‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 106 sur 162 · IV. — L'Ecole des Chartes · texte numérisé non relu

IV. — L'Ecole des Chartes

Giry est célèbre par ses fameuses études sur les Communes. Il a publié un Traité de diplomatique qui fait autorité. En ce momeùt, il prépare un ouvrage sur la France sous les Carolingiens qui sera définitif. Quand il a passé quelque part, il ne reste plus rien à glaner.

Voici ses conclusions :

Ce que je puis*affirmer à la Cour, c'est que Texamen auquel je me suis livré confirme, de tous points, les conclusions que j*avais tirées de l'étude du fac-similé du bordereau et d'autres pièces de comparaison : l'écriture du bordereau est une écriture naturelle et courante. Ce n'est pas l'écriture de Dreyfus, mais, au contraire, c'est tout à fait l'écriture d'Est erbazy.

Giry et M. Paul Meyer prennent le général de Pellieux en flagrant délit de mensonge quand il prétendait que les fac-similés du bordereau publiés n'étaient pas exacts :

J'ai pu constater, dit Paul Meyer, que les fac-similés divers dont on s'est servi — et qui tous dérivent du fac-similé* publié par le journal le Matin en novembre 1896 — sont valables, sont bonnètement faits. 11 n'y a que les altérations, faciles à prévoir, que doit produire un tirage répété sur les clicbés en relief qui, à la longue, s'émoussent.

Si j'en fais la remarque ici, c'est parce que, lors des dépositions qui ont eu lieu sur ce sujet au procès Zola, on a dit^: « Votre examen manque de base ; ce fac-similé est inexact ; c'est une espèce de faux. 11 ne ressemble point à l'original. »

Je n'ai pu, malgré mon insistance, obtenir que l'on me dit, avec détail et avec précision, en quoi consistaient les inexactitudes de ces fac-similés ; on s'est refusé à communiquer

soifc Fodginal, soit des photographies ; je me suis demandé pourquoi on nous ayait ainsi opposé, en quelque sorte, la question préalable ; il n'y avait à cela aucune raison, si, comme je le crois, l'hypothèse soutenue au procès Esterhazy était que le bordereau représentait, à tout le moins, une imitation de l'écriture d'Esterhazy.

Dans cette hypothèse, Toriginal devait ressembler à récriture d'Esterhazy, puisque l'auteur de cel, original imitait cette écriture même ; par suite, le fac-similé devait ressembler forcément à Vécritured* Esterhazy.

On ne voit donc pas pourquoi on niait rexax:titude du facsimilé.

Je ne vois qu'une explication : c'est qiïe l'hypothèse d'après laquelle le bordereau aurait été éerlt par Dreyfus, imitant l'éerllure d'EMerlu^y, eut été diffleile à soutenir publiquement. Pour éviter une di»eassion embarrassante, on a préféré opposer la question préalable, en niant toute autorité à un examen fait 'sur des fae-slmilés.

Voilà, une fois de plus, admirablement mise en refîef la bonne foi de ces messieurs de TEtat-Major, toujours doublée d une neûveté bête qui nous fait demander avec inquiétude quelle méthode ils apportent dans leur préparation à la guerre et quelle méthode ils auraient an moment de la guerre.

La conclusion de M. Paul Meyer est claire^ et ferme :

Ce document est non seulement de réeriture, mus de la main du commandant Esterhazy.

M. A. Molinier prouve par qudques détails Tidentîté de l'écriture du bordereau et de celle d'Esterhazy. H conclut :

Entre récriture du bordereau et celle d'Esterhazy il n'exisftet à mon sens, aucune différence, tandis que, entre récritnre de Dreyfus et celle du bordereau, il existe, à mon smna^ ém

l'écriture du bordereau 199

différences essentielles : }e crois, en un mot, que le bopd&reau est de la main du commandant Esterhazy, qu'il ne porte aucune trace de maquillage, que, par suite, il faut en retirer la paternité au capitaine Dreyfus.

Page 1