CONVICTIONS INEBRANLABLES
Le flak du légiste égale chez le général Mercier le i'iair de l'artilleur. Il dit solennellement :
Il est absolument imposaiblc qu'Esterhazy soit Fauteur du bordereau, même s'il Vavait écrit.^
Quant à l'écriture du bordereau, Guignet ne s'en préoccupe pas. Il a la môme formule qu'Henri'. Peu iml)orte qu'on ait la preuve matérielle que le bordereau est d'Esterfiazy et non de Dreyfus.
SU m^était démontré que l'auteur du bordereau n'est pas Dreyfus, ma conviction sur la culpabilité du condamné, basée sur la discussion technique du bordereau n'en serait pas le moins du monde ébranlée.
Je cite les propres termes de M. Cavaignac, car autrement on croirait que, pour le tourner en ridicule, je lui prête le raisonnement qui suit :
Je dis qu'alors même qu'il serait établi que l'écriture du bordereau est celle d'Esterhazy, il faudrait imaginer une hx'pothèse pour concilier les deux faits :
Soit celle d'une imitation d'écriture ;
Soit celle d'une copie faite.
Mais que, dans ce cas, il n'eu serait pas moins matériellement impossible qu'Esterhazy eût commis Tacte de trahison et fût lui-même l'auteui* du bordereau, et, par suite, le fait nouveau de nature à établir Tinnocence, le fait que l'acte de trahison, pour lequel Dreyfus a été condamné, aurait été commis par un autre, ne saurait être établi.
J'ajoute que le bordereau désigne lui-même son auteur comme devant être un officier d'artillerie, d'abord parce que sur cinq des sujets traités, trois se rapportent à des questions d'artillerie.
Le président — Si de nouveaux documents jetaient, par la similitude des écritures ou par toute autre indication, <les doutes sérieux sur l'attribution du bordereau à Dreyfus, et le faisaient apparaître comme l'œuvre d'Esterhazy, il ne faudrait donc en tirer aucune consétjuence en ce qui concerne l'innocence de Dreyfus.
M, Cavaijnac. — Oui, monsieur le président; si vous entendez par ces mots « œuvre d'Esterhazy » l'œuvre matérielle d'Esterhazy, je vais jusque-là.
Alors même qu'il me serait démontré (pie le bordereau a été matériellement écrit par Esterhazy, je n'en déclarerais pas moins qu'il est impossible, à mes yeux, qu'Esterhazy ait livré les renseignements visés par le bordereau ; qu'il ait écrit en parlant de lui la phrase ; '< Je pars en manœuvres, » et qu'il soit l'auteur de l'acte de trahison.
Il n'y a par conséquent pas de conclusion à en tirer en faveur de l'innocence de Drevfus.
M. Gavaignac fait un acte de foi en Esterhazy : seulement on peut s'étonner du personnage qu'il honore ainsi de sa foi.
Nous ne nous étonnons pas qu'il soit allé se promener dans les couloirs de la Chambre en répétant sur tous les tons :
— Les magistrats de la Cour de cassation sont incapables de rien comprendre.