‹ Affaire de W.A. Grenier, propriétaire du journal "La libre parole", accusé de libelle par l'Honorable J. Israel Tarte, ministre des Travaux publics [microforme]Chapitre 1 sur 21 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

A la demande d’un grand nombre de personnes, j'offre aujourd’hui au public le discours prononcé pour la poursuite par Maître H. C. Saint-Pierre dans la récente affaire de la Reine vs W. A. Gre. nier, ainsi que le résumé de la cause par Son Honneur le juge Würtele. Cette cause a captivé l’attention publique au plus haut degré, et j'ai lieu de croire que ces deux discours qui en font connaître les détails et qui résument tout le débat, intéresseront vivement mes lecteurs.

Peu de causes, en effet, ont eu dans notre pays, un retentissement aussi considérable que la poursuite pour libelle intentée par l’honorable M. Tarte, le ministre des travaux publics dans le cabinet de Sir Wilfrid Laurier contre W. A. Grenier, le propriétaire et l’éditeur du journal La Libre Parole.

Pendant tout le temps que la cause est demeurée en suspens, c’est à dire durant douze mois, la presse conservatrice en a presque journellement entretenu ses lecteurs, dans le but évident d’'empoisonner l’opinion publique contre l’honorable Ministre. On espérait qu’à force de répéter les accusations fausses et les insinuations malveillantes contenues dans l’article de La Libre Parole, le public finirait par les prendre pour autant de vérités, et que les douze jurés qui seraient appelés à juger cette cause, arri. vant à l’audience avec des idées préconçues et hos-

tiles à l'nonorable M. Tarte, il serait facile de les induire a prononcer l’acquittemen* 4e Grenier, et du même coup de ruiner la réputation du Ministre. On s’étudia surtout à chauffer à blanc le fanatisme politique dans Jl’espérance qu’à défaut de preuve contre l’honorable M. Tarte, on réussirait à s’assurer l’adhésion des conservateurs qui formeraient partie du jury assermenté, et à obtenir par là un désaccord entre eux, résultat qui aurait eu pour effet de rendre illusoire et de neutraliser l’accusation de M. Tarte.

Ceux qui avaient fondé leur espérance sur l’emploi de pareils moyens connaissent mal notre population, surtout la classe de personnes d’où sont tirés nos jurés. Peu de pays en effets peuvent se vanter d’avoir une population plus honnête que la nôtre, et devant nos jurés accuser et prouver sont deux choses bien différentes.

Cependant, confiants dans leurs efforts et dans le travail déjà accomplis, les ennemis de l’honorable M. Tarte ne se gênaient nullement de prédire partout et d’insinuer dans leurs journaux que dans la lutte qui allait s'engager entre l'honorable ministre d’un côté et le propriéture de La Libre Purole de. l’autre, le ministre trouverait son Waterloo et succomberait infailliblement. Pour le parti conservateur à qui l’honorable M. Turte avait porté de si rudes coups depuis qu’il s’était rallié au parti dont l'honorable sir Wilfrid Laurier est le chef, le jour de la rétribution, disait on, allait enfin arriver.

On sait maintenant à quoi s’en tenir sur la valeur des prédictions de ces oiseaux de mauvais augure. Les débats s’ouvrirent le 24 septembre, devant

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la Cour dn Banc de la Reine (Juridiction Oriminelle) sous la présidence de l’honorable juge Würtele.

La salle d'audience était encombrée de spectateurs.

Au banc du ministère public, on voyait Maître H. C. Saint Pierre, ©. R., assisté de Maître Raoul Dandurand.

La défense était représentée par Maître C. A. Cornellier, OC. R., et par Maître Cujixte Lebœuf, le premier de ces deux messieurs, conservateur intransigeant bien connu, et le second, libéral de l’école quasi-radicale.

L'exercice de la profession d’avocat offre quelquefois de ces curieuses anomalies où deux hommes, absolument opposés l’un à l’autre en politique, se trouvent pour un temps réunis dans un travaii commun, dans le but de servir une même cause.

Maître Dandurand fut chargé de faire l’exposé des faits.

Le savant avocat s’acquitta de sa tâche avec habilité. Ses explications claires et précises firent nettement comprendre au jury les diverses questions qu’ils auraient à décider.

Puis on fit l’appel des témoins.

Naturellement, le témoin principal fut l’honorable M. Tarte. Pendant près de quatre jours on le tint sur la selette. Jamais témoin n'a montré plus de bon vouloir et n’a répondu avec plus de zèle à toutes les questions qui lui furent posées. Tout fut expliqué, l'affaire de 85,000.00 reçus par lui des mains de M. Pacaud, l'affaire des $3,000.00 de George

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