I. — A r appui d'unfaua
En dehors du faux Henry, de la fa;usse traduction de la dépêche Panizzaridi du 2 novembre 1894, FEtat Major « a nourri son dossier » de preuves postérieures.
Le capitaine Guignet cite une dépêche d'un fonction naire étranger à « l'agent A... », c'est-à-dire à Schwarzkoppen.
Dans cette lettre, datée du 17 janvier 189o, le fonclioanaire étranger, après une allusion à la démission de M. Casimir-Perier, ajoute :
Pow* ce qui concerne Dreyfus on est tranquillisé et Von finit tout de même par trouver que j'ai bien agi. Ce qui, dernièrementy a tout d'un coup pu mettre IV... en colère à propos de cette quesliony nul ne sait ici, pas même 1.,. C'est pro' hahlement un nigaud.., qui aura jasé, A part cela N... est gai et bien portant ; mais il veut tout faire par lui-même et sa visite à V... a causé un grand émoi.
M. Guignet ajoute :
Cette lettre, rapprochée de quelques autres antérieures à l'affaire Dreyfus, me parait avoir un caractère tout particulier de gravité.
Notez que le capitaine Guignet met au premier rang des charges contre Dreyfus, les prétendus aveux rapportés par Lehrun-Renaud ; que s'il ne pouvait s'appuyer sur ces aveux, il ne serait plus convaincu de la culpabi- Utc de Dreyfus. En quoi cette dépêche, en admettant qu'elle soit authentique, peut-elle avoir un caractère particulier de gravité ? Schwarzkoppen en parle, mais la condamnation de Dreyfus avait-elle donc dû laisser indifférents les attachçs militaires étrangers ?
Pour appuyer cette pièce, le capitaine Guignet dit :
En octobre ou en novembre ISdo, le service des renseignements avait reçu une note mémento de l'agent A. (Schwarzkoppen) .
Cette note n'est pas datée (n° o3), mais il semble que sa la te puisse être retrouvée, grâce à une annotation au crayon portée au dos du mémento.
Cette annotation parait viser les débats qui ont eu lieu à la Chambre des députés au sujet de l'issue d'un procès entre l'Etat et les compagnies de chemin de fer d'Orléans et du Midi.
Je crois que ces débats sont du mois de janvier l89o et la note mémento dont il est question serait donc d'une date voisine de celle de ces débats.
Que veulent dire ces pièces ?
Nous n'en savons rien. Mais le perspicace Guignet, qui ne se doutait pas que le faux Henry fut un faux et qui* ne s'en douterait pas encore s'il ne s était avisé de le regarder à dix heures du soir à la lumière d'une lampe, suppose que ces dépêches signifient que « Schwarzkov»-
2o6 ANALYSE DE l'eNQUÉTE
pen recherche d'où a pu venir rindiscrétion qui a permis de condamner Dreyfus » .
Avec cette méthode rigoureuse, dont ses collègues et lui nous ont donné tant de preuves, il conclut :
11 me semble, quant à moi, si cette version est vraie — et elle me paraît vraie — que cette recherche de A.., serait un aveu de la culpabilité de Dreyfus.
« Si... » ; et, après cette conjonction dubitative, aussitôt l'affirmation et la conclusion. Et il continue, avec une assurance de j)lus en plus grande, en oubliant complètement le si...
J'ai indiqué qu'à mon sens, du moins, des relations se sont établies entre A... et Dreyfus.
C'est « à son sens », mais malgré « du moins », il considère que c'est acquis ; et, poursuivant toujours, il ajoute :.
Ces relations ont pu avoir lieu directement, ou encore par l'intermédiaire de B... ou encore par l'intermédiaire d'uir agent ami de A... et résidant hors Paris.
Alors les hypothèses se compliquent. Dreyfus eût été en relation avec Panizzardi (B). Oui, en vertu de la dé- [)éche du 2 novembre 1894, qui a fait l'objet des dépositions de M. Paléologue ; et c'est un faux de plus commis volontairement et conjointement par Henry, du Paty de Clam et le général Gonse (v. supra, livre I", ch. V).