‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 53 sur 162 · I. — Le rapetissement d* Henry · texte numérisé non relu

I. — Le rapetissement d* Henry

Les adversaires de la re vision stylée par M*'' Ployer , Tegenos et Wattim, ont tous adopté le même système faire de Henry un personnage insignifiant, qui n'a pt avoir d'influence sur la condamnation de Dreyfus, e^ montrer que son faux ne peut constituer un faL connu de nature à établir son innocence.

Le général Roget essaye de faire toute petite Lsituation d'Henrv au deuxième bureau, dans les term^ suivants :

Le commandant Henry était en sous- ordre au service d^ renseignements. Il avait au-dessus de lui le lieutenant c*^ lonel Cordier et le colonel Sandherr, qui était chef du ses vice.

C'était lui qui était en rapport, et lui seul à ce momec» avec ragent qui apportait les papiers au ministère.

L'agent n'a jamais été connu que du ministre, du et»-*

d'Etat-Major général, du sous-chef de TEtat-Major, qui avait la section de statistique sous ses ordres ; du chef de cette section, et de Tofficier qui était en rapport direct avec cet agent.

Après le commandant RoUin, ce fut le commandant Heury, et, du temps même du commandant Henry, on trouva qu'il était imprudent de n'avoir qu'un seul officier connaissant l'agent et on en désigna un second : ce furent, en ce temps-là, le commandant Henry et le capitaine Lauth, puis le capitaine Lauth et le capitaine Yung.

Nous saluons au passage divers noms de connaissances, mauvaises du reste.

Et plus loin, le général Roget ajoute :

1° Je ne crois pas qu'Henry et Esterhazy aient été en relations à ce moment :

â*» Henry, en sous-ordre au bureau des renseignements, n'ayant aucune relation avec l'Etat-Major de l'armée, ne connaissait certainement pas les titulaires de cet Etat- Major et, à plus forte raison, les stagiaires ;

3° Henry était dans l'impossibilité absolue d'inventer une pièce comme le bordereau.

Le général Roget essaye d'isoler Henry dans son

ignorance et sa petitesse. H oublie qu'Henry a été nommé, après Picquart, chef du bureau des renseignements.

IL — Henry et Esterhazy,

Le général Roget hardiment déclare (24 novembre) qu'Henry n'avait jamais vu Esterhazy qu'une fois au service des renseignements en 1895. Et le général Roget msiste tout en se contredisant.

Af. Iq président. — Savez-vous si le colonel Henry et Es-

terhazy se connaissaient et avaient des rapports ensemble ?

Le général Roget. — Je ne peux pas l'affirmer d'une laçon absolue. Mais je ne le crois pas.

D'après tout ce que je sais de l'affaire et despremiers rapports qui ont existé entre Henry et du Paty, je suis porté à croire, d'une façon très ferme, qu'Henry et Esterhazy ne se connaissaient pas.

Henry n'a été en rapport, à ma connaissance, avec Esterhazy que postérieurement au procès Zola.

Or, il est matériellement prouvé aujourd'hui quTEsterhazy et Henry étaient de vieux amis : qu'ils ne s'étaient jamais perdus de vue. Esterhazy- a raconté lui-même qu'Henry et lui avaient été ensemble attachés de l'Etat- Major en 1876-1877 et que depuis ils ne s'étaient jamais perdus de vue (V. ch. i, § VIH).

La thèse du général Roget, comme toutes les autres est en l'ajr : elle s'écroule dès qu'on s'avise de la vérifier.

Sur l'ordre de la Cour, M. Jules Rocïie a dû remettre quelques lettres d'Esterhazy qui sont tout à fait dans la note de celles à M"'® de Boulancy. Il n'est pas content d'Henry, dans une de ces lettres, on y trouve la phrase suivante :

Le commandant Henry, en effet, est mon débiteo^r" depuis 1 ^TO ; je lui ai prêté quelque argent qu'il ne m'd^ jamais rendu, qu'il me doit encore : cela explique bieK^'î des elioses.

Esterhazy cite à M. Grenier, parmi ceux qui s'oppo — saient à son entrée au ministère, Henry.

Or, ce matin même, j'avais rencontré h la Sûreté gén raie le colonel Henry, et lui ayant dit : « Donnez donc coup d'épaule à Estherhazy », il m'avait répondu : «

Vaide de tout mon pouvoir, et cela très affectueusement. » Je répétai le propos à Esterhazy, qui s'écria' : « Eh bien ! - il ne manquerait plus qu'Henry ne fût pas

gentil! »

Henry et Estherhazy;; tantôt se connaissaient, tantôt se reniaient. Des gens qui ont des rapports avouables font moins de façons.

Du Paty de Clam dit du capitaine Guignet :

Il feint aussi d^i^norer les rebitioos personnelles, par intermédiaires, ou par correspondance diiffrée, que le lieutenant-colonel Henry a eues en octobre et novembre 1 $tl7 , avec le commandant Esterhazy.

Voilà le capitaine Guignet pris en flagrant délit de dissimulation et de mensonge par du Paty de Glam, et Henry remis au premier plan.

Le général Zurlinden a une singulière manière de comprendre le rôle dllenry :

Le bordereau, dit-il, ne peut pas être l'œuvre d'un officier de troupe, ni d'Esterhazy, ni d'Henry. Henry eût, d'ailleurs, été incapable d'écrire le bordereau ; à ce moment, il ne connaissait pas Dreyfus et n'aurait pu machiner un pareil document contre lui.

liB général Zurlinden oublie qu'Henry était au bureau <ies renseignements : et puis on n'a pas accusé Henry d'avoir machiné le bordereau contre Dreyfus. Il n'aurait pas choisi pour cette besogne son vieil ami Esterhazy, ^^ il lui aurait dit, en tous cas, de changer son écriture. ^6 général Zurlinden montre plus loin toute la sympathie qu'Henry avait pour Esterhazy quand il dit :

Àtix yeux de ses camarades, le colonel Henry n'a com-

mencé à s'écarter de la voie droite qu'en 1896, au momen où le lieutenant-colonel Picquart est devenu chef des renseignements et a voulu démontrer la culpabilité d'Esterhazy ,

D'après le général Zurlinden, si Henry s'est écarté de la voie droite, pour me servir de son euphémisme, c'est pour sauver Esterha/y !

Quand le président lui demande quelle interprétation il donne à ces dernières paroles dllenry adressées à sa femme : « Tu sais dans l'intérêt de qui j'ai agi », le général Zurlinden répond :

Je pense que le personnage dans rintéret de qui Henry disait avoir a^i est le commandant Esterhazy.

C'est, en effet, dans la lutte pour sauver Esterhazy des

manœuvres de Picquart que les camarades d'Henry ont toujours pensé que lui était venue l'idée de faire son faux pour répondre au « petit hleu » de Picquart.

Nous constatons.

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