‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 105 sur 162 · L ÉCRITURE DU BORDEREAU · texte numérisé non relu

L ÉCRITURE DU BORDEREAU

cassation, ce prétexte leur fait défaut. Ds se bornent à dire : — Nous maintenons notre rapport du 24 novembre 1897 !

Tant pis pour eux.

M. Charavay a été autrement loyal quand, en présence de récriture d'Esterhazy, qu'il ne connaissait pas en 1894, il a nettement dit : — Voici Fauteur du bordereau, t

in. — Les experts de la Vérité.

Les experts en écritures dont TEtat-Major ne peut répondre sont des savants comme Paul Meyer, directeur de FEcole des Chartes ; Giry, professeur à l'Ecole des Chartes ; A Molinier, professeur à l'Ecole des Chartes ; M. Gobert expert près la Banque de France. Ces messieurs ne se renferment point dans le mystère. Ils ne vont point chercher des explications comme celles de M. Alphonse Bertillon. Ils n'essaient point de prouver que l'auteur du bordereau a écrit trente lignes de son écriture, mais que sur ces trente lignes il a calqué quatre mots afin de les attribuer à Esterhazy, qu'il négligea de nommer pour sa défense dans l'instruction de du Paty de Clam et dans les débats de 1894.

M. Gobert explique tout simplement la réserve dans laquelle il s'est renfermé quand, le 13 octobre, il rendit le bordereau avec cette réponse prudente :

La lettre anonyme incriminée pourrait être d'une personne autre que celle soupçonnée .

Un conseiller lui dit :

Vous n'étiez donc pas encore à ce moment absolument

fixé snr le point de savoir si Dreyfus était oa non Yi du bordereau?

M. Gobert, — La forme dubitative de ma lettre du 13 octobre correspond à la pensée que j'avais que ma vérification serait complétée à l'aide d'éléments de comparaison nouveaux que j'avais demandés.

Mais, dans mon esprit, la seconde partie de ma vérifie&tion n'aurait pas manqué de me conduire à une opinion eatégorique et formelle, à savoir que l'officier soupçonné n'était pas l'auteur du bordereau.

Mais M. Gobert n'était pas com{daisant, il fut traité en suspect, puis en ennemi. On fit en petit, contre lui,, ce que la bande Henry, avec les généraux Gonse et de Boisdefire, a fait contre Picquart.

M. Gobert, ayant demandé, selon les usages de la justice civile, le nom de la personne soupçonnée, on insinua que c'était pour traiter avec ses défenseurs. Mais on ne lui communiqua point les pièces de comparaison qu'on communiqua à ses collègues. Le 10 noveinbre 1894, divers journaux donnèrent à entendre que le& experts qui s'(gtaient montrés favorables à la cause de Dreyfus avaient manqué à leur devoir professionnels <( D ne m'était pas possible de ne pas comprendre qu'il s'agissait de moi, ajoute M. Gobert. Je tiens pour certain que les communications à la presse ne pouvaient venir que des bureaux de la guerre. »

Le commandant rapporteur fit connaître à M. Gobert qu'on l'accusait d'avoir communiqué avec un confrère, d'avoir dit le contraire de ce que mentiontiait sa lettre au ministre, d'avoir commis des indiscrétions, etc., etc.

M. Gobert dit :

Bref, on me mettait sur la sellette.

Je ne m*y prêtai pas et, voyant que l'on me cherchait des griefs, surtout à Tégard de ma demande au général Gonse

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du nom de l'officier soupçonné, j'appris au rapporteur, qui l'ignorait , que je savais le nom de Dreyfus dès le début de mes opérations et avant le dépôt de mon rapport ; mais je me gardai dédire comment et par quel moyen j'avais connu ce nom. •

Le rapporteur, évidemment d'accord avec l'Etat-Major, crut découvrir comment j'avais su ce nom, et en fit mention au rapport d'accusation en disant que j'avais colporté des documents confidentiels dans Paris.

Ce fait, absolument faux, a donné lieu au Conseil de guerre à un incident extrêmement grave que je vais dire tout à l'heure.

Au Conseil de guerre, sa déposition terminée, M. Gobert fut Tobjet d'attaques violentes de la part du président, le colonel Maurel qui renouvela contre lui les accusations déjà produites. Il l'accusa « d^avoir colporté un document confidentiel écrit par Dreyfus et qui lui avait été remis pour servir à ses opérations ». M. Gobert expliqua alors au Conseil qu'il avait su le nom de Dreyfus au moyen de sa feuille signaltétique.

A ce luomeot, dit M. Gobert, un officier supérieur que je ne connaissais pas, se leva spontanément dans le prétoire^ et déclara que je n'avais pas eu ce document entre les mains.

Je me retournai vers lui et véhémenrtement lui dis :

— Si vous n'avez pas fait disparaître ces pièces, on les retrouvera au dossier.

Le président alla aux preuves, et montra au Conseil tous les détails de la feuille signalétique que j'avais sigualée.

Mon contradicteur. M- du Paty de Clam, tomba dans une €(mfusion profonde, il s'écria :

— J'avais si bien brouillé tont cela que J'csfiérais i|ii'aH ny eonnallrait rien.

Ce pauvre du Paty ! Il poussait le cri du cœur ! il avait si bien brouillé tout cela ! Voilà près de cinq ans qu'il a

brouillé tout cela et qu'il continue de brouiller tout cela, et il arrive à ce beau résultat que ceux qui défendent son œuvre, ceux qui ont collaboré avec lui, depuis le général (jOusc jusqu'au général Roget, le traitent de menteur, se moquent de sa fausse barbe, le renient sous toutes les formes ; et il a si bien conscience que ses agissements sont indéfendables, qu'il se laisse bouler en silence.

Dans sa naïveté, ce pauvre du Paty avait oublié que, parmi les pièces de comparaison qui avaient été données à M. Gobert, il y avait la feuille signalétique écrite par l'officier lui-môme, feuille dans laquelle on avait découpé le nom, mais en laissant subsister toutes les autres indications, spécialement les dates de promotion, etc. Il lui avait suffi d'ouvrir un A7inuaire militaire pour connaître le nom de Dreyfus et sa position dans l'armée.

Voici les conclusions de M. (jobert, présentées dans sa seconde déposition, le 18 janvier 4898 :

Je liens pour certain que l'écriture du bordereau n'est pas (le Dreyfus, et les éléments de comparaison émanant d'Esterhazy me conduisent à dire que c'est réellement lui qui est l'auteur dudit bordereau.

Je ne formule ce qui précède que comme une appréciation, ne pouvant, dans les circonstances présentes, faire une démonstration graphique complète.

J'ai été très frappé de la similitude qui existe entre le papier du bordereau et le papier d'une lettre signée par Esterhazy, écrite par lui h la date du 17 août 1894. Autant (ju'il est possible de faire un rapprochement entre un impier aussi fatigué, aussi maculé que Test le bordereau, et le papier de la lettre signée, on est en présence d'une similitude complète; cela me parait avoir d'autant plus d'intérêt que, si le bordereau n'est pas daté, on sait qu'il est arrivé h FEtat-Major vers le 30 septembre 1894, ce qui fait que le terme de comparaison est concomitant comme date.

Mes appréciations peuvent présenter un certain intérêt, parc(i que mes fonctions d'experl à Ja Banque de France

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m'ont mis à même de connaître la fabrication du papier. ^

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