XI. — Une heure de conversation
Le général Roget continue :
Je suis absolument convaincu que Dreyfus particulièrement, avec sa curiosité pour toutes les choses nouvelles, son désir bien connu d'être toujours au courant des expériences les plus récentes, a pu recueillir personnellement des renseignements pleins d'intérêt.
Le général Roget ajoute sans se douter du formidable argument qu'il donne contre lui :
Je peux citer un exemple dont j'ai été témoin personnel do la profonde instruction qu'avait Dreyfus sur toutes les
questions d'artillerie et montrer qu'il était au courant des expériences les plus récentes.
Dreyfus a fait partie, en 1894, du 27 juin au 4 juillet, d'un voyage d'Etat-Major que dirigeait le chef d'Etat-Major général.
Je faisais également partie de ce voyage. Un jour, le groupe d'offici3rs dont faisait partie Dreyfus et le groupe du chef d'Etat-Major lui-même, dont je faisais partie, se trouvèrent cantonnés ensemble à Charmes, le chef d Etat-Major invita les officiers de ce groupe à prendre leur repas avec nous. Le soir, pendant le diner, Dreyfus parla des diverses expériences faites par les commissions de Calais et de Bourges, et nous donna des renseignements qu'aucun de nous ne possédait, et tellement intéressants qu'il en fut question jusqu'à la fin du dîner.
En sortant de table, le chef d'Etat-Major emmena le capitaine Dreyfus et continua à causer avec lui, seul à seul, pendant plus d'une heure, en se promenant sur le pont de la Moselle. Nous suivions par derrière, d'ailleurs, et les jeunes gens remarquèrent fort la faveur spéciale qui était accordée à leur camarade ce jour-là.
Et parmi ces camarades, il y en avait peut-être qui n'ont jamais' pardonné à Dreyfus cette heure de conversation. Il était devant eux, c'était un gêneur. : et dans râpre curée à Favancement, en le rejetant de côté, on , rendait une place disponible.
Mais comment l'homme qui s'était fait une pareille situation serait-il allé misérablement échouer dans le métier d'espion ? Gomment aurait-il tout risqué, tout sacrifié pour avoir Fhonneur, lui, fils d'Alsacien, ayant opté pour la France, de correspondre avec Schwarzkoppen et de recueillir son mépris ? Dans quel but 1 Pour quel motif ?
On Ta cherché : et on n'en a trouvé aucun, le général Roget pas plus que d'Ormescheville.
Voilà toutes les preuves que trouve le général Roget contre Dreyfus.