‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 43 sur 162 · XXV. — Esterhazy agent du syndicat · texte numérisé non relu

XXV. — Esterhazy agent du syndicat

Depuis le procès de 1898, on a découvert des lettres sur papier pelure identique à celui du bordereau.

Le général Roget est surpris {{ue « ces pièces soient

restées introuvables jusqu'à présent, et il me demande si Ester kazy ne les a pas faites après coup. Cest une simple hypothèse y il en convient, »

Oui, simple hypothèse : car ces pièces sont authentiquées par les affaires auxquelles elles se rapportent. Mais on voit le procédé. Le général Roget affirme, sur quoi ? Oh ! sur ce qu'il affirme, rien de plus.

Ailleurs, il fait donner un certificat h Esterhazy, par qui ? par M. Bertulus qui aurait dit : « Au point de vue de la trahison, il n'y a rien ! »

Qu'est-ce qui garantit ce propos? Il est vrai que, comme caution, le général Roget y ajoute le capitaine Junck, qui ne vaut guère mieux. Et là-dessus, le général Roget s'écrie triomphant :

Ce seul propos de M. Bertulus en cette circonstance démolit entièrement Téchafaudage qu'il a édifié pour corser les infâmes calomnies de Joseph Reinach.

Du reste, Esterhazy ne compte plus pour le général Roget. Maintenant, « Esterhazy est un agent du syndicat, y>

N'a-t-il pas déclaré devant le Conseil d'enquête qu'on lui aurait offert 600 000 francs pour se déclarer l'auteur du bordereau et 150000 francs à M"^^ Pavs ?

Et le général Roget continue :

Je suis persuadé qull reçoit de l'argent pour faire tous ces mensonges, sans que je puisse dire par qui, ni dans quel but.

Le général de Pellicux, lui, reste ferme dans sa foi en Esterhazy. Il a soin, relativement à l'entrevue du

40 ANALYSE DE l'eNQUïiITE

3 juillet dont avait parle le colonel Kerdrain, de dire « qu'il ne croit pas à l'intention du commandant Esterhazy de faire chanter V État-Major; » et s'il est convaincu que les juifs ont offert 600000 francs àEsterhazy, il est sûr que celui-ci les a réellement refusés.

Estephazy est allé à Londres, a essayé de vendre des documents, a pratiqué le système de donner et de retenir, a eu un procès dont il a chargé un des solicitors les plus discrédités de Londres, se laisse interviewer, nie le lendemain ses interviews.

Esterhazy fait du chantage, bat monnaie des pièces qu'il a pu garder, en menace l'Etat-Major. Il entre en pourparlers avec Laguerre qui manquait à Taffaire, et qu'il prend pour un délégué de MM. Dupuy et Lebret. Il fait formuler par M. Cabanes ce qu'il avoue être le minimum de ses légitimes prétentions pour se taire ou pour céder des papiers qu'il n'a peut-être pas. Il continue de prouver qu'il était digne d'être le fournisseur des attachés militaires étrangers. Drumont et Rocheforl doivent être bien fiers de leur ancien pensionné. M. Sabatier continuera d'affirmer que VEclair représente l'armée, et Judet incarnera le patriotisme dans Thomme qui se souhaitait « capitaine de Uhlans sabrant des français, dans Paris pris d'assaut et livré au pillage de 100000 soldats ivres. »

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