‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 145 sur 162 · V. — Grave Gonserie · texte numérisé non relu

V. — Grave Gonserie

Mais nous savons à quoi nous en' tenir sur la bonne foi du général Gonse qu'a mise en si complète lumière la lettre de M. Painlevé (Siècle du 16 avril). On a supprimé de l'enquête imprimée la question dont voici le sens :

f< Il existe, au dossier, une pièce qui vous concerne. Il résulte de cette pièce que, d'après une conversation recueillie de votre bouclie par II. le général CSronse, conversation que vous auriez eue avec M. J. Hadamard, cousin de Dreyfus, certains membres de la famille Dreyfus seraient très enclins à admettre la culpabilité de Dreyfus. »

Or, M. Painlevé avait dit que la conversation de M. J. Hadamard commençait par ces mots : « Dreyfus est innocent ».

Pourquoi le général Gonse a-t-il rédigé la conversation qu'il a eue avec M. Painlevé après son départ, sans avoir pris de notes, sans lui avoir soumis cette rédaction, sans « lui avoir laissé supposer d'aucune façon son intention de garder une trace écrite de cette conversation »?

Le général Gonse n'a pas répondu à ces questions que lui a posées M. Painlevé :

Pourquoi cette note, portant sur un détail si ridiculement insignifiant, a-t-eile été mise au dossier secret ?

Si mes paroles n'y sont pas travesties, comment cette pièce peut-elle entrer dans le faisceau des preuves qui entraînent la culpabilité de Dreyfus ?

Gomment M. le général Roget, ayant eu cette pièce en main, a-t-il pu substituer à M. J. Hadamard, cousin par alliance de Dreyfus, M. Hadamard beau-père de Dreyfus? Comment a-t-il pu transformer la conversation qu'a eue avec moi M. J. Hadamard en un propos que m'aurait tenu le beau-père de Dreyfus et signifiant qu'il aurait payé les dettes de son gendre ?

A ces questions, je ne trouve pas de réponse. La meilleure réponse serait, peut-être, la publication de la pièce du dossier secret qui me concerne. Si secrète que soit cette pièce, je ne pense pas que sa divulgation compromette la défense nationale.

Il est vrai que le général Gonse fait dire que la pièce n'est pas dans le dossier secret : elle serait donc dans lo dossier ultra-secret : continuation des gonseries mensongères et ridicules !

Gonse est pris et bien pris dans cette Tabrication d'un Taux témoignage : il n'y échap-

pera pas. Des conseillers à la Cour de cassation ont vu la pièce, puisque c'est à propos d'elle que M. Painlevé a été interrogé. Plus Gonse la niera, et plus il démontrera sa culpabilité.

VT. — M, Jacques Hadamard.

Quant à M. Jacques Hadamard, sa déposition est simple et précise. En voici la plus grande partie :

J'ai alors déclaré à M. Painlevé que Dreyfus avait été condamné sans jugement régulier et que les preuves de rillégalité commise étaient publiques, et je les lui ai énumérées.

Je savais qu'il courait des bruits sur sa vie privée, bruits dont parlaient les journaux.

Je n'ai jamais dit à qui que ce soit qu'on avait eu dans la famille de Dreyfus connaissance de certaines circonstances se rattachant à sa conduite, qui faisaient x^ue les membres de cette famille ne pouvaient pas répondre de lui.

J'aurais pu d'autant moins tenir ces propos que je n'ai jamais cru au bien fondé des bruits qu'on a fait courir sur la vie privée de Dreyfus.

Cet exemple est un critérium de la précision et de la vérité des allégations du général Roget, çt de la manière dont le général Gonse constitue les dossiers.

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