III. — Le bon Renom de la France
La déposition de M. Gabriel Monod, ancien ami de M. Hanotaux, est écrasante à l'égard de cet ancien ministre. A la fin de décembre 1894, Hanotaux lui dit, en bon disciple d'Escobar : <( Ce n'est pas moi qui ai jugé Dreyfus. Je n'ai rien à vous dire. »
Au mois de mai 1897 déjeunait avec M. Hanotaux et M. Albert Sorel — qui n'en a pas moins donné son adhésion à la Ligue des Basiles. — M. Hanotaux leur dit:
— L'affaire Dreyfus a été et restera le grand malheur de ma vie.
3âi A.NALVSE DE l'eN^UÊTE
Il était encore temps pour lui de le réparc a-t-il donc laissé passer Toccasion? Il refusa tervenir auprès du geôlier Lebon, au mois de pour adoucir deux abominables mesures prii de Dreyfus. M. Gabriel Monod, sachant les times qull y avait entre M. Hanotaux et I Humbert, s'adressa à ce dernier. Il tombait cien rédacteur du Père Duchêne ne daigna pondre, mais il saisit la première occasion po M. Gabriel Monod comme faisant partie du trahison.
Le 25 novembre 1897, M. Hanotaux se bc (c Je m'efforce de voir, de savoir et de prév< »
vu et il a su, comme le prouvent les de (
MM. de Munster et Tornielli : et il a eu h * • se rendre solidaire de Méline, de Billot et c . ii Au mois d'avril, le secrétaire de M. Ilanota i
à M. Gabriel Monod que la révision é reuse !
11 considérait, sans doute, lui, ministre • étrangères, que la France était en bonne po qu'à l'étranger voici le langage qu'on ten£ M. Gabriel Monod :
Pendant mon séjour à Rome, je me suis ref entrevue avec des personnages politiques qui î pour but de prendre des informations directes \ Dreyfus. Mais j'ai eu soin de recueillir tous les ments qui sont venus spontanément à moi dans U où je me trouvais ou par des amis qui me les a sans que je les eusse sollicités.
La concordance de ces renseignements m*a pan réel intérêt : c'est ainsi que j'ai wl de quelh M. Visconti-Vcnosta, ministre des affaires étrar généraux Ricotli et Cosenz, le général Primer d'Etat-Major général, s'exprimaient sur l'affaire D
Ils affirmaient son innocence et s'étonnaient qu'une pareille erreur eût été commise.
Le marquis Guerrieri m'a dit, il y a quelques jours seulement, en avoir causé plusieurs fois avec le général Primerano, qui lui a affirmé qu'aucune pièce provenant de Dreyfus ne leur était parvenue, tandis qu'ils en avaient provenant d'Esterhazy.
Le marquis Guerrieri m'a dit également tenir de M. Ghiala, ami du colonel (aujourd'hui général) Panizzardi, l'affirma- 'tion que la dépèche par laquelle l'attaché militaire italien annonçait à son gouvernement l'arrestation de Dreyfus, contenait aussi l'affirmation qu'il n'y avait jamais eu aucun rapport entre Dreyfus et lui.
Mon ancien ami, le professeur Tîzielli, de Florence, m'a raconté avoir rendu visite, au commencement de 1893, à un officier de ses amis, attaché à l'Etat-Major général.
Cet officier, qui avait la garde des papiers d'espionnage, lui dit que Dreyfus n'avait jamais livré aucun document aux gouvernements étrangers et que les documents qu'on prétendait avoir été livrés par lui l'avaient été par un officier supérieur en grade.
Je puis ajouter que la reine d'Italie a déclaré à deux de nos amis, les demoiselles Amari, ainsi qu'au sénateur Bonfadini, qu'elle avait été trouhlée par l'affaire Dreyfus, qu'elle avait pris les renseignements les plus précis à ce sujet et qu'elle était certaine de l'innocence de Dreyfus.
Dans un dîner chez M"^» Minghetti, auquel j'assistais, le prince Lichnosdski, secrétaire de l'ambassade d'Allemagne, à Vienne, et ami personnel de M. Schwarzkoppeu, a raconté qull s'était entretenu avec ce dernier de l'affaire Dreyfus, que M. Schwarzkoppeu lui avait affirmé n'avoir jamais eu aucune relation avec Dreyfus, et que, d'ailleurs, les papiers mentionnés au fameux bordereau, dont on parlait tant, n'avaient qu'une faible valeur, sans vouloir rien dire sur l'origine de ces papiers.
J'ai sous les yeux une lettre de M*"' de Bulow, la femme du ministre des affaires étrangères d'Allemagne, adressée à une de ses amies de lloms et dans laquelle, au milieu de beaucoup d'autres choses, elle disait incidemment : « Vous avez vu ce que mon n^ari a dit sur l'innocent Dreyfus ; tout
ce que Zola a dit est vrai, et toutes les réponses sont misérables. »
Cette même dame m'a fait connaître le récit que lui a fait le docteur Muhling, Allemand établi à Rome, d'une visite qu'il a faite à M. de Schwarzkoppen, à Berlin, au mois de uillet.
Il le trouva très triste et lui en demanda la cause.
M. de Schwarzkoppen lui répondit que c'était le sentiment de responsabilité qui pesait sur lui dans l'affaire Dreyfus.
M. Muhling lui ayant demandé pourquoi il ne s'expliquait pas publiquement, il répondit que d'abord on ne croirait pas, en France, h sa déclaration ; qu'ensuite, s'il la faisait spontanément, il serait mal vu de ses camarades et de ses chefs ; mais qu'il avait été prévenu que si son témoignage était invoqué par le gouvernement français, il recevrait Tordre de déposer sur tout ee qu'il savait, soit entre les mains de l'ambassadeur de France, à Berlin, soit auprès d'une autorité judiciaire*
Je puis ajouter que M. Clark, fellow de Queen s Collège, Oxford, m'a rapporté au mois de septembre qu'il avait rendu visite au colonel Panizzardi au moment oti celui-ci allait quitter Paris, qu'il l'avait trouvé fort ennuyé des déclarations de M. Casella, qui l'obligèrent à renoncer à son poste d attaché militaire, mais que ces déclarations étaient rigoureusement exactes.
Enfin au mois de mai 1899, M. le baron Marshall von Bieberslein, ambassadeur d'Allemagne à Constantinople, ancien ministre des affaires étrangères, a fait la déclaration suivante, à S. E. Férid Bey, gouverneur général du vilayct de Konia, devant plusieurs personnes.
Ijors de la condamnation de Dreyfus, J'étais ministre des Affaires étrangères dans mon pays ; conséqueniinent j'étais bien placé pour tout savoir.
Êli bien ! je vous donne ma parole d^honneur que Dre^ius n'a jamais eu de relations ni directes, ni indirectes, avec aucun des organes officiels, ni
secrets de F^Lllema^ne, ni de Tltalie s Esterhazy, oui. (Textuel) (v. le Siècle du 26 mai 1899).
M. Hanotaux savait toutes ces choses, et après avoir laissé faire Mercier en 1894, il a pris sa part de cette ridicule et odieuse politique de MM. Méline, Billot et Milliard qui a eu pour conséquence de livrer notre gouvernement, notre Etat-Major, certains de nos magistrats au mépris du monde civilisé. Il est un de ceux qui ont trempé dans cette œuvre de collusion, de mensonge et de trahison. Il s'est déshonoré à jamais en contribuant au déshonneur de son pays.