‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 39 sur 162 · XVI. — Contradictions · texte numérisé non relu

XVI. — Contradictions

Esterhazy prétend qu'il n'a jamais déclaré être l'auteur du bordereau, et il nie les propos que lui a prêtés ]^. Strong.

Esterhazy lui aurait dit que pour assurer la condamnation de Dreyfus, le colonel Sandlierr avait dit à lui, Estcrliazy, d*écrîpc le bordereau et qu'il l'avait écrit sans déguiser son écriture.

M. Strong ajoute :

« Lorsqu'au Conseil de guerre on avall

représenté à Esterhazy non point son œuvre^ mais le décalque, il avait pu sans mentir déclarer que ce qu^on lui montrait n'était point de sa main. »

M. Ghincholle déclare lavoir entendu dire à un groupe de quatre ou cinq personnes pendant le procès Zola, à un moment où il était exaspéré en voyant les officiers lui tourner le dos : ce Eh bien ! oui, jeTai écrit. »

En refusait de se reconnaître l'auteur du bordereau, malgré révidence, Esterhazy infirme son prétendu rôle de contre-espion. Il aurait pu se déclarer l'auteur du bordereau et prétendre qu'il l'avait écrit d'accord avec Sandherr et Henry : tous les deux étant morts, aucun n'aurait pu le démentir ; mais il avoue ses rapports, pendant dix-huit mois, avec Schwarkoppen, et il ne se reconnaît pas l'auteur du bordereau. Son système de défense n'est pas plus logique que les systèmes de Boisdeffre, de Gonse, d'Henry, de du Paty, de Clam et des autres officiers, et des ministres deJa guerre qui veulent maintenir la condamnation de Dreyfus. Comme eux, il voudrait prouver la co- existence de faits contradictoires. Ceux qui croient aux miracles les admettent. Mais Esterhazy n'est un personnage miraculeux que pour les lecteurs du Petit Journal et de la Croix,

XVH. — Les angoisses d' Esterhazy .

Le 40 novembre 1896, le Matin publie le fac simile du bordereau. Esterhazy fut sans doute prévenu, car voici ce que raconte Picquart.

Esterhazy, qui était à la campagne, revint à Paris. Mon agent remarqua en lui une grande agitation.

L'agent le vit eorniir dans les rues, sous une pline battante,, sans parapluie, se rendant presque toujours chez Weil. L'agent me dit un soir : « Il est vert, il doit être acculé. »

Picquart est éloigné du ministère le 16 novembre.

XVIIL — Visites d' E^terkazy è Vcvmhassade

d'A llemagne.

M. Desvernine, commissaire spécial de police, détaché au ministère de la guerre, a été chargé par le colonel Picquart, entre le 1" et le 10 avril 189G, de prendre des renseignements sur Esterhazy.

Mauvaises affaires d'Esterhazy ; relations d-Esterhazy « avec certaines personnes bien connues sur la place de iParis » ; réception de lettres portant le timbre de Bàle, de la Haye, de Spa ; conversation avec l'ancien secrétaire d'Esterhazy, Mulot, qui lui dit qu' « il a copié tant de choses » quMl ne peut se souvenir si le Manuel de tir est du nombre : tels sont les faits acquis par cette surveillance d^Esterhazy.

M. Desvernine ajoute que jamais Picquart « ne Fa chargé d'une opération quelconque à la poste. »

M. Desvernine connaît quatre visites d'Esterhazy à Fambassade d'^AUemagne, Il confirme la visite du 23 octobre 1897 dans laquelle, après avoir été prévenu par la dépêche « Espérance w, il alla trouver Schwarzkoppen et lui demanda, un revolver au poing, d'aller dire à M'"" Dreyfus qu'il avait eu des rapports avec Dreyfus. Il resta, dit M. Desvernine, de trois heures à quatre heures à l'ambassade, puis se rendit au Crédit Foncier, à la Patrie (o Miïlevoye I; et enfin se fit conduire rue de Médicis, sans indication de maison. De là, il se rendit a Montsouris, et il retourne ensuite à l'ambassade.

Voici une nouvelle confirmation de la scène qui avait été racontée dans le Récit dhm Diplomate publié par le Siècle^ le 4 avril 1898, et la déposition de Gasella publiée par le Siècle, le 8 avril.

Seulenaeat, elle est aggravée par un récit publié par Lux dans les Droits de V homme du 8 mai 1899. Du Patv de Clam, llenrv et Gribelin avaient « armé » Esterhazy de la manière suivante : .

Le service d'espionnage de la S. S. avait appris les relations de Schwarzkoppen avec une dame X. Du Paty fui chargé par ses chefs d'organiser l'entrevue de Montsouris, pour donner an Uhtan, qui Fignopaît totalement, le nom de M™* X, afin de pouvoir faire chanter Schwarzkoppeo. — Et le lendemain, d'ordre de ses supérieurs, Esterhazy, l'homme de rEt«Jt-M«4or. alla voir Schwarzkoppen et voulut le forcer à déclarer que Dreyfus avait trahi avec lui, en le menaçant, s'il n'obéissait pas. de publier le nom de M™» X.

Voilà, dit Lux, comment cela a été sux

Ceci a été su parce que Schwarzkoppen a immédiatement averti M™* X... que l'Etat-Major, par l'intermédiaire d'Estcrliazy, avait voulu obtenir de lui, et de cette manière, la démarche que l'on sait auprès de M™° Dreyfus, et parce que, ensuite, 3f"*^A'... a révélé elle-même ce fait à Zola.

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