‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 55 sur 162 · IV. — Complices du faux · texte numérisé non relu

IV. — Complices du faux

Le général de Boisdeffre, comme le général Go affirme sa foi dans le faux Henry. Le licutenant-coJ

Henry « l'apporta comme sortant de sa source habituelle ». Les sources mystérieuses sont dangereuses. Mais il exagère quand il dit :

La comparaison avec d'autres pièces de même provenance paraissait donner une identité d'écriture et de style complète.

« Identité de style ! » ce charabia. . . « si jamais j'avais... » Cela prouverait que jamais le général de Boisdefire n'a eu sous les yeux une lettre de Panizzardi ou de Schwarzkoppen. Autrement il aurait compris, au style de cette lettre, qu'elle ne pouvait être ni de l'un ni de l'autre.

Le général Gonse, dans sa déposition du 1-3 décembre 1898, ne semble pas se douter un moment que cette pièce dit 2 novembre 189G est un faux ; qu'Henry en a été l'auteur, qu'Henry est un faussaire, et que sa mort n'a point supprimé son crime.

Avec une ingéniosité qui est touchante de sottise, le général Gonse raconte que tout le mal qu'il pensait de Picquart, que tout le bien qu'il pense d'Esterhazy lui a été inculqué par Henry. C'est le IG novembre que Pic- Quart est chassé de son poste, sous prétexte d'une vague omission qui le conduit à l'Est, au Sud-Est, à Marseille, ®û Algérie, en Tunisie, et qui l'aurait conduit jusqu'au P<>iut où fut assassiné Mores, si le général Leclercq avait ^oulu comprendre les instructions venues de Paris ; et le ^^néral Gonse ose tranquillement dire :

yn jour je rencontrai le colonel Henry dans les cours du

^niistère ; c'était postérieurement au 1" novembre, mais

très probablement dans les environs du 14. Je lui demandai

comment allaient les affaires de la statistique.

^' wi'a répondu que ça n'allait pas très bien, parce que le

colonel ne s'occupait exclusivement que de Vaffaire Dreyfus Esterhazy, et, à ce propos, il me conseilla de reprendre le dot sier secret du colonel, attendu qu'il traînait sur la table d ce dernier, et qu'en raison des visites de M. Leblois, des iri discrétions étaient à craindre ; c'est sur cet avis que je re pris le dossier, je crois, dans la journée.

Nous savons aujourd'hui qu'Henry avait de bonne raisons de trouver mauvais que le colonel Picquart s'oc eupât de l'affaire Dreyfus. Le général Gonse continue i être de l'avis d Henry.

Seulement le général Gonse commet ici une erreur ex trêmement grave pour lui, en prétendant que c'est l 14 novembre qu'Henry lui conseilla de reprendre le dos sier secret.

Or, c'est vers la fin du mois d'octobre que le généra Gonse entra un matin brusquement dans le bureau d( Picquart, qu'il lui reprit le dossier secret Dreyfus, et ne voulut pas faire le récolement des pièces, sous prétexte qu'il était très pressé.

Le 30 octobre, Guénée, agent de police à tout faire signe un rapport prétendant que Picquart lui aurait dit au mois de septembre, qu'il « doutait de la culpabilité d( Dreyfus et que, quand il avait des doutes, il allait consulter un vieil ami à lui. »

Ainsi, pendant que Picquart était encore chef du service des renseignements, un agent subalterne de sor service, bras droit d'Henry, faisait des rapports contre lui, rapports dont on ne lui avait jamais parlé jusqu'à l'instruction Tavernier.

Ce rapport a dû être remis à Henry qui Fa remis au général Gonse. Picquart dit avec raison :

Or, j'attire l'attention sur les dates : le 30 oetobre Ciuéiiée m'accuse par écrit d'indiscrétions, et le

HENRY ET CAVAIGNAC 7i

octobre, Henry fabrique un faux qui ne mVist pas montré, sans doute pour éviter de nouvelles indiserétions.

Pour moi, le rapport Gruénée e^t Texeuse préméditée de rineorreetion eoïiimise en faisant passer le faux Henry par-dessus ma tête.

Le « vieil ami », Gnénée, dans son rapport du 20 novembre, le désigne plus nettement : c'est Leblois.

Mais Guénée avait négligé, selon son habitude, de prendre le renseignement le plus élémentaire. Il ne s'était pas douté que Leblois pouvait s'absenter de Paris. Henry n'avait pas pensé à lui demander de vérifier le fait de la présence de M. Leblois à Paris aux dates qu'il assignait ; et Henry et Gribelin prétendent avoir vu Picquart assis avec Leblois, ayant près d'eux la pièce « Ce canaille de ^'.. » ; or, Leblois avait quitté Paris le 5 août et ne devait rentrer que le 7 novembre.

Alors, on a changé la date : Henry mettait la scène au mois d'octobre ; le général Gonse a fixé le 10 novemtoe, et il avait repris le dossier à PicquaH à la fi^i d'octobre,

Picquart, dans sa lettre du 13 avril 1899, dit :

5° Le général Gonse dit qu'il Vfî'a repris lé dossier secret ^^^fus après le i^^ novembre 4896 et dans les environs du ^^5 parce qu'Henry lui avait dit qu'en raison des visites de i^^blois des indiscrétions étaient à craindre.

Le dossier secret m'a été retiré avant la fin d'octobre, sans ï'^e je puisse préciser le jour. Henry en avait besoin pour faire le faux qu'il a soumis au général Gonse, le 2 novembre. J estime qu'il lui eût été impossible de fabriquer ou faire fa- ^''i^er ce faux sans avoir h sa disposition les pièces contenues dans le dossier.

I^lois, rentré à Paris le 7 novembre, n'est venu me voir îû'mie fois avant mon départ. C'était le 10, je crois.

^e que dit le général Gonse au sujet des propos d'Henry

est en désaccord avec la déposition faite par cet officiel néral au procès Zola. Dans cette déposition, le génén firme qu'Henry ne lui a donné aucun nom {Procès tome I, page 377).

Mais reste une question à laquelle le général de 1 deffre n'a pas plus répondu que le général Gonse.

Pourquoi le faux Henry, qui est parvenu au géi Gonse le 2 novembre 1896, n'a-t-il pas été commun à Picquart, alors chef du bureau des renseignement

Les généraux de Boisdeffre et Gonse ont répondu « Parce qu'il était absent à ce moment ». Si c'était cela prouverait que le colonel Henry avait préciséi profité de son absence pour remettre ce document : ne prouverait pas qu'il ne dût pas être communiqi Picquart, alors chef du service.

Mais il est faux que Picquart se soit absenté à ce ment (Lettre du 13 amnl 1899), Le prétexte du gén Gonse disparaît et la question reste.

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