XXIV. — Le cousin Christian et M"'' Pays
Le cljef d' œuvre d'Esterhazy , c'est l'escroquerie à son cousin Christian : et à quel moment ? Cet homnïe a à se défendre contre l'accusation d'un acte de trahison. Cela ne le trouble pas assez pour qu'il n'escroque pas une somme de 33,000 francs à son cousin Christian, en lui persuadant que, « par ses relations avec Rothschild, il lui ferait rapporter de gros intérêts. »
De novembre 1897 jusqu'à la fin du premier procès Zola, Chris tian-Esterhazy, comprenant que Walsin-Esterhazy n'avait pu s'occuper d'autre chose que de la défense de son honneur, et admettant parfaitement que, dans ces circons tances terribles, son cousin ne pût frayer avec les Rothschild, Christian, dis-je, s'était tu, n'avait demandé aucun compte.
Mais la crise finie, Christian demanda qu'on commençât à s'occuper sérieusement de ses intérêts financiers.
Walsin-Esterhazy lui répondit d'abord par des fauxfuyants ; Christian prit peur, se rendit à la maison de Rothschild, et là apprit qu'il n'existait aucun compte au nom de Walsin-Esterhazy .
Il demanda des explications à son cousin, et cyniquement celui-ci lui répondit qu'il s'était lancé dans des opérations de bourse malheureuses, que ses 33,000 francs
étaient perdus, qu'il n'avait jamais rien déposé à la banque de MM. de Rothschild.
Cet aveu dessilla les yeux de Gliristian-Esterhazy ; il se demeuida si ce qu'il avait entendu dire contre Walsin-Esterhazy n'était pas vrai.
Car, chose admirable ! pendant qu'il mangeait l'argent de son cousin, Esterhazy l'employait à écrire des Ic^ttres anonymes à M"*' de Boulancy et à d'autres personnes, et h servir d'intermédiaire entre du Paty et lui.
Esterhazy semblait croire que son cousin ne s'apercevrait jamais /le son escroquerie, et lui serait toujours dévoué pour le remercier de l'avoir ruiné.
D'après la déposition de M™" Gérard, sa concierge, le miénage Esterhazy et M"" PayS/ dite Margot quatre doigts, racoleuse du Moulin-Rouge, était admirable. M"* Pays était toute dévouée au commandant, quoique de temps en temps, il lui flanquât des volées de coups de canne. Elle avait « des amis » à qui elle faisait faire des courses pour le commandant. Elle comptait parmi eux un sénateur, M. Garan de Balzan, ancien gi^and électeur d'André Lcbon et féroce nationaliste.
Esterhazy et M"" Pays dînaient de temps en temps dans la loge et M"*^ Pays y racontait, dans des moments d'abandon, qu'Esterliazy était l'auteur du bordereau.
M"" Pays allait en courses chez du Paty de Clam et M'"" la marquise lui faisait le meilleur accueil et lui donnait des poignées de mains. *