I. — Le dossier secret et Picquart
Nous prenons cette phrase de Picquart : .
J'ai dit plusieurs fois au général de Boisdeffre et au général Mercier que s'il n'y avait pas le dossier secret je ne serais pas tranquille.
(( L'affaire ne marchait pas », dit le colonel Bouchez à Picquart. Puis il annonça qu'on avait trouvé de nouvelles preuves contre Dreyfus.
214 ANALYSE DE L*ENQUÊÏE
Ces nouvelles preuves étaient le canevas d'une lettre écrite en allemand et la lettre : « Ce canaille de D... » Picquart ajoute :
Je ne me souviens plus à quel moment de Tenquôte ou de l'instruction a eu lieu la découverte de ces pièces ; mais je sais que c'est après une ï)ériode de malaise, pendant laquelle l'affaire ne marchait pas.
Elles ne furent point versées aux débats ; le président du Conseil de guerre interrompit violemment M. Démange quand il parla de « l'unique pièce ». Plusieurs juges avaient reçu l'assurance de la culpabilité de Dreyfus. Sandlierr, l'avait donnée au lieutenant-colonel Etchmanii, Henry au capitaine Gallet.
Et, o ironie ! il est probable que c'est Picquart qui a été chargé de porter le dossier secret au président du Conseil de guerre.
11 m'est absolument impossible de me souvenir si c'est moi qui ai apporté le dossier secret, si c'est du Paty ou quelque autre personne.
J'ai apporté plusieurs plis au colonel Maurel et je ne sais plus si l'un d'eux pouvait contenir ce dossier, lequel est de très petite dimension.
Ce qui me fait croire que ça a pu être moi, c'est que, quand j'ai déposé devant M. Ravary, en décembre dernier, le greffier Vallecalle m'a dit :
Est-ce que ce n'est pas vous qui avez apporté le dossier secret ? ».
Ou :
« C'est bien vous qui avez apporté le dossier secret ? » Mais oh pariait de celte qaefitiaii aa niakitére librement et la eommiiiiiealion ae fait aaean dante.
LE DOSSIEK SECRET !2i5
Le général Mercier et le général de Boîsdef fre avaient fait cette communication : mais Picquart en parla aussi au général Billot. Il Ta donc connue; et il ment effrontément quand il répète que Dreyfus a été justement et légalement condamné, puisqu'il sait le contraire depuis 1896.
Sandherr, en passant le service à Picquart, lui dit :
— S'il s'élève des doutes sur l'affaire Dreyfus, vous n'avez qu'à demander le dossier qui a été commwiiqué aux juyeSf au Conseil de guerre, et qui se trouve dans l'armoire du commandant Henry.
Jusqu'au procès Zola, où Henry, Lauth, du Paty, Gribelin firent le même mensonge en prétendant que le dossier secret avait été enfermé dans son armoire avant la séance du Conseil de guerre et n'en était plus sorti fju'en fin août 1896, on avait considéré cette communication comme chose toute simple, un bon tour joué à la défense et au condamné, et qui était tout à l'éloge du général Mercier.