un creuset âvec la meme potasse et en traitant par la même eau distillée une quantité de charbon double de celle que l’on avait obtenue avec les intestins de Pouchon, vous ne deviez pas recueillir le plomb qui, suivant vous, existait dans cette potasse et dans cette eau. Toutes ces objections ne supportent pas le plus léger examen.
Mais il y a mieux: l’expérience eapitalé sur laquelle ces messieurs se fondent est loin de donner toujours les résultats qu*ils annoncent ; en effet, je ne les ai pas obLé— nus dans deux tentatives que j’ai faites : j’ài tué ua chien avec 3 o grammes d’acétate de plomb dissous dans 1 5 o grammes d’eâu ; Testomac, après avoir été lavé à grande eau pendant deux jours, et jusqu’à ce que les eaux de lavage ne se colorassent plus par l’acide sulfhydrique, a été traité dans une chaudière de fonte neuve pendant une heure et demie par 20 grammes de potasse à i’àlcool et un litre d’éau distillée à la température de l’ébullition : la liqueur filtrée, saturée par de l’acide acétique et soumise a lactiôn de 1 acide sulfhydrique, a fourni une quantité notable de sulfure de plomb. On voyait à la surface de la chaudière, sur son fond, du plomb métallique ; j’ai récuré ce vase avec du sable et de l’àcide azotique, et je me suis assuré que cet acide avait dissous le plomb métallique; j ai alors lavé la chaudière à grande eau, et à plusieurs reprises: dans cet état, lorsqu’elle était très propre, brillante et comme neuve, j’ai procédé à la carbonisation de l’estomac d’un individu qui était mort d’une pneumonie , en poussant la chaleur jusqu’à ce que le fond de la capsule fût rouge cerise. Le charbon obtenu à celte température
EMPOISON NEMENT
était friable et bien sec; je l’ai traité d’abord par de i’eaii mélangée avec le quart de son poids d’acide azotique à un équivalent d’eau; après un quart d’heure d’ébuüiiion, j’ai VU que la dissolution ne contenait point de plomb ; alors je l’ai fait bouillir avec de l’acide azoti.'jue moins alFaibli, et voyant que j’obtenais /e résultat^ je l’ai soumis à
l’action de l’eau régale bouillante, et je n^ai pas dissous un atome de plomb. Cependant il y avait au fond de la chaudière des plaques formées par une légère couche de plomb métallique: j’ai alors fait agir sur ce fond et à chaud de l’acide azotique pur et moyennement étendu, et j’ai obtenu une petite quantité d’azotate de plomb. Il est donc certain que dans cette expérience le plomb, qui avait en quelque sorte suinté des pores de la chaudière pendant la carbonisation, ne se retrouvait point dans le charbon provenant de la décomposition de l’estomac par le feu.
J’ai fait bouillir pendant deux heures et demie dans une chaudière de fonte neuve, 2 grammes d’acétate de plomb dissous dans ijn litre d’eau distillée : le liquide a été renouvelé à mesure qu’il s’évaporait;, j’ai décanté et récuré fortement la chaudière avec du sable et de l’acide azotique, puis j’ai lavé à grande eau. Le vase étant très propre, j’ai carbonisé à une chaleur rouge^ l’estomac, le gros intestin et une partie de l’intestin grêle d’un adulte qui n’était pas mort empoisonné ; j’ai laissé refroidir et j’ai
retiré le charbon que j’ai successivement traité dans une
capsule de porcelaine par l’acidé azotique étendu, par le même acide presque concentré et par l’eau régale ; les dissolutions ne contenaient aucune trace de plomb. Cependant le fond de la Chaudière présentait çà et là des plaques plus ou moins larges qui offraient la couleur du plomb; si fait bouillir dans cette chaudière de l’acide azotique moyennement étendu, et fai obtenu une petite quantité d’azotate de , plomb.
Il est évident que dans ces deuÆ expériences les choses sont loin de s’être passées comme Vont annoncé MM. Danger et Flandin; il semble même qu’il ne puisse pas en être autrement ; en effet, le plomb qui suinte en quelque sorte, des pores de la chaudière, quand celle-ci est rouge, ne contracte aucune combinaison avec le charbon, et ne s’oxyde pas au milieu de ce dernier corps. Laisse-t-on refroidir la chaudière, le plomb qui avait été fondu se solidifie, s'applique en partie sur la fonte en formant une couche mince, de manière qu’en retirant le charbon refroidi^ on n’enlève pas la plus légère trace de plomb.
Je dirai, en terminant, que l’on se tromperait si l’on croyait que j’approuve l’emploi des vases en fonte pour des recherches toxicologiques : non, on devra toujours préférer les capsules de porcelaine; mais j’affirme que jdans l’espèce relative à Pouchon, l’usage de la fonte n’a introduit dans ropération aucun élément de perturbation, et ici les preuves surabondent, comme on l’a vu. On explique pourquoi MM. Reynaud, Porral et Barse ont eu recours à des vases de ce genre, en songeant à la difficulté qüe l’on éprouve dans beaucoup de départemens à se procurer des capsules de porcelaine assez grandes pour faire bouillir à-la-fois beaucoup d’eau et un certain nombre de viscères.
‘ Réponse à M. le procureur-général.
Je ne saurais admettre avec M. le procureur-général que la chimie soit une science conjecturale que l’on doive seulement consulter. Dans beaucoup de cas, le chimiste démontre d’une manière iVreVoca^/e l’existence d’un poison dans le cadavre d’un individu soupçonné mort empoisonné, et l’on ne trouverait pas alors un savant honorable qui vînt contester l’existence de la substance vénéneuse. A qui la faute si, dans des affairés de ce genre, ou met eu avant des esprits souvent peu éclairés, conlradic-
150 EMPOISONNEMENT PAR UN COMPOSÉ DE PLOMB, leurs nés, et disposés à fout embrouiller? Dans d’autres cas, le chimiste déclare n’avoir point décelé la substance vénéneuse: ce fait, tout négatif qu’il est, est pourtant énoncé d’une manière positive par l’expert, et il n’j a encore là rien de conjectural. Il est un troisième cas où le chimiste, n’ayant obtenu que des traces de substance loxi^ que, ne peut pas affirmer qu’en réalité cette substance est de l’arsenic, de l’antimoine, du plomb, etc.; alors il émet un doute : mais encore là il n’y a rien de conjectural ; la maliere à expérimenter manque en quelque sorte , et il n’estîpas étonnant qu’un expert n’ose pas se prononcer d’une manière affirmative. On ne saurait donc adopter avec M. le procureur général que l’on doive se borner à consulter la chimie, car ce n’est que par elle que l’on
peut arriver.à-saisir le corps du délit.
J’aurais compris, jusqu’à un certain point, que-le reproche adressé à la chimie eût été fait à la pathologie, et que M. le procureur général eût dit que lorsqu’il s’agissait de déterminer s’il y avait ou non empoisonnement, les symptômes et les lésions anatomiques étaient souvent si differemmentinterprétés^par les experts, que l’on se perdait en conjectures; c’ést qu’en effet, là il „’y a rien de tellement fixe que l’on puisse assurer que toujours, tels symptômes et tellés lésions indiquent nécessairement un empoisonnement, ou bien que leur absence suppose que 1 empoisonnement n’a pas eu lieu. Et encore, ici; ce ffest pas souvent la science qu’il faut accuser, uîais 'bien les gens de i art dont on a demandé l’ayis, et qui peuvent ne pas etre à la hauteur du sujet dont: ils parlent