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Demers, ses relations avec M. Benjamin Trudel, l’affaire MceGreevy-Langevin, enfintout. A la suite de chacune des explications données par l’honorable M. Tarte, on entendait les spectateurs chuchoter entr’eux et se dire : ‘ Quoi, ce n’est que cela ! mais quel mal y at-il là-dedans ? Après chaque audience, les auditeurs, en sortant du palais, se faisaient les uns aux autres les inêmes observations.
‘ Eh quoi ! disait-on, c’est pour cela que Grenier à traité M. Tarte de voleur ! je ne voudrais pas être à sa place.—Il a voulu faire du ‘‘ chantage .’? mais il va s’apercevoir à ses dépens que ce métier coûte cher quelquefois. ??
L’instruction de la cause se termina le 1er octobre et le lendemain le 2 fut consacré aux plaidories des avocats et au résumé du juge.
Maître Cornellier s’était chargé de porter la parole pour la défense de Grenier. Son discours commencé à 10 heures du matin ne se termina que vers trois heures ‘t demie de l’après-midi, après l’ajournement accordé pour le ‘‘ lunch.”?
Maître Cornellier est doué d’un joli talent oratoire, mais l’habitude constante qu’il a de parler sur les trétaux dans les assemblées politiques ont fait de lui ce qu’on est convenu d’appeler un ora: teur de ‘‘hustirg,”” un ‘‘stump-speaker.”? Dans cette circonstance, 1: déploya dès qualités incontestables, mais d’un bout à l’autre, ce fut l’orateur de ‘‘ husting ?’ qui parla. Sans presque tenir aucun compte de l’enquête qui venait de 8e terminer, il répéta toutes les insinuations et les calomnies que l’accusé
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Grenier avait concentrces dans son article de La Libre Parole,’ calomnies que cent fois déjà aupara- : vant on avait entendu rabâcher par les déclamateurs conservateurs de tous genres et de toutes classes dans les assemblées populaires.
Dans sa longue philippique il ne s’occupa que de l'honorable M. Tarte ; ce pauvre Grenier qu’il avait entrepris de défendre fut impitoyablement relégué au troisième plan du tableau. C’est à peine si son nom fut mentionné en passant. Plaire à ses amis politiques et dénigrer l’ancien chef conservateur devenu libéral au grand désespoir de ses anciens amis, voilà quel parut être son principal objet. Le discours politiqne d’abord, le discours politique avant tout.—Il y avait douze mois quille préparait ! Dans un procès criminel, le discours est fait pour développer la preuve, mais en entendant Maitre Cornellier, on se demandait si au contraire la preuve n’avait pas été faite simplement pour servir de prétexte au discours.
Cela dura cinq heures de temps.
Vers 34 heures de l’après-midi, la parole fut donnée à Maître St-Pierre.
C’est le magistral plaidoyer que Maître Saint- Pierre prononça en cette occasion et qui a été recueilli au moyen des notes sténographiques que j'offre aujourd’hui au public. Outre cette chaleur et ce ion de profonde conviction qui caractérisent tous les discours de Maître St-Pierre, on y remarquera nue grande clarté et une logique inexorable. Dans les dernières parties de son discours il eut des envolées superbes. Le passage où il explique les
raisons qui ont porté l’honorable M. Tarte à se rallier au parti libéral, son allusion à la liberté‘ de la presse et sa péroraison, sont des morceaux de haute éloquence judiciaire dignes de trouver place à côté des meilleurs modèles que nous ont laissés les grands orateurs du barreau français.
Dès les premiers mots de son discours, il captiva l’attention du vaste auditoire qui remplissait la salle d'audience du Palais de Justice et il tint son auditoire suspendu à ses lèvres jusqu’à sa dernière parole. Les douze jurés surtout l’écoutèrent àvec une attention religieuse. Au fur et à mesure que le célèbre avocat developpait ses moyens et faisait valoir ses arguments, on les voyait donner fréquemment des signes involontaires ou instinctifs d’approbation.
Ce discours dura près de trois heures et mérita à Mtre Saint-Pierre les félicitations de ses confrères et d’une foule de citoyens présents à l’audience.
Un grand nombre de personnes m’ayant prié avec instance de publier ce discours j’ai cru devoir me rendre à leur demande. J'ai voulu donner à ceux qui ne l’ont pas entendu, l’occasion d’apprécier ce beau morceau d’éloquence judiciaire en même
temps qu’ils y trouveront la réhabilitation de l’ho-
norable M. Tarte, et à ceux qui l’ont entendu, le plaisir, sinon de l’entendre encore une fois, du moins de se le rappeler en le lisant dans leurs moments de loisir.