‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 121 sur 162 · I. — Sitspicion spontanée · texte numérisé non relu

I. — Sitspicion spontanée

Depuis que Dreyfus a été condamné, on s'est acharné à le recondamner et on a cherché contre lui des preuves antérieures au procès qui, cependant, n'y avaient pas été produites, même dans le dossier secret, et on a voulu les consolider par des preuves postérieures, dont le plus bel échantillon est le faux Henry. «

Le général Zurlinden, dans sa lettre du 16 septembre 1898, exposant les origines de l'Affaire disait, en parlant de Dreyfus :

Aucun soupçon ne s'est élevé contre lui. C'est tout à fait inopinément que Dreyfus fut déclaré Fauteur du bordereau. Si le lieutenant-colonel (TAhoville était rentré de permission quelques jours plus tard, il est probable que son chef de bureau aurait rendu compte, comme ses trois cama-

rades, de l'inanité de ses recherches et que le bordereau aurait été placé dans les cartons.

Maintenant, il s'agit d'établir les mauvais antécédents de Dreyfus.

Le général Roget est remonté « jusqu'aux premiers actes d'espionnage en 1887. » Il n'y en avait jamais eu auparavant ? Serait-ce la loi sur l'espionnage de 1886 qui les aurait produits, ainsi que l'organisation du bureau des renseignements au ministère de la guerre ? Coïncidence curieuse.

En tous cas, ils ne pourraient concerner Dreyfus, qui n'est entré à l'Etat-Major qu'au mois de février 1893. Puis il parle de Greiner, du rapport du capitaine Borupt, attaché militaire à l'ambassade des États-Unis avec le lieutenant-colonel Wuillaume ; et il ajoute :

Que certains actes de trahison antérieurs à 1892 pouvaient être imputés à d'autres qu'à lui, et qu'il y avait présomption, notamment pour certains, qu'ils pouvaient être attribués à Drevfus.

Dreyfus était décidément bien précoce.

IL — Uohus Robin,

Le général Roget parle ensuite de la curiosité qu'aurait éprouvée Dreyfus en 1890, étant à Bourges, relativement à l'obus Robin et au chargement des obus à la mélinite. Cet artilleur prenait décidément son métier trop au sérieux. Et alors Roget déclare :

La découverte de l'acte de trahison est très antérieure au procès Dreyfus.

C'est en 1890 que le service des renseignements reçut

des débris de papier calciné sur lesquels il ne restait que l'extrémité des lignes à droite.

Ce papier était u*i papier pelure analogue à celui du bordereau ; le document fut envoyé à la direction de rartilleric et l'on y reconnut la copie d'une instruction relative au chargement des obus à la mélinite.

L'enquête faite à cette époque avait fait ressortir que le document venait de Técole de pyrotechnie.

Ce fait ne fournit pas d'autres indications que celles-ci : Dreyfus était à l'école de pyrotechnie à ce moment et la coïncidence du papier pelure et du bordereau.

« L'acte de traliison est très antérieur au procès Dreyfus. » Mais de qui est cet acte ?

Vient alors « le papier pelure. » C'est alors très grave pour Esterhazy, car s'il y a une preuve faite, c'est celle de l'identité du papier pelure dont se servait habituellement Esterhazy et du papier pelure du bordereau.

Le général Roget ajoute :

Ce document existe encore, et on Ta fait expertiser au point de vue de l'écriture sans aboutir à un résultat décisif.

Le général Deloye, dans sa note, donne des explications sur l'obus Robin et les obus allemands de c/9i et c/96. Il s'exprime ainsi :

Les Shrappnels de l'un et de l'autre modèle présentent les plus grandes analogies avec l'obus Robin.

La déposition du commandant Ducros ne contredit pas cette appréciation, mais elle la complète.

Il y a, à coup sûr, dit-il, des analogies entre Tobus Rpbin et l'obus allemand, mais il y a des différences trè^ nettes

entre la composition de la substance fumigère de Tun et de l'autre et dans le mode d'explosion des deux projectiles.

Il paraît difficile d'indiquer si l'un des deux a pu inspirer l'autre et lequel des deux a la priorité d'exécution.

Le commandant Hartmann dit :

Le commandant Hartmann. — L'obus Robin est constitué par une enveloppe d'acier et par une ogive en fer ; il renferme des balle3 qui, au lieu d'être séparées, comme dans tous les obus, par une matière inerte, sont mélangées à la poudre, fortement comprimée, d'ailleurs.

Dans l'axe de l'obus se trouve un tube en laiton percé, de trous pour la communication du feu de la poudre mélangée aux balles.

Le corps de l'obus s'obtient par un procédé d'emboutissage en usage dans les établissements de l'artillerie et dans l'industrie.

Cet obus a fait l'objet d'une étude assez longue, et il a été rendu compte de ces essais dans un des Bulletins des questions à l'étude rédigés, commet, je l'ai dit, à la section technique avant mars 1892.

Gonmie ces bulletins ont été livrés à une puissance étrangère, il en résulte que cet obus n'était plus un secret pour cette puissance.

L'étude de cet obus a amené quelques modifications ; mais il n'en a pas moins gardé toujours son caractère essentiel d'être un obus à charge mélangée de balles.

Les shrappnells allemands sont de deux modèles : modèle 1891 et modèle 1896. L'obus Robin et le shrappnell sont aussi différents l'un de l'autre que peuvent l'être deux obus à balles.

Le capitaine Cuignet plus explicite dit :

Ils ont été soumis à rexpertise", et l'expert conclut, d'une façon très nette, que les fragments ne portent pas Vécriture de Dreyfus,

Cet expert est M. Adolphe Bertillon.

2i2 ANALYSE DE l'eNQUÊTE

Il n'est p€is moins extraordinaire de voir que la copie de ce document a été faite sur papier pelure analogue au bordereau de 1894.

Le capitaine Guignet ne se doutait pas qu'en prononçant ces mots, c'était contre Esterhazy qu'il prononçait une accusation : car l'identité du papier du bordereau et du papier dont Esterhazy se servait pour sa correspondance en 1894 est établie.

Seulement un conseiller fait observer que le papier dont parle le capitaine Cuignet n'est point quadrillé tandis que celui du bordereau l'est.

Le général Mercier parle d'un^ lettre que Dreyfus aurait écrite à un capitaine Rémusat pour lui demander des renseignements sur cet obus : ce ne serait peut-être pas un crime : mais il y deux officiers d'artillerie du nom de Rémusat dans l'armée. Pourquoi n'a-t-on pas fait venir conune témoin, en 1894, celui à qui il se serait adressé ?

Et « l'obus Robîn » qu'on n'a pas osé produire contre Dreyfus au Conseil de guerre de 1894, pas même dans le dossier secret, devient une charge contre Dreyfus.

m. — Une minute de 1893,

Le général Roget mentionne une note arrivée en octobre ou en novembre 1895 — près d'un an après la condamnation de Dreyfus. — Il n'en saurait vrainxent être responsable : mais en 1893, il y avait eu une minute qui avait manqué à la troisième direction du premier bureau ; donc, Dreyfus est responsable de la pièce d'octobre ou de novembre 1895 !

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