MM, Tornielli et le Ministre
M. Trarieux, devant la Cour de cassation, raconte Forigine de ses rapports avec M. Tornielli. ambassadeur d'Etat. Ils remontent à 1895, à propos d'une affaire d'extradition. Il alla voir M. Tornielli en mars 1898 et ui demanda s'il pouvait l'éclairer sur tout ce qu'il avait pu apprendre et connaître ou, au contraire, s'il était tenpi au silence.
Les attachés militaires étrangers ne devinaient pas ce que pouvait être l'affaire Dreyfus, jusqu'à la publication du fac-similé du bordereau par le Matin, Alors Schwarzkoppen reconnut que ce papier était l'œuvre de son fournisseur habituel, Esterhazy. Il le dit à M. Panizzardi, qui le répéta h son ambassadeur.
La révélation de ces documents précis permit alors aux attachés militaires des deux ambassades d'Allemagne et
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(l^ltalic, de se rendre compte qu'une confusion avait été commise et que Dreyfus avait été certainement victime' d'une erreur.
Enfin M. Tornielli dit à M. Trarieux que l'attaché militaire d'Italie avait eu Toccasion de recevoir peu de temps auparavant une lettre de son collègue d'Allemagne expédiée de Berlin et confiée aux mains d'un tiers, dans laquelle se trouvaient relatés les faits mêmes qu'il venait de m'expliquer. Cette lettre lui avait été lue, elle était Vaffii*mation poaitire, d'une part ^ que so/i auteur ne connaissait pas Dreyfua, et, de l'autre, qu'il attribuait ou commandant Esterhazy les faits mêmes dont le Conseil de guerre de 489i avait, à tort, cru Dreyfus coupable.
Cette lettre, c'est celle que Schwarzkoppen avait chargé M. Casella de remettre à M. Panizzardi (v. le Siècle, du 8 avril 1898).
L'Eclair essaye de mettre en contradiction les déclarations de M. de Munster, de M. de Bulow et celles de M. Tornielli. Rien de plus clair cependant : dans sa déclaration à la commission des finances du Reichstag (dépêche du 24 janvier 1898), M. de Bulow disait :
« Je me bornerai donc à déclarer de la façon la plus formelle et la plus catégorique qu'entre l'ex-capitaine Dreyfus, actuellement détenu à Tile du Diable, et n'importe quels organes allemands, 11 n'a jamais existé de relation ni de liaison, de quelque nature qu'elles soient. Les noms de AValsin-Esterhazy, Picquart, je les ai entendus, pour la première fois depuis mon existence, il y a trois semaines. »
VEclair fait semblant de ne pas comprendre le langage de M. de Munster et de M. de Bulow. 11 est cependant simple et le Récit d'un diplofnate paru dans le Siècle du 4 avril 1898 l'avait fort nettement expliqué. M. de Munster ne connaissait pas les relations existant entre Schwarzkoppen et Esterhazy. M. de Bulow ne les
connaissait pas plus que M. Delcassé ne connaît le nom de tel espion allemand employé au service du bureau des renseignements.
h' Eclair compte que pas un de ses lecteurs ne fera ' cette réflexion : Le ministre des affaires étrangères de France connaît-il nos agents à l'étranger ?
Si VEclaïr n'affirme pas que M. Delcassé les connaît tous, que nos ambassadeurs sont tous au courant du personnel de Tespionnage militaire, que signifient donc ses équivoques ?
M. Tornielli parle de la scène d'Esterhazy allant chez Schwarzkoppen, le 23 octobre, menaçant de se brûler la cervelle, puis revenant pleinement réconforté. Du Paty de Clam, dans Tenquête disciplinaire, a raconté luimême cette visite d'Esterhazy à Schwarzhoppen et il a paru trouver cette démarche toute naturelle.
M. Tornielli a fait des déclarations qui confirment le Récit d'un diplomate et la Déposition de Case Ha parus dans le Siècle des 4 et 8 avril 1898, et ces déclarations sont appuyées sur des documents authentiques, à dates précises.
n. — MM. Hanotaux et de Munster.
Personne n'ose plus parler de la prétendue lettre de l'empereur d'Allemagne à Dreyfus.
Est-ce qu'elle n'avait point été fabriquée à l'aide d'une lettre que l'Empereur Guillaume avait écrite au général de Boisdeffre à propos de la bataille de Cannes ? Qui la colportait donc ?
N'était-ce point le général de Boisdeffre ? D oii la tenait Rocliefort? sinon du chef de cabinet du général de Boisdeffre, le commandant Pauffin de Saint-Morel.
Quelles mesures a prises M. Hanotaux quand ce bruit est venu au grand jour I II n'a rien exigé du général Billot. Quant à la dépêche Panizzardi du 2 novembre 1094, M. Hanotaux ne connaît que le texte conmiuniquc par M. Paléologue à la Cour de cassation : mais comment n'a-t-il point attiré Tattention de Mercier sur cette dépêche et ne lui a-t-il pas demandé de la verser aux débats ?
Enfin, nous savons que les ambassadeurs d'Allemagne et d'ItaUe ont fait des démarches auprès de lui. M. Hanotaux n'en a pas tenu compte. M. Tornielli a communiqué à M. Hanotaux la dépêche officielle de Panizzardi, et le texte qu'il lui a donné prouve l'exactitude de la traduction du ministère des affaires étrangères. On se rappelle les deux lettres de l'ambassadeur dltaUe du 28 décembre 1897 et du 15 janvier 1898 (voir le Siècle du 12 avril). Et M. Paléologue dans sa déposition (voir le Siècle du 16 avril) a déclaré que M. Tornielli avait, dès le mois de novembre 1897, entretenu M. Hanotaux de cette question. M. Paléologue dit :
Le 17 novembre 1897, je fus chargé par le ministre des affaires étrangères d'aller communiquer au ministère de la guerre :
1<* Une déclaration de Tambassadeur d'Allemagne, aux termes de laquelle rattaché militaire allemand, eeionel Siehwarzkoppen, protestait sur 1 honneary n'avoir jamaiï« eu, directement on indirectement, aucunes relations avec Dreyfus :
2fi Une dépêche émanant d'un représentant de la République à l'étranger, et tendant à indiquer que, d'une part, Schvvarzkoppen n'avait pas eu de relations avec Dreyfus et, d'autre pari, que le gouvernement allemand ignorait naturellement s'il avait eu quelque relation suspecte avec un agent d'une autre puissance.
Le 24 novembre, M. de Munster renouvela ses affirmations. M. Paléologue poursuit :
Dans le courant de novembre 1897, le comte Tornielii eut occasion d'entretenir M. Hanotaux de la question Dreyfus.
Il déclara que le colonel Panizzardi n'avait jamais entretenu de relations avec Dreyfus ; il proposa même d'admettre M. Panizzardi à apporter son témoignage en justice ; il ajoutait que les lettres attribuées par la presse au colonel Panizzardi et qui auraient été échangées entre lui et tout autre officier étranger, au sujet de l'affaire Dreyfus, étaient apocryphes.
Le IS janvier 1898, l'ambassadeur d'Italie réitéra officiellement, par écrit, ses déclarations et sa proposition : il insistait de nouveau sur le caractère apocryphe des lettres que la presse prétendait avoir été adressées par le colonel Panizzardi à un de ses collègues étrangers.
Ces lettres apocryphes, c'était le faux Henry que Boisdeffre, de Pellieux et Cavaignac devaient produire triomphalement.
Enfin le 6 janvier 1899, M. Tornielii apporta le texte du rapport du V novembre 1894 de Panizzardi.