VIII. — La source sûre
Le général Roget dit que : ,
Le ministère de la guerre savait par une autre voie — absolument distincte de celle dont je viens de parler, ne pouvant avoir aucune collusion possible avec la première — qu'il y avait un traître à l'Etat-Major de l'armée et, finalement, que ce traître avait appartenu récemment ou appartenait au deuxième bureau de l'Etat-Major.
L'informateur est l'agent Guénée et il n'avait pas parlé du deuxième bureau, (V. L. I, ch. V.) C'est un nouveau mensonge du général Roget.
Enfin le général Roget ajoute :
C'est pendant cette surveillance qu'un agent du service des renseignements nous dit tenir d'une source sûre qu'on ne trouverait rien tant qu'on ne chercherait pas plus haut.
La source sûre est une personne que je désignerai sous le nom de de B..., qui occupe à Paris une belle situation mondaine. ,
Voici comment Picquart désigne cette source sûre qui occ]tipe à Paris une belle situation mondaine.
J'assistai à toutes les séances, assis derrière les juges. On voyait que l'affaire s'annonçait assez mal, on résolut de frapper un coup. Henry me dit : « Vous qui êtes assis derrière Gallet, dites-lui donc de me faire rappeler pour me demander des renseignements » Je refusai de m'acquitter de cette commission, le colonel Henry.se fâcha et fit sa commission lui-même pendant une suspension d'audience. Le capitaine Gallet posa la question à la reprise et le colonel Henry fit sa déposition et dit : « H tenait d'une personne honorable qu'un officicier du deuxième bureau trahissait, et cet officier, le voilà, » ajoutait-il, en montrant Dreyfus. On pouvait croire que la personne en question avait dénoncé Dreyfus, ce qui n'était pas vrai. Cette personne, un rastaquouère à qui j'ai payé 1, 200 fr. pour ce service, avait dit à Henry que les attachés militaires étrangers avaient des amis au deuxième bureau, par qui ils étaient renseignés. Cette information coïncide entièrement à la réalité des faits, car les attachés militaires étrangers étaient reçus au deuxième bureau de la façon la plus amicale et on les renseignait sur tout ce qu'on pouvait leur communiquer ; mais Dreyfus était au deuxième biu'eau comme simple stagiaire (1).
La « source sûre » n'avait donc pas désig^né
Dreyfus. Voilà une nouvelle preuve de la sincérité des renseignements du général Roget.
(1) Lettre du lieut. Col. Picquart au garde des sceaux^ 14 sept. 1898, {La Révision à la Cour de Cassation, p. 115.)