IX. — Comptes embrouillés
A ce qu'il paraît, il y a dans le dossier secret des pièces antérieures au procès de 1894 contenant des parties (lu cours de fortification permanente professé à ITEcole de guerre de 1890 à 1892 et de 1893 à 1894, soit à cinq promotions d'élèves-officiers. D'après le capitaine Cuignet, on tire environ quatre-vingt-dix exemplaires de ce cours, par an, ce qui fait quatre cent cinquante exemplaires en cinq ans.
On a retrouvé au domicile du capitaine Dreyfus Texemplaire qui lui avait été remis, mais une partie n'était pas reliée. C'est louche ! S'est-on donné la peine au ministère de la guerre de rechercher ce que sont devenus les quatre cent quarante-neuf autres ? Point du tout ! U eut été intéressait de le savoir avant de parler de cette affaire et d'insinuer que le capitaine Dreyfus peut avoir livré ce document. Mais tout est bon à l'accusation, qu'elle soit représentée par le général Roget ou le capitaine Cuignet 1 ^
Mais le G janvier 1899, le capitaine Cuignet commence sa déposition par une rectification qui montre l'étourderie avec laquelle les officiers mêlés h cette affaire ont l'habitude de faire leurs dépositions. Us n'hésitent point à alléguer des faits, à citer des chiffres, à préciser des dates, à rapporter des propos tenus plusieurs années auparavant, de sorte que nous, simples pékins, nous serions pleins d'admiration pour le développement de la mémoire que donnerait le port du képi, si, après vérification, nous ne nous apercevions que ces propos, ces dates, ces chiffres, ces faits sont inexacts.
Le capitaine Cuignet avait dit que le tirage du cours supérieur de guerre était de 90 exemplaires : il est de
150 ; il ne s'était trompé que de 66 0/0. En fait, cette erreur est Sans importance. Dans une opération de banque ou de commerce, elle serait ruineuse. Ces Messieurs des Etats-Major se flattent de n'être point obligés de regarder de si près les chiffres que leur boulanger ou leur épicier.